Critique de film

Extraterrestre

"Extraterrestrial"
affiche du film
  • Genre : Comédie, Science-fiction
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Nacho Vigalondo
  • Pays d'origine : Espagne
  • Scénariste : Nacho Vigalondo
  • Musique : Jorge Magaz
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  • Bande annonce
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  • Casting : Michelle Jenner, Carlos Areces, Julián Villagrán, Raul Cimas, Miguel Noguera
  • Récompenses :

Il y a seulement une bonne réponse lorsque vous vous réveillez sous un ciel rempli d’envahisseurs extraterrestres : fuir aussi vite que possible. Mais que faire quand l’invasion commence au moment même où vous rencontrez la femme de vos rêves ? Julio se réveille au peu groggy aux côtés d’une pépée méga bien roulée mais l’invasion alien qui frappe à la porte du domicile de la donzelle procure une excuse tout ce qu’il y a de plus valable pour lui de rester auprès d’elle. Bonne idée de ne pas courir se mettre à l’abri ? La question reste posée... Surtout que le mari de la dame en question doit être dans les parages...

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Extraterrestre - Independance Day
Par : Seb Lecocq


Nacho Vigalondo n’a pas seulement un nom rigolo, mix improbable entre une spécialité culinaire mexicaine et une actrice provençale. Il est aussi un de ces nouveaux réalisateurs espagnols apparus récemment par paquets de douze. Seulement lui, il a un truc un plus, il ne se contente pas, comme la majorité de ses collègues, de recopier ses petits copains : il crée un univers, une œuvre cohérente, originale et identifiable en essayant de sortir du carcan du genre pur pour le façonner à sa manière et le tenir dans sa pogne. Il était apparu sur la scène internationale en 2007 avec Timecrimes et récidive avec cet Extraterrestre tout aussi réjouissant.

Julio se réveille avec une bonne tête dans le cul dans le lit d’une jeune gourgandine nommée Julia. Elle ne se souvient plus de lui, il ne se souvient plus d’elle et plus rien ne marche dans son appartement ; pas de portable, pas de téléphone, pas de télé, pas d’internet. Madrid se retrouve tout à coup transformé en village des Ardennes belges. Pas étonnant vu qu’un vaisseau spatial de plusieurs kilomètres de diamètre stationne tranquillement au-dessus de la ville. Julio va vite se retrouver confronté à Angel, voisin jaloux amoureux secret de Julia et à Carlos, petit ami indifférent de la même donzelle. Bref, un beau bordel.

Partant de cette situation solidement établie, Nacho va tisser une mécanique du mensonge et de l’humour dignes des meilleures pièces du théâtre vaudevillien. La première moitié du film se passe entièrement dans l’appartement de Julia dans lequel des comédiens discutent. Les dialogues excellemment écrits fusent, les situations s’avèrent intelligentes et le scénario plus fin qu’il n’y parait. Par petites touches, Vigalondo ébauche des personnages, des situations qui, mensonge après mensonge, vont vite devenir inextricables et déboucher sur une apocalypse personnelle pour chacun des personnages. Ce que met en lumière l’Ibère, c’est la mesquinerie et la dégradation d’une communauté en état de crise. Ses armes principales : l’humour et un regard toujours bienveillant porté par un quatuor d’acteurs excellents, chacun s’illustrant dans un style différent. Julio est une espèce de grand type cool, dégingandé et un peu perdu, version espagnole de Kyan Khojandi de la série Bref, Julia est une jeune fille pétillante, coquine et indécise qui fait tourner la tête du « geek » Angel (Carlos Areces) qui vole le show à chacune de ses apparitions.

Le film fonctionne énormément sur une mécanique d’écriture au cordeau et sur une interaction totale entre les divers personnages. Chacun sait quelque chose et pense que l’autre en sait plus qu’il prétend. Et vice et versa. Tout ça bien sûr dans une ville fantôme, bouclée par les militaires et envahie par des extraterrestres. Rapidement, tout part en cacahuètes, un petit mensonge en entrainant un plus gros avec un effet boule de neige entrainant l’explosion du groupe et le départ de plusieurs de ses membres. C’est à ce moment-là que le film perd un peu de son rythme et de sa vitesse de croisière ; la dynamique de groupe étant brisée, celle du récit l’est tout autant. Nacho est suffisamment habile pour conserver un intérêt grâce à l’évolution de l’histoire entre Julio et Julia qui donne lieu à quelques scènes cocasses voire franchement drôles lorsque ceux-ci tentent un rapprochement par tous les moyens sans éveiller les doutes de Carlos, toujours officiellement le petit ami de Julia qui, depuis peu, est sous le charme de Julio mais elle ne veut en décevoir aucun des deux. On retrouve donc le canevas de la comédie romantique de trentenaires couplée à une histoire d’invasion alien.

Après le petit coup de mou de mi-parcours, Vigalondo retrouve sa verve humoristique pour clôturer son film avec brio, comme c’était le cas pour Timecrimes. Bien aidé par un casting au poil, aussi bon dans la comédie et l’action que le drame, Nacho Vigalondo signe donc une deuxième œuvre originale, intéressante et bourrée d’idées tant visuelles que scénaristiques. Ni vraiment une comédie ni une romance ni un film de SF, Extraterrestre est en même temps tout cela à la fois. Un (très) bon petit film frais, réjouissant et remarquablement écrit. On remerciera aussi Nacho pour avoir exposé au goût du jour Michelle Jenner dont le ravissement des yeux qu’elle suscite n’a d’égal que son incommensurable talent.


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