Critique de film

Abandonnée

"The Abandoned"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Spectres, fantômes
  • Année de production : 2006
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Nacho Cerda
  • Pays d'origine : Espagne
  • Durée : 1h35
  • Budget : 3 millions d'euros
  • Scénariste : Karim Hussain, Nacho Cerda, Richard Stanley
  • Musique : Alfons Conde
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Anastasia Hille, Karel Roden, Carlos Reig, Valentin Ganev
  • Récompenses : Aucune

Marie, productrice de cinéma américaine, retourne dans son pays natal, la Russie, où le cadavre de sa mère a été retrouvé dans des circonstances étranges. Elle ne l'a jamais connue, ayant été adoptée et emmenée aux Etats-Unis à la naissance. Le seul indice dont elle dispose est une ferme isolée, abandonnée dans les montagnes, qui appartenait à ses parents naturels. Marie hérite du lieu, mais personne ne veut l'y conduire car une superstition locale prétend que l'endroit est... damné. Un seul homme est prêt à s'embarquer pour un voyage aussi long et dangereux... Un inconnu qui, étrangement, semble en savoir beaucoup sur son histoire... Une fois sur place, le mystérieux guide disparaît, obligeant Marie à explorer seule le site abandonné. Elle y retrouve un homme appelé Nikolaï, qui prétend avoir été attiré ici exactement de la même manière, afin de découvrir également la vérité sur son passé...

Les critiques à propos de ce film

Critique d’Abandonnée - Cerda’s ghosts
Par : Damien Taymans


Roi des festivals avec ses courts acclamés et primés de part et d’autre du globe, Nacho Cerda fait partie des ouvriers de la renaissance du cinéma fantastique ibérique. Aussi, lorsque le réalisateur d’Aftermath et de Genesis décide de passer au format long, de nombreux aficionados se réjouissent-ils de cette initiative.

Abandonnée, premier long métrage de Cerda, présage déjà de la riche carrière qui s’ouvre à son auteur. Fidèle à ses thématiques, le cinéaste traite à nouveau de la mort par le truchement du fantastique malgré un postulat de départ très convenu. Au contraire des nombreuses œuvres sur le sujet qui se contentent de mettre en image des histoires conventionnelles, dénuées de toute personnalité expressive, Cerda crée une ambiance véritablement anxiogène. Utilisant une photographie léchée et des effets sonores parfaits, le réalisateur parvient à créer une alliance totale de la beauté et de l’horreur, provoquant chez le spectateur un mélange inouï d’émerveillement et de terreur.

Le tourbillon d’images se répand sur un rythme soutenu, ne laissant que peu de temps au spectateur pour reprendre son souffle. Malgré le lieu unique dans lequel se déroule la majeure partie de l’action (à savoir la demeure familiale en ruines et le lac qui l’entoure), on se trouve entraîné dans un flot incessant d’événements tantôt tragiques, tantôt rassurants. Des événements dont le débit est conditionné par l’écoulement temporel inexorable. L’héroïne est ainsi en proie à deux ennemis redoutables qui ne la lâchent pas d’une semelle : d’une part, les démons du passé, témoins d’événements létaux futurs qui peuplent la bicoque et, d’autre part, le flux temporel qui précipite les événements et rend toute fuite impossible. Lorgnant sur l’univers d’Evil dead pour les décors de l’habitation glauque et son isolement dans un monde perdu ainsi que sur les créations fulciennes (une des inspirations particulières de Cerda) dans lesquelles il a notamment puisé les zombies aux yeux révulsés et le sous-sol inondé (L’Au-delà), le réalisateur se révèle d’une originalité cinglante par la construction de son récit. Alors que la plupart des oeuvres mettent en lumière au fil du film des éléments volontairement tapis dès l’entrée de l’œuvre, Abandonnée termine de plonger le public dans la folie en ne livrant pas toutes les clés nécessaires à la compréhension du récit. Souhaitant nous larguer dans une aliénation totale, le réal assombrit d’emblée le voile qu’il vient de lever, enterre ce qui était à peine découvert. Pour ce faire, le réal utilise à l’extrême les dimensions temporelles et géographiques dont il dispose, jouant allègrement avec le passé et le présent, changeant les décors au gré des saisons. Malheureusement, l’auteur commet quelques fautes de goût qui atténuent quelque peu la qualité du métrage comme cette utilisation d’inserts assez désagréable et un scénario parfois trop alambiqué donc certains éléments semblent superflus.

Néanmoins, l’oeuvre se présente comme une intéressante relecture du genre fantomatique devenu trop conventionnel par excès d’effets désincarnés. Reste à souhaiter à monsieur Cerda de continuer sur sa lancée et de persévérer à nous enchanter de la sorte…


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