L’Etrange festival de Strasbourg

Compte-rendu de l’édition 2008

L’Étrange Festival de Strasbourg, quatorzième...

Du 29 octobre au 2 novembre dernier s’est tenue la quatorzième édition de l’Étrange Festival de Strasbourg. Au programme : SF millénariste, super-héros exotiques, petites filles pas sages au couvent, paradoxes temporels et grosses giclées d’hémoglobine ! De quoi réchauffer les fraîches soirées de la capitale européenne...

Mercredi 29. L’Étrange ouvre les hostilités avec 20th century boys (2008) de Yukihiko Tsutsumi. Pour qui n’est pas un familier de l’univers du manga ici adapté (une vingtaine de tomes dus à Naoki Urasawa), le film n’est pas une déplaisante surprise. On est en plein complot millénariste, Armagueddon va s’abattre sur le Japon... Pour déjouer ces funestes éléments : une bande de copains incrédules et perdus de vue depuis 30 ans. Le Club des cinq en pleine crise de la quarantaine... On se perd un peu dans les Philippe Lux, président du Mad Ciné Clubellipses, sauts dans le temps et dans la multiplication des personnages mais c’est plutôt pas trop mal mené. Le spectaculaire final, qui voit les rues de Tokyo attaquées par un improbable robot géant construit d’un bric-à-brac dégotté au Troc de l’île, laisse une impression agréable. On tentera les deux volets suivants...

Dans un registre on ne peut plus différent, c’est l’honni Uwe Boll – une Kalachnikov en guise de caméra – qui bouclait cette première soirée avec sa comédie trasho-mongolo Postal (2007). Dans la petite ville de Paradise, un gourou libidineux et son neveu se mettent dans l’idée de chouraver une cargaison de poupées phalliques super collectors dans un parc à thèmes tenu par des néo-nazis ! Mais l’endroit est également pris pour cible par Ben Laden et sa clique !... Potache, amateur et rentre-dedans comme du Troma. Le cahier des charges d’Uwe a consisté à briser le plus de tabous possible : montrons des bites, des gens faire caca, tuons des enfants, des flics, moquons-nous des handicapés, des nains, des gros... Un film encyclopédique... Subtil comme une choucroute garnie, gentiment irresponsable et tranquillement anecdotique... Mais dans l’ensemble plutôt drôle.

Jeudi. Après une séance Anima Experiment truffée de curiosités (Le laboratoire des fluides, Joy street, Carlitopolis... ), Marc Caro venait présenter son bon docu sur les prodigieuses avancées de la robotique au Japon, Astroboy à Roboland (2008). Évidemment conçu pour la téloche (Caro fut le premier à le souligner), le film fut quand même propice à un bel échange entre son prolixe metteur en scène et le public.
Débuté tard – il était près de 23 heures – après une dégustation de makis offerts aux spectateurs, Tachiguishi retsuden (2006) de Mamoru Oshii, en a laissé plus d’un Cinéma Odyssée – grande sallesur le carreau. Entre fiction, documentaire, animation et film live, l’avant-dernier Oshii compte soixante ans d’histoire des tachigui soba, ces petites échoppes de rue où l’on peut déguster une soupe de nouilles et qui sont constamment la proie de résidus de comptoir bigarrés d’une ingéniosité inouïe par gratter un peu de bouffe à l’oeil. Sur une heure quarante-cinq de projection, la voix-off ne s’arrête jamais et transforme le film en véritable défi à l’endurance humaine ! Un objet, en tout cas, d’une indéniable étrangeté.

Vendredi, c’était soirée Halloween, ce qui tombait bien puisque l’on était le 31 octobre. L’immortel et génialissime Creepshow (1982) de George A. Romero a pu mettre le spectateur en bouche avant la projo de Chronocrimes (2007) de l’espagnol Nacho Vigalondo. Le film séduit de prime abord par son aspect très mystérieux et sa direction artistique loin des sentiers balisés par l’oncle Sam, mais s’empêtre quelque peu par la suite dans ses paradoxes temporels et les circonvolutions de son scénario. On attend quand même avec curiosité de voir ce que Vigalondo nous offrira dans l’avenir.
De par sa modestie et sa générosité envers le public, Jack Brooks : monster slayer (2007), premier long métrage du canadien Jon Knautz, est une petite merveille. Un vrai film de monstres à l’ancienne (période Evil dead 2), sans une image de synthèse à l’horizon mais truffé de maquillages, marionnettes et même d’un brin de stop motion. Follement drôle, gore, rythmé, bien joué (le débutant Trevor Matthews, l’aguerri Robert Englund...) et pas prétentieux pour un sou. Une excellente surprise.

