Critique de film

A vif

"The Brave One"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2007
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Neil Jordan
  • Pays d'origine : USA, Australie
  • Durée : 2h02
  • Scénariste : Roderick Taylor, Bruce A. Taylor, Cynthia Mort
  • Musique : Dario Marianelli
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Jodie Foster, Terrence Howard, Nicky Katt, Naveen Andrews, Mary Steenburgen
  • Récompenses : Nominé au Golden Globe de la Meilleure actrice (Jodie Foster) en 2007

Animatrice de radio newyorkaise, Erica Bain (Foster) peine à se remettre de l'agression qui a coûté la vie à son fiancé (Naveen Andrews). Traumatisée, elle se met à hanter les rues, la nuit, à la recherche des hommes qu'elle tient pour responsables de son malheur, et se transforme peu à peu en justicière. Si le public se passionne pour ses exploits anonymes, la police, elle, est sur les dents. Traquée par un détective obstiné (Terrence Howard), Erica s'interroge : sa croisade vengeresse est-elle vraiment la bonne solution ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de A vif - Un bon vigilante quelque peu démago
Par : Damien Taymans


Le genre du vigilante movie a connu son heure de gloire lors des seventies. A cette époque, apparaissent sur le marché des classiques comme L’inspecteur Harry, Taxi driver ou encore Un justicier dans la ville (avec un superbe Charles Bronson, une fois n’est pas coutume). Ce dernier mettait en scène un homme qui se faisait justice lui-même en massacrant les assassins de son épouse et se permettait en même temps d’éliminer la racaille (au sens sarkozyste du terme) des rues newyorkaises. Les années 2000 se sont également avérées être un terrain béni pour un renouveau du genre, qu’on pense aux Man on fire, Hard Candy et, plus récemment, le très jouissif Death Sentence de James Wan. Ressemblant à s’y méprendre à Un justicier dans la ville (du moins au niveau de la thématique et du traitement a priori réaliste), A vif est bâti sur un scénario assez classique : rongé par la soif de vengeance, le personnage principal erre dans les rues newyorkaises pour retrouver ses assaillants et les abattre et en profite, en passant, pour dégommer à coups de 9mm ceux qui tentent de se dresser sur son chemin. Ce pitch convenu est pourtant agrémenté de quelques touches originales qui font de ce métrage quelque chose de singulier lui permettant de se démarquer de ses modèles.

Première originalité et pas des moindres : le personnage principal est une femme parfaitement campée par Jodie Foster. L’actrice qui incarne la citoyenne modèle et la mère parfaite dans l’esprit de tout un chacun convainc dans ce rôle délicat de femme meurtrie dans sa chair qui essaie tant bien que mal de contenir ses envies destructrices par le biais d’une morale inébranlable. Erica tangue et ne sait plus que penser. Frappée dans son âme, meurtrie dans sa chair, elle ne peut s’empêcher de tressaillir à la moindre attaque et de réagir en conséquence en adoptant le principe unilatéral d’action-réaction. Une descente aux enfers pour l’héroïne, sans cesse tiraillée entre soif de vengeance et philanthropie, entre désir de meurtre et envie de redevenir celle qu’elle était. Deuxième originalité : le recul que prend Jordan tout en traitant le sujet en profondeur. Jamais le cinéaste ne prend position par rapport aux actes commis par Erica, jamais il ne se dresse pour signaler son propre point de vue. Pourtant, le problème n’est pas uniquement traité en surface. Habilement, Jordan choisit de faire apparaître le point de vue d’Erica lors de ses animations radio et de mettre à découvert ses sentiments profonds uniquement par le biais de son fidèle enregistreur qu’elle balade sans cesse avec elle.

Cependant, la mise en scène parfois destructurée mais emplie d’images poignantes ne parvient pas à éviter les écueils conventionnels de ce traitement introspectif de surface. A force de rester volontairement en retrait et de ne jamais s’immiscer dans une quelconque moralisation, le pouvoir conceptuel de l’œuvre s’amenuise au fur et à mesure et débouche sur un dénouement étrange qui ne cadre pas avec le ton de l’ensemble. L’éloignement à dessein d’objectivité tourne alors à la vague plaisanterie lorsque le réalisateur décide de mélanger âprement amoralité et démagogie compulsive. De même, idéologiquement parlant, on ne pourra s’empêcher de reprocher à A vif de relancer l’éternel débat insipide sur le bien et le mal et l’état de légitime défense (mais avec un soupçon de préméditation) de la vengeance personnelle. Relançant dès lors la mode de l’empathie maladroite, Jordan s’est fourvoyé en s’appliquant à acculer son héroïne jusqu’à la condamnation fortuite.

A vif reste un exemple dans la tradition du vigilante movie. Scénario convenu, poncifs largement épuisés mais à une nouvelle sauce, plus contemporaine et originale. Malheureusement, sauf le respect que l’on doit à Neil Jordan, il signe là un film aussi démagogique qu’opportuniste au verbiage parfois un peu lourd.

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