Critique de film

American Nightmare 3: Elections

"The Purge: Election Year"
affiche du film

Une sénatrice américaine se lance dans la course à l'élection présidentielle en proposant l'arrêt total de la Purge annuelle. Ses opposants profitent alors d'une nouvelle édition de cette journée où tous les crimes sont permis pour la traquer et la tuer...

Les critiques à propos de ce film

Critique de American Nightmare 3 : Elections - Yes We Can
Par : Seb Lecocq

Trois films en quatre ans pour James DeMonaco. Et quand on voit la fin de ce troisième opus, il ne fait aucun doute que la pré-production du quatrième sera déjà lancée au moment même où vous lirez cet article. On appelle ça un franchise. Et peut-être la plus intéressante de l’écurie Blumhouse. De par son univers d’un coté et sa constante réinvention de l’autre. Après la triste home invasion et l’actioner fun mais un peu con-con, ce nouveau métrage aborde le versant politique de la désormais traditionnelle "purge" annuelle mise en place par les nouveaux Pères Fondateurs Américains.

Dès les premières minutes de métrage, le film expose ses qualités et ses défauts. La volonté de creuser la mythologie créée par le second volet (American Nightmare : Anarchie), un foisonnement de bonnes idées, un traitement approximatif de ces idées ainsi que du vrai message du film et enfin un opportunisme forcément mercantile. En effet, American Nightmare 3 surfe sans vergogne sur le grand raout des élections américaines et le spectacle tout à la fois consternant et fascinant proposé par Donald Trump. DeMonaco et ses scénaristes imaginent un personnage de sénatrice démocrate dont la famille fut massacrée lors d’une purge, bien décidée à prendre la tête du pays pour annihiler cette tradition désormais bien implantée et inscrite dans la Constitution. Bien entendu, ses adversaires désirent en découdre pour conserver leurs places et leurs privilèges.

American Nightmare 3, sous ses atours d’uchronie politique, n’en reste pas moins un film d’action qui assume des dérapages bis et son rythme d’actioner décomplexé. Les scènes de guérillas urbaines s’enchaînent à bon train tandis que notre sénatrice passe une soirée bien plus mouvementée que prévu lorsqu’un escadron de nazis (!!) s’est mis en tête de la rectifier. Plus de sénatrice, plus de menaces, c’est aussi simple que cela. La purge est bien montrée et constamment présente à l‘écran, ce qui donne lieu à quelques belles scènes mais cette fois James DeMonaco s’attarde sur des petits groupes d’activistes qui veulent profiter de la grande chasse annuelle pour perpétrer quelques exactions d’ordre politique. C’est cette portée politique qui apporte un peu plus de fond au film et qui en fait le meilleur des trois. On n’est toujours pas dans le brûlot politique et contestataire mais on dépasse le statut de « simple » film d’action. Une autre bonne idée mise en place est le tourisme de la Purge avec de jeunes touristes fortunés venus principalement des pays de l’Est qui se rendent à Washington pour un nouveau type de safari. Une bonne idée mais pas assez exploitée comme tant d’autres dans ce thriller aux accents Carpenterien qui gagnerait en simplifiant son propos et en clarifiant certains arcs narratifs.

Malgré ses bonnes intentions, on retrouve exactement les même défauts que dans l’épisode précédent : cette sale impression d’avoir constamment le cul entre deux chaises et de ne pas savoir sur quel pied danser. Si les intentions des personnages sont bonnes, les moyens utilisés sont parfois fort douteux, comme si lors des moments-clés, la seule réponse possible et efficace était la violence. Dans American Nightmare, la solution ultime reste la violence, quelque soit le camp dans lequel on se trouve.

La franchise est en progrès constant mais on arrive à un moment où il serait juste de se demander s’il n’est pas temps de passer la main à un metteur en scène différent qui pourrait amener du sang neuf et un nouveau regard sur la saga car DeMonaco semble répéter à l’envi les mêmes erreurs. Il n’est pas le seul fautif, on sent tout au long du film le poids des producteurs peser sur les épaules du metteur en scène. Tiraillé entre ses velléités politiques et ses envies d’exploitation pure, le cinéaste doute. Purger ou ne pas purger, telle est la question.


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