Critique de film

A Fantastic Fear of Everything

"A Fantastic Fear of Everything"
affiche du film
  • Genre : Comédie
  • Année de production : 2012
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Angleterre
  • Durée : 1h40
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Jack (Simon Pegg) est un auteur de livres pour enfants désireux de se tailler une place dans le monde du cinéma. Ainsi, il a écrit un scénario inspiré de la vie et des crimes des tueurs en série de l’époque victorienne. Ce travail a affecté lourdement sa psyché et il est désormais habité par la peur du meurtre. Lors d’une soirée particulièrement effrayante, il est convaincu d’être assailli par des enfants choristes, un fantôme inconnu et les femmes de la buanderie locale, lieu central de sa paranoïa.

Les critiques à propos de ce film

Critique de A Fantastic fear of everything - Le lavomatic de l’angoisse
Par : Damien Taymans


Quel espoir reste-t-il quand vos membres se raidissent à chaque tressautement d’un appareil mécanique ou quand votre épine dorsale grince avec autant de vigueur qu’un archet sur un violoncelle mal accordé sitôt qu’une ombre nimbe le plus insignifiant bibelot de votre appartement vide ? Quasiment aucun a priori. Les relations sociales fondent comme peau de chagrin et votre dernier espace vital devient celui dans lequel vous créchez jour et nuit, nuit et jour et plus si affinités. Ancien écrivain pour mioches (des histoires à base de hérissons écrasés à vous décrocher quelques sanglots), Jack ambitionne d’abandonner ce créneau pour jouer les hagiographes des plus grands meurtriers que l’Angleterre ait connus, ceux-là même qui feraient pisser dans ses frusques le terrifiant Jack l’Éventreur. Phobique de nature, Jack rajoute au tableau une kyrielle de malades sanguinaires dont il dévore les biographies, ce qui consolide encore un peu plus sa paranoïa. Alors, lorsqu’il est convié à un important rendez-vous par son agent avec un nabab, Jack s’angoisse : plus un calbut de propre à se mettre à l’entrecuisse. Il doit donc se résoudre à se rendre au lavomatic, cristallisation de ses pires phobies...

A Fantastic Fear of Everything, dans un monde de comédies produites pour l’enfilage des gags, est un exemple en termes d’écriture et de mise en scène. Ainsi, la pellicule de Crispian Mills, leader du groupe de rock Kula Shaker, et Chris Hopewell, réputé pour ses vidéoclips de Radiohead ou The Offspring, démarre-t-elle sur les chapeaux de roue et explose-t-elle déjà toutes les conventions lors de son premier acte. Celui-ci offre un huis clos en compagnie d’un parano patenté chassant les monstres invisibles qui cohabitent à ses côtés et ne lui laissent au final qu’une place relative au sein de son propre habitat. Intra- et extra-muros puisque les cinéastes relèguent l’acteur en bord de cadre, souvent tordu, pour laisser une place solide à ses hantises. Et l’écrivain tenaillé par des angoisses beaucoup plus oppressantes que celle de la seule page blanche ne pouvait être interprété que par Pegg, aussi irrésistible dans les rôles de ratés (Shaun of the Dead) que dans ceux des trop doués (Hot Fuzz). De toute façon, Simon Pegg n’est pas homme à jouer les stakhanovistes pour devenir une légende de la gaudriole : l’homme ne se plaît que dans le décalage, n’est jamais aussi convaincant que lorsqu’il joue les marginaux.

Ce premier acte prodigieux, rempli de références visuelles à des canons du suspense tels que Psychose ou Maniac, permet à l’acteur de tenir son propre one man show et de faire montre de l’étendue de son talent, comme lors de cette démonstration désopilante de gangsta rap. Mais même si elle prend les atours d’un Polanski déjanté, on sent que l’intrigue ne peut tenir éternellement entre ces quatre murs. Dès lors, le "locataire" quitte sa grotte pour se rendre, contraint et forcé, dans le terrible lavomatic qui le terrorise. Une terreur remontant à sa prime enfance si l’on en croit le discours de son psychanalyste. S’enchaînent alors une série de situations improbables qui, toutes, trouveront leur justification lors de l’ultime acte dans les sous-sols mêmes de l’endroit pour une thérapie de groupe invoquant Freud, Jung et des hérissons mignons. La boucle est bouclée : ce portnawak géant tendait tout entier vers ce dénouement loufoque sous tension. Une tension dépendant d’une machine à laver. Forcément.

On retrouve dans A Fantastic Fear of Everything un fumet d’Edgar Wright et une palette tellement diversifiée (un montage soutenant un rythme enlevé, une mise en scène inspirée et inventive, des instants absurdes en alternance avec des gags plus douteux) qu’on peut déjà gager que ce tandem-là va bientôt rejoindre le panthéon des cinéastes british incontournables.


Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage