Critique de film

Batman le défi

"Batman Returns"
affiche du film
  • Genre : Fantastique - Super-héros
  • Année de production : 1992
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Tim Burton
  • Pays d'origine : USA, Angleterre
  • Durée : 2h01
  • Budget : 80 millions de dollars
  • Scénariste : Daniel Waters, Sam Hamm
  • Musique : Danny Elfman
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer, Christopher Walken, Michael Gough, Michael Murphy, Cristi Conaway, Andrew Bryniarski, Pat Hingle
  • Récompenses : Nominé aux Oscars des Meilleurs effets spéciaux et Meilleur maquillage en 1993
    Saturn Award du Meilleur maquillage en 1993
    Nominé aux Saturn Awards des Meilleurs costumes, Meilleur réalisateur, Meilleur film fantastique et Meilleur acteur de second rôle (Danny De Vito) en 1993
    Nominé aux BAFTA Film Awards des Meilleurs effets spéciaux et Meilleur maquillage en 1993
    Nominé à l'Hugo award du Meilleur film dramatique en 1993
    Nominé aux MTV Movie Awards du Meilleur Baiser, Meilleur méchant (Danny De Vito) et Femme la plus désirable (Michelle Pfeiffer) en 1993

Non seulement Batman doit affronter le Pingouin, monstre génétique doté d'une intelligence à toute épreuve, qui seme la terreur mais, plus difficile encore, il doit faire face à la séduction de deux super-femmes, la douce Selina Kyle et la féline Catwoman qui va lui donner bien du fil a retordre. Si Bruce Wayne apprécie Selina, Batman n'est pas insensible au charme de Catwoman.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Batman le défi - Retour gagnant
Par : Damien Taymans




Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bruce Wayne glande dans son immense manoir et le maire de Gotham s’apprête à inaugurer le sapin de noël sur la place. Mais, le Pingouin, être machiavélique abandonné par ses parents étant jeune, a soif de vengeance et lance sur la foule sa brigade du cirque. Rappelé à la rescousse, Batman a du pain sur la planche. D’autant qu’apparaît rapidement un deuxième ennemi appelé Catwoman, adversaire aussi dangereuse que séduisante...

Un an après les premières péripéties de l’homme aux oreilles pointues (film sur lequel les producteurs se sont largement acharnés), Burton a clairement assis son talent en réalisant Edward aux mains d’argent, œuvre ultime qui confirme la singularité de l’univers du réalisateur et le (sombre) génie qui l’habite. Sa réputation faite, Batman returns se présente comme une opportunité de laisser le premier épisode de côté pour d’imposer désormais sa vraie vision, aussi pessimiste et obscure soit-elle.

Gotham city, période des fêtes de fin d’année. Choix stratégique qui outrepasse les conditions de sortie du Pingouin (préférant l’hiver glacial à la période estivale) pour s’imposer de lui-même par la magnificence picturale qu’il provoque (la sublime opposition entre la neige immaculée et les ténèbres qui inondent la ville, emprunt à l’expressionnisme autant qu’au monde du comic book). Un couple se précipite sur un pont et largue un couffin agité sur la rivière tranquille. Convoquant l’imagerie biblique (Moïse sur le Nil), Burton distingue d’emblée deux mondes antagonistes : celui d’en bas (l’enfer) où sont relégués toutes les crasses de Gotham (le Pingouin, le gang du Triangle Rouge et les déchets des usines de Shreck), celui d’en haut (l’autre enfer) où pullulent petites frappes en tous genres et politiciens véreux. Tout aussi périlleux que la cité souterraine, le monde en surface est à l’origine de trois monstres, chacun recueilli par des animaux distincts : les chauves-souris, les chats et les pingouins.