Samedi – placé sous l’intitulé Terra incognita – fut la plus longue journée du festival : pas moins de six longs métrages ! Gagamboy (2004) du philippin aveugle et manchot Erik Matti (l’horrible Exodus : Tales from the enchanted kingdom) ouvrait le bal. Un Spiderman des bidonvilles de Manille qui se bat contre un homme cafard, c’était pourtant dur à foirer complètement ! Mais le rythme languissant, les oeillades que les acteurs lancent constamment à la caméra et l’humour très familial de l’ensemble rendent la soupe un peu pénible à digérer...
Jack Brooks : Monster SlayerCe n’était pas le cas de l’excellent double programme Hollywood underground, concocté avec la complicité de Bach Films. Deux incunables : Le voyage de la peur (1953) de Ida Lupino et le bizarroïde et fantasmatique Dementia (1955) de John Parker, présentés par le toujours passionnant Stéphane Bourgoin, grand spécialiste de la série B, entre autres talents...
Tokyo gore police (2008) de Yoshihiro Nishimura est le type même du film de festival. Rapidement lassant quand on le regarde tout seul à la maison, il prend tout son sens devant un public en délire. L’incendiairement glaciale Eihi Audition Shiina (kirikirikirikiri...) s’y fritte avec des mutants quasi-indestructibles dans un Tokyo futuriste nettement inspiré – en plus extrême – du Detroit city de Robocop. C’est gore, gore, gore (bien 25 gallons d’hémoglobine à la minute), bourré de scènes d’action improbables, de personnages qui versent des larmes de crocodile sur la funesterie de leur destin, d’imageries sexuelles déviantes et d’humour caustiquement énorme... Une bande too much (comme le fit finement remarquer notre éminent confrère de Mad movies, Rurik Sallé, venu présenter la séance) fièrement revendiquée qui laisse le spectateur exsangue et extatique.
En touche finale de la soirée, un nouveau double programme attendait ceux qui n’avaient pas été noyés par les flots de sang. Kilink vs the Flying man (1967) de Yilmaz Atadeniz d’abord, qui opposait le fils caché des amours interdites de Batman et Superman (le fameux Flying man) au génie du mal Kilink, dont le pyjama à motif rappelle fort celui de son cousin Kriminal. Une grosse kitscherie issue de l’imagination malade du cinéma bis turc de sixties. L’oeuvre est heureusement en partie perdue (ne reste qu’une cinquantaine de minutes de métrage), parce que l’on s’en lasse quand même aussi rapidement que des pâtisseries orientales.
Point de lassitude, en revanche, à la vision de l’allumé Alucarda (1975) du mexicain fou Juan Lopez Moctezuma, par ailleurs auteur d’un Mansion of madness tout aussi azimuté. Un étrange cocktail de sexe, de sang et de subversion où se retrouvent Les diables (de Ken Russell), Mais ne nous délivrez pas du mal (de Joël Séria), Bunuel, Jodorowsky, où des petites filles pas sages choisissent de se consacrer au démon Stéphane Bourgoin, spécialiste des tueurs en série (à gauche) et Philippe Lux (à droite)pour tromper leur ennui et secouer très fort le puritanisme qui les étouffe au fond de leur couvent.

Dimanche, dernier jour, débutait par la traditionnelle séance jeune public. Cette année, le sympathique Les joyeux pirates de l’île au trésor (1971) de Hiroshi Ikeda. Deux habitués de l’Étrange alsacien clôturaient cette édition. Deux bonshommes dont le travail en marge de toute doctrines peut charmer leur auditoire comme le terrasser d’ennui. En premier lieu, l’esthète Guy Maddin qui avec Winnipeg, mon amour (2007), présente un portrait fou et improbable de la ville qui l’a vu naître. Bill Plympton ensuite, dont le dernier délire, Des idiots et des anges, narre les mésaventures d’un pochetron qui, un beau jour, découvre que des ailes d’ange sont en train de lui pousser dans le dos !
Comme d’hab’, chaque séance était agrémentée de courts métrages de tous horizons. Quelques titres : Sandik du turc Can Evrenol, venu présenté son bébé, l’excellent Coupé court de Pascal Chind, lui aussi présent, Tempbot de Neil Blomkamp ou encore Persona non grata de Jean-Baptiste Herment. L’Étrange prix du public dans cette catégorie (la seule récompensée par un prix) fut attribué ex-aequo à Berni’s doll de Yann Jouette et à This way up ! de Alan Smith et Adam Foulkes.

Une belle édition, en conclusion, que l’équipe du Mad ciné club, organisatrice de l’événement, a voulue aussi riche et variée que possible. On raconte que de leur côté (et de celui de certains invités, mais nous tairons les noms), la bière coula à flot après les séances et que seuls les premiers rayons du soleil réussissaient à les renvoyer dans leur tanière... Mais ceci est une autre histoire.

Courtial des Perreires

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