Critique de film

Carrie 2, La haine

"The Rage: Carrie 2"
affiche du film
  • Genre : Fantastique - Pouvoirs paranormaux
  • Année de production : 1999
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Katt Shea
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h44
  • Budget : 21 millions de dollars
  • Scénariste : Rafael Moreu (scénario) / Stephen King (personnages)
  • Musique : Danny B. Harvey
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Emily Bergl, Jason London, Amy Irving, J. Smith-Cameron, Dylan Bruno
  • Récompenses : Aucune

Rachel n'est pas une étudiante comme les autres ; elle n'appartient pas à la bonne bande, ne porte pas les bons vêtements, ne fréquente pas les bonnes soirées. Mais Rachel a quelque chose de plus : un don de télékinésie qui lui permet de déplacer les choses par la simple force de son esprit. Le jour où, croyant qu'elle peut faire confiance à la bande 'branchée' de la fac, elle s'aperçoit que tout le monde se paye sa tête, la haine de Rachel se déchaîne. Une super soirée entre copains se transforme alors en véritable massacre...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Carrie 2, La haine - De l’art à l’artisanat
Par : Damien Taymans




Dans le panel des paris osés et ridicules se dresse le suivant : « créer la séquelle d’un film indétrônable reconnu par beaucoup comme l’un des meilleurs films fantastiques de tous les temps ». Katt Shea, réalisatrice du très moyen Poison Ivy, appartient sans nul doute à cette race de décérébrés qui foncent sans vergogne cul nu sur les terrains de football juste pour voir si leurs fesses sont photogéniques. Alors, désireuse de laver l’affront fait au cinéma avec ses œuvres antérieures et sans doute remplie d’une volonté sans borne de rendre hommage à l’un des meilleurs films de De Palma (pléonasme latent), Katt monte au créneau et n’hésite pas une seule seconde à mettre sur pied son éloge flagorneur.

Quelques emprunts à l’œuvre originelle, réinsertion dans la nouvelle intrigue de la seule survivante du film de 1976 (Sue Snell interprétée par Amy Irving) et pitch honteusement pompé sur le modèle, voilà la recette de la réalisatrice pour fournir au métrage de De Palma une suite « digne de ce nom ». Mais comme le stipule l’adage, imitation égale limitation et l’auteure de ce Carrie n’échappe à la règle.

Si l’esprit de l’œuvre originelle est respecté (critique du système d’éducation américain, mise en ostentation de la cruauté des jeunes et peinture acerbe des conditions sectaires d’éducation), Carrie 2 accuse deux défauts majeurs : un approfondissement trop complexe de certains de ces propos et une ellipse totale concernant l’enfance et l’adolescence de la jeune Rachel.

Le fossé creusé entre les différents clans de l’école de Carrie White est élargi à grands coups de pelleteuses dans le présent métrage. Les joueurs de foot sont plus abrutis que jamais, ne respectent rien et passent le plus clair de leur temps à compter le nombre de leurs conquêtes (s’attribuant au passage quelques points) aussi impunément qu’un somnambule énumère les moutons dans son pieu. Pour asseoir encore davantage sa peinture manichéennes puérile, Katt Shea nous les décrits comme pourris jusqu’à l’os et surprotégés par leurs familles très très riches qui possèdent de nombreuses billes dans l’administration du comté. De même, les pétasses obnubilées par les carcasses impressionnantes de ces sportifs écervelés et leur popularité sans égal paraissent-elles plus méchantes que les méchantes du film original (qui étaient déjà très méchantes !). Dès lors, le système ségrégationniste qui régit l’engrenage éducatif américain est poussé à son paroxysme pour provoquer … le contraire de l’effet attendu. A trop galvauder ces portraits, le film perd en réalisme ; à trop buriner cette fameuse lutte des clans, le métrage ne se borne qu’à exacerber de manière très grossière des dissensions déjà maintes fois dépeintes et avec plus de brio.

A contrario, nulle trace de l’enfance tourmentée de la jeune Rachel. A part une séquence d’ouverture copieusement pompée sur le métrage de De Palma où l’on peut admirer une mère qui peint l’intérieur de sa maison en rouge pour éloigner on ne sait quel esprit malfaisant, le reste fait preuve d’un dénuement total concernant les tourments traversés par l’adolescente. Alors que Carrie White se faisait le porte-parole des looseuses (au point d’attribuer les pertes menstruelles à une conséquence démoniaque), bercée un peu trop près du mur par une maternelle névrosée un peu trop amoureuse des versets bibliques, Rachel Lang n’est qu’une ado en mal-être qui se cherche quelque peu dans cet océan de crétins juvéniles et de futures adeptes de la fellation en vingt-deux positions. Point de décalage social, point de marginalisation, point de déséquilibre profond. Rachel est aussi étrangère à ceux qui l’entourent que ne le serait une fille aux amours gothiques implantée dans un environnement à tendance hip hop.

Certes, Carrie 2 n’est pas pour autant un film à jeter aux oubliettes ni à marquer au fer rouge histoire de se rappeler la neurasthénie dans laquelle il nous a plongés. En réalité, le film est efficace et se pare d’un dénouement plus gore et plus distrayant que celui du modèle qu’il vénère. On s’amuse même à constater que la réalisatrice s’est essayée à jouer dans la cour des grands en substituant aux découpages de De Palma des flashs en noir et blanc tout à fait indigestes.

En clair, il existe une différence fondamentale entre les deux films qui naissent avec 23 ans d’écart : le film originel participait à l’enrichissement du domaine artistique tandis que le présent métrage ne balbutie que dans un vulgaire mais plaisant artisanat.


Oeuvres liées :

Carrie au bal du diable (1976)

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