Critique de film

A Hard Day

"Kkeut-kka-ji-gan-da"
affiche du film
  • Genre : Thriller
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 1h51
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Alors que le commissaire Gun-su se rend à l’enterrement de sa mère, il percute un passant et se retrouve avec un cadavre bien encombrant sur les bras. Pour ne rien arranger, son équipe fait l’objet d’une enquête pour corruption.

Les critiques à propos de ce film

Critique de A Hard Day - Une journée en enfer
Par : Seb Lecocq


On a déjà tout dit sur le polar coréen qui a enflammé l’Occident durant la première décennie des années 2000. Si la vague semble s’être quelque peu calmée après avoir connu son apogée avec la doublette I Saw The Devil et The Murderer, certains metteurs en scène s’obstinent dans la voie du polar hard boiled sauce kimchi. A Hard Day s’inscrit dans cette tradition mais le réalisateur, dont c’est le deuxième long-métrage, prend un chemin de traverse pour tracer sa route dans cette jungle du polar coréen.

A Hard Day, c’est l’histoire d’un type qui passe une journée de merde de niveau cataclysme biblique. Imaginez un peu : vous êtes un commissaire de police accusé de corruption, vous êtes en retard à l’enterrement de votre mère et, sur la route, vous renversez et tuez un piéton. Pour ne pas vous faire prendre, vous décidez de vous débarrasser du corps. Petit à petit, l’étau se resserre sur vous et votre partenaire est nommé à la tête de l’enquête. Enfin, l’unique témoin de l’accident décide de vous faire chanter. Vous voilà dans la peau et le costume du commissaire de police Ko Gun-su et les ennuis ne font que débuter. C’est sur cette trame narrative explosive que Kim Seong hoon pose les bases de son polar pas tout à fait comme les autres puisqu’il y insère une grosse dose de comédie. Le synopsis s’y prête parfaitement tant la situation de départ semble invraisemblable avec une exagération qui constitue justement l’un des ressorts les plus anciens de la comédie. La première heure mixe allégrement le polar et la comédie. Les éléments graves et tragiques sont sans cesse dynamités par l’adjonction d’éléments comiques tant dans la mise en scène, dans l’écriture que dans le jeu des acteurs. Il faut voir cette séquence se déroulant dans la salle funéraire pour comprendre tout le talent de Kim Seong hoon qui manie aussi bien l’humour que la tension.

Le rythme s’avère soutenu tout au long du récit et les scènes s’enchaînent sans le moindre temps mort. On voit par moment une petite influence de Bong Joon ho dans cette façon qu’il possède d’étirer certaines scènes tragiques jusqu’au burlesque, jusqu’à l’absurde. Kim se sert ainsi des codes récurrents du polar pour les détourner ou les retourner. Par exemple, les policiers, d’ordinaire totalement incompétents dans le polar coréen lambda, sont ici hyper compétents et n’hésitent pas à faire du zèle. Dans le même ordre d’idée, les vilains subissent le même reflet déformant : habituellement tirés à quatre épingles, ils se voient représentés de façon banale, ce qui accentue la véracité de l’histoire et du calvaire du commissaire Ko. Les scènes d’action, parfois violentes, mais souvent décalées, bénéficient d’une mise en scène brillante avec leur lot de courses-poursuites, de fusillades, de bagarres ; tout est parfaitement exécuté, même si l’on peut reprocher une chorégraphie un brin trop classique. Kim Seong hoon, plutôt que d’en faire des tonnes avec sa caméra, se concentre sur son scénario et l’enchaînement des évènements qui va conduire à la perte de son protagoniste. Jusqu’ici tout va bien mais dans le troisième acte, le film semble échapper à son réalisateur et reprend le mode de déroulement plus classique du polar traditionnel. La comédie est mise sciemment de côté et la noirceur prend le pas sur le comique, ce qui déséquilibre l’ensemble de l’œuvre. Dommage que le réalisateur ne conserve pas le ton de la première heure jusqu’au bout.

Ce dernier acte s’avère être sans aucune surprise et égraine les poncifs du polar coréen. Une impression de déjà-vu s’installe et le spectateur possède un coup d’avance sur les protagonistes, la faute à un scénario qui perd de son originalité au fil du temps même si, malgré tout, le final s’avère réjouissant et fort bien emballé en dépit un classicisme un peu trop appuyé. A Hard Day possède les qualités habituelles de ce genre de production (scénario solide, interprétation impeccable et esthétique soignée) mais en compile aussi plusieurs défauts tels qu’une longueur excessive ou des personnages indestructibles.


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