Critique de film

Avril et le monde truqué

"Avril et le monde truqué"
affiche du film
  • Genre : Animation, Aventure, Science fiction
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : France
  • Durée : 1h45
  • Musique : Valentin Hadjadj
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

1941. Le monde est radicalement différent de celui décrit par l’Histoire habituelle. Napoléon V règne sur la France, où, comme partout sur le globe, depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, privant l’humanité d’inventions capitales. Ignorant notamment radio, télévision, électricité, aviation, moteur à explosion, cet univers est enlisé dans une technologie dépassée, comme endormi dans un savoir du XIXème siècle, gouverné par le charbon et la vapeur. C’est dans ce monde étrange qu’une jeune fille, Avril, part à la recherche de ses parents, scientifiques disparus, en compagnie de Darwin, son chat parlant, et de Julius, jeune gredin des rues. Ce trio devra affronter les dangers et les mystères de ce Monde Truqué. Qui enlève les savants depuis des décennies ? Dans quel sinistre but ?

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Avril et le monde truqué - L’animation à toute vapeur
Par : Nicolas Zinque


Un film à la fois drôle, intelligent et rythmé ? Ce rêve, nombre de réalisateurs n’ont pu que l’effleurer du doigt. Et pourtant, Franck Ekinci et Christian Desmares l’ont saisi à pleine main !

1941. La lignée de Napoléon est toujours au pouvoir et les conflits mondiaux de notre Histoire n’ont jamais eu lieu. Pourtant, le monde ne se porte pas beaucoup mieux : depuis septante ans, les plus grands scientifiques disparaissent les uns après les autres, laissant leurs compatriotes dans un paysage brumeux dépendant toujours de l’énergie à vapeur. Dans cette Europe aux relents steampunk, Avril se lance à la recherche de ses parents, deux chimistes enlevés dix ans auparavant…

Véritable machine de guerre, Avril et le Monde truqué lance dès les premières images une offensive visuelle, avec son travail graphique étonnant, qui se veut l’adaptation de l’univers de Jacques Tardi. L’illustre dessinateur, auteur des Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, est d’ailleurs crédité comme concepteur de l’univers graphique. Ses sujets de prédilection, comme la représentation de Paris et de la guerre, y sont donc animés au sein de cette uchronie faisant la part belle aux téléphériques et aux ballons dirigeables. Une esthétique plutôt sombre, qui fait mieux ressortir les couleurs portées par Avril et… l’utopie décrite dans la seconde partie du récit. Si le contraste entre les visages des personnages, aux lignes épurées, et les décors très détaillés peut surprendre, l’animation exemplaire attire comme un aimant.

Sa fluidité est au service de l’action intense dans laquelle nous sommes immédiatement plongés. Les aventures d’Avril sont faites de péripéties passionnantes et d’épisodes extraordinaires et invraisemblables, autrement dit, rocambolesques dans son sens le plus positif. Les cascades des personnages, teintées d’humour, voire burlesques, sont acceptées et font partie de cet univers à la fois délirant et sérieux. Sous son air candide, l’œuvre de Franck Ekinci et Christian Desmares pose en effet un regard critique sur notre développement, et s’adresse aux adultes qui pourront percevoir les sous-entendus. Un double niveau de lecture qu’avait également su mettre en place Pixar dans un tout autre registre avec son formidable Vice-versa. Avril et le Monde truqué pointe joyeusement du doigt notre société moderne, que l’on reconnaît facilement malgré son lifting sauce steampunk. Optant toujours pour le ton de l’humour, les auteurs jouent à merveille de l’ironie, présente jusque dans les dernières minutes, lorsque des technologies « propres », à base de pétrole, deviennent envisageables !

Le côté obscur du film est en outre contrebalancé par la légèreté de personnages adorables. La mine boudeuse d’Avril est indissociable de la bouille irrésistible de Darwin, chat savant doué de parole. Le minet use de celle-ci à outrance et s’avère être le vecteur comique de la bande, avec le soutien de « Pops », grand-père loufoque et farceur. La bande de joyeux lurons n’est pas seulement intradiégétique, elle est incarnée par un casting de luxe : Mario Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort, Olivier Gourmet ou encore Bouli Lanners ! La seule réserve concerne la relation entre les personnages, qui manque d’audace. Comment douter un instant de l’évolution des rapports entre Avril et Julius ? Comment ne pas deviner le destin de l’inspecteur Pizoni ? Par extension, c’est le scénario lui-même qui se déroule selon un plan prévisible.

En réalité, Avril et le Monde truqué n’impressionne pas par son originalité (en-dehors de son univers graphique), mais par son inventivité dans chaque plan, par sa capacité à recycler le meilleur d’autres films et à l’intégrer dans une mécanique parfaitement huilée. Le vainqueur du Festival international du film d’animation d’Annecy 2015 se situe au carrefour de plusieurs influences : l’animation franco-belge naturellement, mais aussi japonaise, avec des clins d’œil à Miyazaki, à travers la « maison ambulante » notamment. Plutôt qu’une oeuvre d’avant-garde, une synthèse parfaite de ce qui se fait de mieux !


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