Critique de film

Byzantium

"Byzantium"
affiche du film
  • Genre : Drame, Fantastique, Thriller
  • Année de production : 2012
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Neil Jordan
  • Pays d'origine : Angleterre
  • Durée : 1h58
  • Scénariste : Moira Buffini
  • Musique : Javier Navarrete
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  • Bande annonce
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  • Casting : Gemma Aterton Saoirse Ronan
  • Récompenses : --

Eleanor et Clara, deux mystérieuses jeunes femmes, fuient la scène d’un crime violent. Fauchées, elles tentent de trouver de l’argent, tout en se refugiant dans un complexe hôtelier du bord de mer. Clara, pragmatique, vend son corps. Pendant ce temps, Eleanor rencontre Frank, qui va la pousser à dire la vérité sur son identité et son existence. Elle lui raconte alors qu’elle est née en 1804 et que Clara est en fait sa mère. Elle lui explique ce paradoxe (elle n’a que 16 ans) en lui confessant que pour rester en vie, elle doit boire du sang humain, tout comme sa mère. Dans la petite ville, des gens se mettent à mourir. Le passé des deux jeunes femmes les rattrape alors...

Les critiques à propos de ce film

Critique de Byzantium - Entretien avec une vampire
Par : Samuel Tubez




Cinéaste à la filmographie multigenre (la comédie Nous ne sommes pas des anges, le thriller oscarisé The Crying Game, le drame historique Michael Collins…), Neil Jordan aime revenir régulièrement au fantastique par lequel il fut remarqué en 1984 avec La compagnie des loups, son second long métrage. Pour cette nouvelle incursion dans l’étrange intitulée Byzantium, l’irlandais adapte une pièce de Moira Buffini (par ailleurs scénariste sur Tamara Drewe), renouant ainsi avec le mythe vampirique et prolongeant même par certains aspects son magnifique Entretien avec un vampire.

Clara et sa fille Eleanor sont des vampires. Poursuivies et errant à la recherche d’un nouveau lieu de vie, elles sont accueillies par un homme solitaire dans un vieil hôtel fermé au public. Dissimulant leurs secrets au reste de l’humanité tout en cherchant à gagner de l’argent, Clara se voue à la prostitution, transformant bientôt l’hôtel en véritable lupanar, tandis qu’Eleanor rencontre un frêle jeune homme auprès duquel elle commence à se confier. Des confidences dangereuses, d’autant que le passé est sur le point de rattraper les deux femmes, sans compter sur la dévorante soif de sang qui les assaille…

Byzantium pourrait être l’extension parfaite d’Entretien avec un vampire, deux œuvres au parfum féminin délicieusement prononcé. Moira Buffini a certainement été influencée par l’œuvre d’Anne Rice lors de l’écriture de sa pièce A Vampire Story et elle ne pouvait légitimement trouver meilleur réalisateur que Neil Jordan pour l’adapter sur grand écran. Le personnage d’Eleanor s’apparente ainsi à une version adolescente de la petite Claudia jouée par Kirsten Dunst dans le film de 1994, et les deux films de convoquer passé et présent, avec toutefois ici une prédominance pour l’époque contemporaine. Interprétée par Saoirse Ronan (Lovely Bones mais aussi très prochainement Les âmes vagabondes), la « jeune fille » (200 ans tout de même !) porte sur ses épaules le lourd fardeau de la vie éternelle et toute l’errance qui va de pair, lançant des complaintes en voix off qui font écho au mal être de Louis jadis interprété par Brad Pitt. Ornant une bonne partie du film, les scènes qui en découlent peuvent avoir un amer goût d’ennui, sensation renforcée par quelques passages à vide, le film n’étant pas très affolant en termes d’enjeu (les deux « étranges » poursuivants mettant tout de même leur temps pour retrouver nos vamps). Mais ce serait mettre de côté le savoir-faire de Jordan, toujours prompt à livrer des atmosphères baroques et romantiques marquantes (la cascade de sang, les échanges entre Eleanor et Frank) et, surtout, à traiter avec plus ou moins de profondeur ses personnages. Le réalisateur nous fait ainsi ressentir une belle empathie pour ce binôme vampirique, complété par la dangereuse et sexy Gemma Arterton dans la peau de Clara, une mère qui peut s’avérer aussi douce que dénuée de scrupules quand il s’agit de la survie de sa progéniture. Une très belle interprétation qui nous rappelle qu’au-delà des Prince of Persia et autres Hensel & Gretel moisis, l’actrice possède une bonne dose de talent (La disparition d’Alice Creed, Tamara Drewe). En fin de compte, Byzantium est un très beau film féministe qui ne s’avère guère généreux envers ses personnages masculins (paumés, fragiles, salopards, vicelards ou intégristes) et qui s’affranchit de la plupart des codes vampiriques (ici, on en a cure du soleil, de l’ail, des crucifix, ou même des crocs) pour ne laisser que l’essentiel : l’éternité et une soif de sang qui reflètent les problèmes de nos sociétés depuis des lustres : la recherche d’identité et de place au sein de celle-ci ainsi que l’appât du gain. Vampires séculaires et humains, même combat ?

Hâtivement comparé à un mix entre Twilight et Entretien avec un vampire, Byzantium propose une intéressante relecture du mythe vampirique aux résonances modernes plus que bienvenues. Sans toutefois atteindre la puissance baroque de son précédent essai consacré aux suceurs de sang, Neil Jordan tire néanmoins de très belle façon son épingle du jeu en parvenant sans mal à faire mieux que les autres tentatives récentes du genre, tout en prolongeant intelligemment certaines idées de son film de 1994.


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