Car oui, curieusement, les trois protagonistes du métrage sont des monstres. Batman, malgré ses apparences de guerrier salvateur d’une humanité en péril, se cherche continuellement et n’existe que parce qu’il se montre et se fait aimer. Déjà décrit comme un être profondément schizophrénique dénué de réelle personnalité lors du premier opus, le chevalier noir est ici dépeint comme un artiste n’existant que pour et par le public qui l’acclame et le chérit. Enfermé dans son immense manoir, Bruce Wayne s’ennuie à mourir, s’ensommeillant par manque d’action. La fortune et son fidèle serviteur n’y changent rien : Wayne mène une vie sociale monotone, rapidement déclinée lors de l’entretien avec Max Shreck (discussion vaine et insipide qui ne s’éclaire que lorsque Séléna apparaît). Wayne ne sort de sa triste austérité que lorsqu’il endosse la cape de Batman. Une séquence suffit à le prouver : seul dans son fauteuil, Wayne revient à la vie en apercevant le signal qui éblouit le ciel ennuagé de Gotham. L’action ressuscite le mythe, le spectacle fait vivre Wayne.

A l’instar du Pingouin et de Catwoman, l’homme chauve-souris est un monstre créé par l’homme (« As-tu déjà dansé avec le diable au clair de lune ? »). Burton décide de reléguer au placard l’habituelle dichotomie manichéenne des films de super-héros pour en proposer une nouvelle dans laquelle chacun possède une existence bifaciale (humaine et monstrueuse). Malgré les apparences, le Pingouin recèle en lui une part d’humanité. Rejeté par ses parents et par la société, le freak n’existe que par le crime, son seul moyen de reconnaissance. Elevé parmi ses pairs par l’intermédiaire de Shreck, il en oublie ses aspirations premières en rejoignant le monde des hommes. Catwoman, être plus profondément bipolaire, poursuit la même quête en parcourant les rues de Gotham, aidant une dame malmenée au détour d’une ruelle sombre avant de détruire un musée sans aucune raison. Chacun éprouve un mal-être qui pousse au crime, seul exutoire à une existence transparente, seule possibilité d’être reconnu dans ce monde qui en a fait des parias.

Dans ce contexte, Batman returns ne constitue en aucun cas une lutte menée par Batman contre les cancers qui rongent sa ville. Sa guerre est plus subtile et intéressée : le chevalier noir désire la reconnaissance suprême (symbolisée par l’exposition de son sigle dans le ciel) et veut éliminer ces deux êtres qui lui font de l’ombre et l’empêchent d’être l’icône de la ville. Les deux ennemis s’unissent d’ailleurs pour détruire non pas Batman mais ce qui lui tient le plus à coeur : sa réputation (« Il faut faire de lui ce qu’il déteste le plus, c’est-à-dire nous »). Usant d’une mise en scène efficace, les comparses transforment le héros masqué en un meurtrier, un meurtre qui provoque le rejet de la part des habitants de Gotham, témoins du malheureux quiproquo. Dès lors, le doute s’installe dans la tête du héros qui ne sait si Batman doit se reconstruire ou Wayne se retrouver. Interrogation ultime menée conjointement par Bruce Wayne et Séléna Kyle lors de la magnifique scène du bal. Batman returns persévère dans la voie tracée dans le précédent opus, transformant le chevalier noir en une créature dubitative, capable de basculer d’un moment à l’autre du côté obscur de la force.

L’œuvre de Tim Burton explore des considérations ontologiques profondes en abordant le thème de l’ambivalence, du besoin de reconnaissance, n’oubliant pas au passage de fustiger une société qui génère les monstres dont elle se plaint par la suite. Le héros burtonien est donc bien un surhomme, archétype d’une humanité en dégénérescence. Revisitant le statut du super-héros et de ses adversaires, Batman returns est tout autant novatrice qu’empreinte de fixisme et d’universalisme, s’élevant pour une raison comme pour l’autre au panthéon des classiques.


Oeuvres liées

Batman (1989)
Batman forever (1995)
Batman et Robin (1997)
Batman begins (2005)
The Dark knight (2008)

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