Critique de film

Benny's video

"Benny's video"
affiche du film
  • Genre : Drame, Horreur
  • Année de production : 1992
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Michael Haneke
  • Pays d'origine : Autriche, Suisse
  • Durée : 1h45
  • Scénariste : Michael Haneke
  • Musique : Karl Schlifelner, Mel Kutbay
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Arno Frisch, Angela Winkler, Ulrich Mühe, Ingrid Stassner, Stephanie Brehme
  • Récompenses : Prix FIPRESCI aux European Film Awards 1993
    Vienna Film Award à la Viennale 1992

Benny est un jeune adolescent pas comme les autres, partageant son temps entre le vidéoclub dans lequel il loue plusieurs films par jour, et sa chambre, pièce destinée à abriter son impressionnant matériel de diffusion vidéo. Benny est un intoxiqué de l’image, et finit par ne plus vraiment faire la différence entre la réalité et la fiction. Perdu dans sa solitude, Benny invite une jeune fille chez lui, et la tue.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Benny’s video - Haneke tout puissant !
Par : Quentin Meignant




Michael Haneke est rentré dans la légende avec Funny Games et son remake Funny Games U.S. Mais certains oublient qu’avant ces deux véritables phénomènes cinématographiques, l’Allemand avait une belle petite carrière où il avait déjà effleuré le thème qui lui est cher, c’est-à-dire la violence et son traitement par les médias.

Benny’s video est, à ce titre, l’exemple parfait du talent naissant du réalisateur et de ses idées bien arrêtées sur le sujet. Et c’est avec une scène réellement choquante que Haneke décide de commencer son métrage : le jeune Benny (14 ans) se passe et se repasse au ralenti une vidéo de l’exécution d’un cochon, abattu par un pic dans la tête. L’ambiance froide régnant autour de cette vidéo amène son lot de frissons et le regard vide de Benny vient encore renforcer le malaise naissant. Ensuite, nous pilonnant des images violentes du journal télévisé regardées par le héros, Haneke pose les bases de sa critique des médias et de leur pouvoir dévastateur sur la conscience populaire.

Fortement influencé par les images de massacres en ex-Yougoslavie, Benny se montre froid envers son entourage. On dit bien souvent que les dialogues font la force d’un film, dans ce cas-ci Haneke nous prouve l’inverse : le manque de loquacité du jeune garçon offre une force supplémentaire à l’ensemble, le réal revenant aux sources même du septième art en rappelant l’importance du poids des images et du pouvoir exercé par les silences qui en disent long.

L’ambiance malsaine et cet entassement d’images violentes fait bien vite de Benny, comme de beaucoup d’ados de son âge, un danger pour la société, un être destructuré socialement baigné dans une violence latente. Intervient alors le meurtre qu’Haneke préfère ne pas nous montrer confirmant sa persuasion de l’importance de la suggestion filmique. Cette violence suggérée (à l’inverse des médias qui montrent tout comme si c’était banal) donne un impact incroyable à cette scène d’homicide, en faisant le parfait contrepoids de l’exubérance de l’imagerie télévisée. Pied-de-nez au média télévisé si éloigné de l’art cinématographique.

S’y reprenant à trois fois pour tuer sa « proie », Benny agit suite à l’homicide comme si rien ne s’était passé. Pire, il jouira ensuite de l’impunité offerte par ses parents qui feront tout pour camoufler les errements de leur fils, ce dernier leur affirmant juste avoir voulu « voir ce que ça faisait de tuer ». Cette ambiance poignante et résolument efficace perdure alors jusqu’à un final que l’on eût espéré plus poignant. Mais, hélas, après un petit twist qui n’avait aucune raison d’être, Haneke nous offre une fin un peu trop convenue.

Final dommageable car l’ensemble méritait sans aucun doute un meilleur dénouement. Michael Haneke nous a en tout cas livré une œuvre entière, pleine d’émotion et toute puissante. Ce grand moment de cinéma ne peut en tout cas que marquer l’esprit des cinéphiles qui dégusteront cette oeuvre très profonde tant artistiquement que socialement.

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