Critique de film

Cannibal Holocaust

"Cannibal Holocaust"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Cannibales
  • Année de production : 1980
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Ruggero Deodato
  • Pays d'origine : Colombie, Italie
  • Durée : 1h35
  • Scénariste : Gianfranco Clerici
  • Musique : Riz Ortolani
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Robert Kerman, Francesca Ciardi, Gabriel Yorke, Perry Pirkanen, Luca Barbareschi
  • Récompenses : Aucune

Une équipe de jeunes reporters à la recherche de cannibales disparaît dans la jungle sud-américaine. Une équipe est envoyée pour tenter de savoir ce qu'il s'est passé. Cette équipe ne récupère que les bobines de films. De retour aux Etats-Unis, le visionnage des bobines va leur apprendre l'effroyable vérité...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Cannibal holocaust - Oeuvre fondatrice
Par : Ursula Von Trash




Ruggero Deodato, réalisateur italien, a bouleversé le cinéma en 1980. Son long métrage, entre documentaire et snuffmovie, Cannibal Holocaust, interdit dans plusieurs pays (Royaume-Uni, Italie), censuré dans d’autres (France, Allemagne) met en scène le tabou absolu de l’Humanité : l’anthropophagie.

Mais le malaise provoqué par le film ne tient pas tant au fond qu’à la forme. Deodato, bien avant Daniel Myrick, Eduardo Sánchez et leur Blair Witch Project, pense à intégrer une dimension réaliste à son projet. Un film réel (des bandes retrouvées dans la jungle amazonienne après la disparition d’une équipe d’ « anthropologues ») dans le film (à New-York, des prod se demandent comment diffuser ce programme ultra violent). Hybridation entre le documentaire et la fiction, on assiste à une alternance de séquences, soit caméra au poing dans la forêt, soit à New-York, dans les arcanes d’une boîte de prod.

Au premier abord, l’Amazonie, bourrée de serpents, tarentules, sangsues, crocodiles et autres charmantes bestioles semble le lieu hostile par excellence. Sauf que le danger ne vient finalement pas de la faune mais bien plutôt de l’humain. L’équipe de cinéastes pour survivre dans l’Enfer Vert doit chasser. Ces scènes se révèlent à la limite du supportable. La mise à mort d’une tortue, pattes coupées, tête tranchée, décarapaçonnée, chair palpitante, soulève le cœur. Là réside la monstruosité du film et son incroyable génie. La tortue a réellement été dépecée, comme un singe, un cochon et un rat dans d’autres séquences. Du coup, les scènes de viol, torture, décapitation qui suivent, n’en sont que plus réalistes. Le spectateur, entre effets spéciaux, maquillage, hémoglobine ou sang de synthèse perd tous ses repères. D’où la polémique qui amena Deodato devant les tribunaux. Il dut prouver qu’aucun être humain n’avait été assassiné et organisa même une rencontre avec les acteurs pour prouver qu’ils étaient toujours vivants. Inédite dans le monde cinématographique, la paranoïa suscitée est encore aujourd’hui tenace.

Le spectateur blanc qui s’installe devant son écran pour découvrir ce sommet de l’horreur n’est pourtant pas préparé à ce qui va suivre. Les jeunes de l’expédition, représentants de l’espèce civilisée sont les premiers à commettre des exactions. Capturant une autochtone, ils la violent (en filmant évidemment), rappelant les heures sombres de la guerre du Viêt-Nam et les viols collectifs (comme dans Outrage de Brian de Palma par exemple). Ils brûlent un village, terrorisent une tribu, tuent des indiens. Bref, le contre-exemple parfait de l’anthropologie selon Claude Lévi-Strauss. Les deux tribus, cannibales, qui se partagent le territoire ne sont pas en reste. Emasculation, empalement, avortement à mains nues… La liste serait longue mais la curée (car tous les protagonistes meurent dans d’atroces souffrances) qui se déroule sous nos yeux est juste hallucinante. Les passages new-yorkais, loin de plomber le film, lui donnent son véritable sens. L’anthropologue (Robert Kerman, plus connu comme acteur porno) diligenté par une boîte de prod pour visionner et valider la teneur scientifique des bandes retrouvées se trouve face à un cas de conscience. Ces rushs, loin de documenter sur les rituels de la vie primitive accrédite la cruauté de l’homme dit civilisé. Peut-on diffuser une telle violence ? Est-ce pédagogique ? Instructif ?

Questions en suspens auxquelles le film ne répond pas véritablement, laissant le spectateur à la méditation. Sensationnaliste jusqu’à l’écœurement, la presse télé n’a pourtant plus beaucoup de limites. Sous couvert de montrer l’horreur dans sa vérité, elle ne fait qu’alimenter le voyeurisme morbide de tout un chacun, et engrange ainsi l’audience nécessaire à sa survie. La loi du plus fort, celle de la jungle où il faut survivre coûte que coûte serait donc aussi en vigueur dans les médias.

A l’heure de la consensualité et des remakes expurgés, Deodato serait sur le point de donner une suite à son Cannibal Holocaust, alors qu’un remake non-autorisé de Jonathan Hensleigh (The Punisher) serait d’ores et déjà tourné. Pas sûr que la puissance d’évocation, la rage qui se dégagent du premier opus soient renouvelables…

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