Festival Fantasia (Canada)

Chronique du Fantasia 10 juillet 2008

De notre correspondante à Montréal

Par Beatroce

Montréal, Mercredi 9 juillet, 16h30, légère pluie, 25 degrés.

Une longue file dehors pour entrer voir Sukiyaki. Les gens attendent tout le long du bâtiment, et également après avoir tourné le coin. La grande salle sera d’ailleurs comble. Par curiosité, je me présente directement aux portes et je montre mon Passe : je peux entrer tout de suite ! quelle chance ! Ambiance super sympa avant le début du film, ils ont apparemment fait une bande de fond sonore de circonstances ; je reconnais Kill Bill, Il était une fois dans l’Ouest, Johnny Cash, bref tout ce qui fait un peu western au sens large.

Ce qui frappe très fort aussi, c’est la courtoisie des gens. Ils s’excusent quand ils entrent dans la rangée où vous êtes déjà assis, ou ils disent merci. Comble de l’incroyable : ils s’excusent quand ils réalisent qu’ils étaient distraits et que vous attendez poliment pour passer alors que eux sont assis. Plein de métaleux, mais c’est normal : on est à Montréal. Mes voisins de devant arrivent et dégagent la même odeur qu’un rack complet de petits pots d’herbes à cuisine de chez Delhaize : ça promet. Mais c’est normal aussi : on est, encore une fois, à Montréal.

Sukiyaki Western Django

Film Japonais de Takashi MIIKE

Ma cote : 1 sur 5

Sukiyaki Western Django s’ouvre sur une saynette kitsch dans l’ouest américain, au décor volontairement carton-pâte. Tarantino y joue son petit rôle, celui d’un super cowboy qui a la gâchette agile. Puis, on nous amène plusieurs années après, et commence une histoire hallucinante de clans rivaux (les Rouges et les Blancs) et de lutte de chefs, d’épouse-égérie séduisante, d’enfant issu des deux cultures et de grand-mère mythique (qui fait allusion au personnage féminin de Kill Bill). Parsemé de monde loufoque allant du travesti asiatique cowboy au soldat multi-schizophrène, le film change tout le temps de style et oscille entre film de tradition et de combat asiatique, un western, et une épopée romantique.

La musique est puissante et débridée. Franchement ça part un peu dans tous les sens, mais, au-delà de l’imagination délirante de ce film, son humour fait qu’on passe un très bon moment même si on aime moins ce genre a priori. A plusieurs moments on ne peut s’empêcher d’éclater franchement de rire. Par exemple quand un Indien anasazi joue de la trompette au-dessus d’une montagne, ou quand l’un des chefs de bande décide, avec son accent à couper au couteau, qu’il faut désormais l’appeler Henry en hommage à la pièce de Shakespeare, ou quand un des personnages poursuit une jeune femme avec de très mauvaises intentions, mais ils n’arrêtent pas de glisser dans la boue ; plein de petites choses ridicules et désopilantes comme ça.

Il y a une très belle scène de danse sensuelle sur fond de didgeridoo, intercalée au milieu de toute cette folie. Beaucoup de combats, une belle scène de dos plié en deux dans le mauvais sens, presqu’une scène de nécrophilie… La salle réagissait bien, applaudissant régulièrement et allant jusqu’à faire une ou deux timides interventions biffiennes. La finale est excellente et se moque bien des fins kitsch et se voulant émouvantes, comme on en voit tant. Donc un film qui fatigue par son excès mais réjouit par son côté extraordinairement burlesque.

Le temps de traverser la rue je me rends à la petite salle S.
Dans la file, j’écoute la conversation de deux Canadiens anglophones derrière moi. L’opinion sur Sukiyaki : « bizarre, mais avec pas mal de moments [intéressants] ». (« weird, but it’s got a lot of moments ») C’est exactement mon opinion...

Puis le gars donne son avis sur Let the Right one In, que sa copine n’a pas vu. C’est son préféré du festival, il a adoré. Elle dit que ça a l’air très sombre tout ce côté nordique et dark, et qu’elle verra plutôt et préférera d’ailleurs le remake (euh ! elle n’a pas vu l’original ! comment peut-elle se prononcer ?!). Je frémis de dégoût, un remake est donc déjà en projet. Sur quoi le gars dit : « bah, ça se passe en hiver, ça parle de vampires, c’est dans le Nord, quelque part ça peut être un peu sombre ». Bien dit.

Les gens respectent la file (je la fais, cette fois). Ils n’essaient pas de dépasser. Ni ne font semblant qu’ils ne se rendent pas compte qu’ils dépassent.
Un couple :
- C’est la ligne ? c’est ben niaiseux ! c’est pas intelligent !
- Bah, c’est la vie !
Et voilà comment on prend une râlerie, on la tord et on l’élimine d’un seul coup.

Je suis installée au premier rang. Il fait un peu caillant, l’air conditionné est à fond. Le film est sold out.

Epitaph

Corée, Jeong Beom-Sik et Jeong Sik

Ma cote : 1/5

Un excellent début de film montre en noir et blanc une opération à crâne ouvert, dans les années 40. Les compresses foncent les unes après les autres et sont jetées au sol, où coule de l’eau, sans doute dans un souci d’hygiène. Puis, on débarque en 1979, le présent du film. Un chirurgien apprend que l’hôpital où il a exercé ses stages d’étudiant en médecine va être abattu. Il s’y rend, pour récupérer quelque chose qu’il y a laissé pendant tout ce temps…

Mais avant cela, on retourne en arrière et on suit les débuts étudiants de ce médecin. Il est posté à la morgue quand, une nuit, on livre le corps d’une très jeune femme… elle n’a aucune marque, pas la moindre égratignure. Que s’est-il passé ?

Il y a comme deux histoires en une, et la leçon serait qu’il n’est peut-être pas trop bon de laisser vivre les fantômes du passé. Les décors sont très bruts, et à part le fameux hôpital abandonné si alléchant qu’on finit par voir dans les trois dernières minutes du film, ils se limitent à un appartement, un hôpital et quelques scènes en rue. On se croirait au théâtre, c’est ennuyeux. La musique sera une sorte de flûte de pan ou de l’opérette, en tout et pour tout. Inutile, lassante, moche. La fin est surprenante et belle.

En résumé, un film soigné, mais confus. On a vraiment peur, mais seulement à trois reprises. Il y a quelques bonnes idées et quelques belles images.

Voilà, moi j’vous quitte, suis trop comateuse là... Vive Fantasia qu’il disait...

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