Critique de film

Bleeder

"Bleeder"
affiche du film
  • Genre : Drame, Thriller
  • Année de production : 1999
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Nicolas Winding Refn
  • Pays d'origine : Danemark
  • Durée : 1h38
  • Scénariste : Nicolas Winding Refn
  • Musique : Peter Peter
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Kim Bodnia, Mads Mikkelsen, Zlatko Buric, Liv Corfixen, Levino Jensen, Rikke Louise Andersson, Claus Flygare, Ole Abildgaard, Gordana Radosavljevic
  • Récompenses : --

Leo et Louise forment un jeune couple à Copenhague. Leo sort très souvent avec ses amis, mais Louise préfère rester à la maison. Lorsqu'elle lui apprend qu'elle est enceinte, Leo devient distant et très violent.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Bleeder - Autoportrait
Par : Seb Lecocq

2016. NWR, cinéaste multi-récompensé et au sommet de son art sort Neon Demon, son dernier film en date. Une satire horrifique du monde de la mode qui repousse jusqu’à l’extrême limite, les frontières de son cinéma.

1999. Nicolas Winding Refn n’est pas encore NWR mais déjà un jeune cinéaste européen prometteur qui s’est fait remarquer avec Pusher, un petit polar inspiré par les premiers Scorsese. C’est cette année-là que sort Bleeder, son second film, toujours inédit en salle. Jusqu’à cette année 2016 où, sous l’égide de La Rabbia, il sort enfin au cinéma.

Tourné avec la même bande de comédiens que Pusher (Mads Mikkelsen, Kim Bodnia, Zlatko Buric, Levino Jensen), Bleeder est un film essentiel tant sur le plan personnel que professionnel, dans la carrière de l’encore jeune cinéaste. Il s’y livre comme jamais, offrant au spectateur une œuvre fortement autobiographique qui porte, rétrospectivement, un éclairage nouveau sur son travail futur et plus particulièrement sur ses personnages masculins incarnés par ses alter égo filmiques que sont Mads Mikkelsen dans un premier temps et Ryan Gosling par la suite. Dans Bleeder, Lenny est le personnage le plus humain de toute sa filmographie, il est un garçon simple, renfermé, passionné de cinéma, qui bosse dans un vidéo club et passe ses journées à parler de cinéma et à regarder des films. C’est la seule chose qui l’intéresse jusqu’au jour où il va croiser Lea qui s’ennuie derrière son comptoir. Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que Lenny n’est autre que NWR, d’autant plus que Léa est interprétée par Liv Corfixen, future femme du cinéaste. Rien que pour assister à cette rencontre, la vision de Bleeder s’avère essentielle.

Mais là, n’est pas le seul atout du film, qui possède un charme unique et vraiment à part dans la filmographie de son auteur. Esthétiquement et thématiquement, on reste proche du style Pusher. On y retrouve cette camera vive, une ambiance urbaine, une image rugueuse, une grosse impression de cinéma-vérité héritée des premiers films de Scorsese ou de Ferrara et des personnages évoluant en marge, dans un milieu de petite criminalité. C’est le cas de Léo, personnage central de l’histoire, interprété par Kim Bodnia, qui a du mal à accepter sa future paternité. Bleeder est un film d’hommes encore une fois, construit autour d’une bande d’amis réunis lors de séances de cinémas qu’ils organisent ensemble tous les jeudis. Une bande hétéroclite, composée de personnages bien différents dont on se demande ce qu’ils peuvent bien faire ensemble. Pourtant, la dynamique fonctionne, que ce soit Lenny, Leo ou Louis, chacun existe à l’écran, bien que Lenny soit celui qui cristallise toute la sympathie du spectateur et dont la relation avec Lea finit par s’imposer comme le pivot central du récit.

Le couple Lenny-Léo fonctionne comme les deux plateaux d’un balancier : la placidité et la gentillesse de l’un contrebalance la nervosité et la rage contenue de l’autre. La mise en scène de Refn reflète avec excellence cette dualité, surtout lors de leur relation respective avec la gente féminine. L’appartement de Leo et Louise est montré comme un lieu d’enfermement, décrépit et oppressant. La lumière y est blafarde et la camera nerveuse. Lenny et Lea, eux, se rencontrent dans des endroits plus clairs, plus aérés, en extérieur et la mise en scène y est beaucoup plus posée. Le destin des deux hommes est lui aussi antinomique. D’abord présentés sur un pied d’égalité (deux amis qui discutent dans un vidéoclub), l’un va s’élever vers la lumière pendant que l’autre va s’enfoncer dans les ténèbres. Chaque fois autour d’une femme. Bleeder se pose comme un film d’amour, c’est lui qui est au centre de tout et provoque tout à la fois la chute et l’élévation de ses personnages. Amour vache, amour adolescent, amour fraternel, amour entre amis, amour du cinéma surtout. Malgré la noirceur et la tristesse de son histoire, il se dégage du film une certaine lumière, une chaleur qui touche directement la spectateur au cœur.

On a souvent mis en exergue la froideur ou l’opacité du cinéma de Refn mais Bleeder est une œuvre qui possède une grande humanité et dégage beaucoup de chaleur. De la violence aussi, forcément. Certaines scènes sont très dures et frappent par leur réalisme. Bleeder est une œuvre aussi sombre que lumineuse. La noirceur d’une séquence est atténuée par la lumière de celle qui suit et inversement. C’est ce contexte dramatique qui rend aussi belle la naïveté de l’histoire de Lenny, personnage positif qui parlera à la plupart des fans de cinéma qui s’y retrouveront énormément. A la fois drame, polar, film social, histoire d’amour, comédie, Bleeder est un métrage simple mais d’une grande richesse qui contient en lui les germes du futur plus grand succès de son auteur : Drive. Une scène en particulier, entre Lenny et Lea trouvera un écho éblouissant, une dizaine d’années plus tard, entre Carey Mulligen et Ryan Gosling, dans un ascenseur. Bleeder est donc bien un film essentiel dans la carrière d’un des cinéastes les plus importants de ce début de XXIé siècle.


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