Critique de film

Au coeur de l'océan

"In the Heart of the Sea"
affiche du film
  • Genre : Aventure
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 2h01
  • Musique : Roque Baños
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Hiver 1820. Le baleinier Essex quitte la Nouvelle-Angleterre et met le cap sur le Pacifique. Il est alors attaqué par une baleine gigantesque qui provoque le naufrage de l'embarcation. À bord, le capitaine George Pollard, inexpérimenté, et son second plus aguerri, Owen Chase, tentent de maîtriser la situation. Mais face aux éléments déchaînés et à la faim, les hommes se laissent gagner par la panique et le désespoir…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Au cœur de l’océan - A bigger splash
Par : Samuel Tubez


Autant encensé (Rush) que conspué (Le Grinch), Ron Howard ne se contente pas ici d’adapter le célèbre Moby Dick d’Herman Melville comme a pu le faire John Huston en 1956, mais il revient à la source-même de l’aventure en adaptant le récit d’un authentique chasseur de baleine qui inspira le romancier pour l’écriture de son monument.

C’est donc un « Moby Dick origins » que nous propose le réalisateur d’Apollo 13 qui met en scène l’histoire racontée par un rescapé de l’Essex interrogé par Melville en personne (Ben Whishaw). Ce survivant c’est Thomas Nickerson (Brendan Gleeson), un homme marqué et hanté par ce voyage extraordinaire où, alors jeune homme, il assista au naufrage du baleinier. Traquant les cachalots pour en extraire leur précieuse huile, il fut témoin des mésententes entre le capitaine George Pollard (Benjamin Walker) et son second Owen Chase (Chris Hemsworth) ainsi que leur combat contre un spécimen géant récalcitrant.

A la dimension symbolique du roman, Ron Howard préfère le récit d’aventures, parfaitement exécuté, mais typiquement hollywoodien. Le combat de l’homme contre la nature, métaphore de l’avidité humaine propre aux écrits n’est ici qu’effleurée, le réalisateur misant essentiellement sur une aventure visuelle grandiose. La reconstitution est de fait d’envergure, la photo impressionniste évoque des peintures de maitres et les décors ainsi que les effets visuels en mettent plein la vue. Le réalisateur alterne des plans amples et des focus très rapprochés au sein d’une mise en scène parfaitement efficace qui rend grâce à cette épopée marine prenante. Toutefois, il y manque un véritable souffle épique pour que l’on soit totalement emporté. Des personnages attachants et nuancés en guise des protagonistes archétypaux qui nous sont ici proposés auraient également été bénéfiques à l’entreprise, car en l’occurrence pas un ne suscite la moindre empathie si ce n’est Thomas Nickerson (incarné par Tom Holland dans sa version jeune) qui offre une distance bienvenue ainsi qu’une pointe d’émotion qui trouve écho dans les scènes où, alors adulte, il revient auprès de Melville sur ses péripéties. Là, sans même se lever de sa chaise, Brendan Gleeson parvient enfin à transmettre de réelles émotions (on saluera d’ailleurs l’épisode cannibale, habilement évoqué avec suggestion) au cœur de cet océan de sentiments parfois faciles (les retrouvailles avec femme et enfant) et de mâles monolithiques (Hemsworth en tête). Ron Howard n’est donc pas encore parvenu à livrer son film-somme mais il nous offre de réels moments d’évasion ainsi qu’un lot de séquences marquantes, de la plongée dans les entrailles putrides d’une baleine aux attaques du cachalot géant en passant par le dépérissement saisissant de naufragés à la dérive.

A l’instar d’Owen Chase cherchant le cachalot-monstre, Ron Howard semble fendre le vent à la poursuite de son chef-d’œuvre. Hélas, il reste prisonnier d’un récit trop prévisible et trop plat manquant cruellement d’incarnation et de profondeur. L’aventure n’est pas aussi épique et mystique qu’elle le méritait mais grâce à ses talents d’excellent faiseur elle demeure fort plaisante à parcourir, voire même par instants impressionnante.


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