Critique de film

Bloody bird

"Deliria"
affiche du film
  • Genre : Thriller, Giallo, Slasher
  • Année de production : 1987
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Michele Soavi
  • Pays d'origine : Italie
  • Durée : 1h34
  • Budget : 1 million de dollars
  • Scénariste : George Eastman, Sheila Goldberg
  • Musique : Simon Boswell
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : David Brandon, Barbara Cupisti, Domenico Fiore, Robert Gligorov, Mickey Knox
  • Récompenses : Prix de la Peur au festival d'Avoriaz en 1987

Un tueur en série échappé d’un asile va tenter de décimer des acteurs répétant une comédie musicale dans un vieux théâtre.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Bloody bird - La vengance du killer à plumes
Par : Damien Taymans






Bloody bird, premier long-métrage du trentenaire Michele Soavi, est l’occasion pour le réalisateur de prouver les savoirs acquis en tant qu’assistant des maîtres de l’horreur italienne que sont Dario Argento et Lamberto Bava. Soavi accompagna le premier sur les tournages de Ténèbres et de Phenomena, deux gialli teintés de fantastique, et officia sur La maison de la terreur et Démons pour le second. En guise d’hommage à ses mentors, Soavi entérine la réalisation de Bloody bird, pastiche réussi des genres en vogue dans cette Italie au cinéma américanisé…

La première d’une comédie musicale décrivant les méfaits d’un tueur à tête de hibou approche à grands pas. Non loin des répétitions, un dangereux psychopathe comptant une douzaine de victimes à son actif parvient à s’échapper de l’asile dans lequel il était incarcéré. Le danger se fait ressentir d’autant que le corps d’une des actrices-phares de la comédie est retrouvé sur le parking du théâtre. Fantasmant à l’idée d’une célébrité qui lui tend les bras, le metteur en scène utilise la macabre découverte comme élément de marchandising pour attirer un public plus nombreux dans la salle et bouleverse le script original pour faire coïncider son assassin avec celui, bien réel, qui rôde dans les parages…

Une prostituée se fait laminer en pleine rue par un individu invisible. Les badauds accourent. Le meurtrier s’échappe d’une fenêtre. Curieusement affrété, l’assassin exhibe une énorme tête de hibou ridiculement monstrueuse. Travelling arrière : l’étrange tableau n’est autre qu’une scène d’une comédie musicale. La scène d’entrée se veut frappante émotionnellement et symboliquement. Par le biais de ce faux-semblant, Soavi rappelle l’imagerie trompeuse des gialli argentiens qui mettait en garde sur l’apparence souvent trompeuse des images.

Sise le cul entre deux chaises, l’œuvre soavienne tente le mélange spaghetti-ketchup des réalisateurs péninsulaires de l’époque, envieux de transgresser les frontières pour s’imposer outre Atlantique. Le cinéaste ne cache aucunement ses influences argentiennes et baviennes (Mario surtout), puisant volontiers dans les apports des deux modèles qui ont créé et popularisé les deux genres dominants du métrage : le giallo (Six femmes pour l’assassin, Les frissons de l’angoisse) et le slasher (La baie sanglante). Le maître de cérémonie de Démons prouve à nouveau sa maîtrise du spectacle et des codes constitutifs des deux catégories précitées. L’assassin (qui n’a pas la chance ici de s’enfiler six demoiselles) est un mélange bancal du tueur classique à l’arme blanche et du meurtrier invincible à la technologie plus poussée, surfant ainsi sur la vague post-Halloween. Reflet latin du toolbox murderer à l’outillage étendu, l’homme à tête d’oiseau (allusion flagrante aux titres animaliers des premiers gialli) maîtrise aussi bien les cisailles que la perceuse et se présente comme une figure psychopathique en pleine évolution.

Evoluant dans un décorum pour le moins baroque, le métrage se présente comme un savoureux plaisir des sens, convoquant l’imagerie bleutée et rougeâtre de l’esthétique bavienne tout en distillant aux oreilles des mélomanes de douces mélodies oscillant entre classique et rock qui sont en étroite relation avec les meurtres stylisés de Maître Hibou. Le cinéaste retors parvient même à glisser quelques piques bien senties à l’égard d’un art souvent gangréné par le sensationnalisme superflu et la surenchère inutile en recourant à la mise en abyme de manière minutieuse (splendide scène que la mise en scène du Bloody Bird).

Bloody bird est un parfait pastiche des genres convoités de l’époque qui n’oublie jamais de tirer sur les ficelles mises à sa disposition, tuant par là même tout espoir d’originalité dès l’œuf. Il n’en reste pas moins qu’à l’instar du masque du tueur sanguinaire mis en ostentation, le métrage se révèle assez "chouette" sans pour autant voler dans les plumes.

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