Critique de film

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Les Chasses du comte Zaroff

"The Most Dangerous Game"
affiche du film

Un aventurier, naufragé sur une île des Caraibes, devient la victime d'une chasse à l'homme imaginée par un comte fou, seul proprietaire des lieux.

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Extrait - Les chasses du comte Zaroff (1932)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Les chasses du comte Zaroff - L’homme est un loup pour l’homme
Par : Damien Taymans
Tags : Survival, Aventure

Le bateau dans lequel se trouve le célèbre chasseur Robert Rainsford échoue contre un récif en passant entre des balises maritimes habituellement protectrices. Rainsford, le seul rescapé, est recueilli par le mystérieux comte Zaroff. Celui-ci abrite dans son immense manoir isolé sur un appendice îlien perdu en pleine mer un homme et sa sœur qui met en garde Rainsford à propos des manigances de Zaroff. La semaine précédente, deux hommes sont partis à la chasse avec lui et n’en sont jamais revenus…

Outre son statut de film fondateur du genre survival (accessit que d’aucuns considèrent comme réducteur) dont il reprend des éléments directement issus du western (la chasse à l’homme), Les chasses du comte Zaroff doit surtout son aura honorifique au fait qu’il partage les lieux et l’équipe de tournage d’un autre immense classique émanant des studios de la RKO, à savoir King Kong. Le métrage d’Ernest Schoedsack est en fait tourné alternativement dans les décors communs de King Kong que Merian C. Cooper réalise en même temps (celui-ci investit le poste de producteur sur le film de son co-réalisateur). Niveau casting, les deux œuvres partagent d’une part les charmes de la splendide Fay Wray qui gravit l’Empire State Building de jour tandis qu’elle est chassée par le cruel comte Zaroff la nuit et d’autre part Robert Armstrong, l’exubérant réalisateur Carl Denham sur l’île du Crâne, interprète un naufragé alcolo dans le présent métrage. A cette liste, il faut encore ajouter les talents conjugués de Max Steiner qui en compose la musique envoûtante et inquiétante ainsi que Caroll Clark qui en assure la direction artistique. Sans oublier l’excellente interprétation d’un nouveau venu en la personne de Leslie Banks qui campe un comte Zaroff glacial au charisme impressionnant et au pouvoir de séduction inébranlable. Une prestation qui permet à l’acteur de rivaliser haut-la-main avec ses concurrents horrifiques du moment que sont Lugosi et Karloff qui se partagent la poire depuis le décès du somptueux Lon Chaney.

Si l’œuvre de Schoedsack réunit une équipe technique fabuleuse, elle vaut surtout et avant tout pour le détournement des codes du film de monstres auquel elle s’adonne. Bien plus qu’un simple survival sis sur une île désertée, l’œuvre brille autant par son enracinement temporel dans son époque que par son traitement avant-gardiste tant au point de vue thématique que filmique. Faisant fi des Dracula et Frankenstein qui viennent d’être érigés par Universal, Les Chasses du comte Zaroff met en scène une créature féroce qui se veut bipède et nourrit de forte accointances génétiques avec son voisin primate, à savoir l’homme. Contrairement au monstre rapiécé créé de toutes pièces par le savant Frankenstein et au comte transylvanien à l’hémoglobine altérée, Zaroff ne fait preuve d’aucune tare congénitale et n’est aucunement le résultat d’une malédiction. Il est juste un homme de son temps, un tantinet cinglé qui tente, à l’instar d’une science en pleine évolution de repousser plus loin les limites humaines pour atteindre le paroxysme sentimental, comme il se plaît à le souligner. Savant fou aux motivations floues (un savant flou, en quelque sorte), Zaroff se pose comme un essayiste psychanalytique qui use d’hommes comme de cobayes et non comme de vulgaires proies qu’il convient de tirer en un minimum de temps. En ce sens, le comte sanguinaire ne doit être comparé aux sportifs invétérés ni être réduit à sa seule macabre salle des trophées puisqu’il s’apparente plutôt à nune sorte d’hédoniste intellectuel se livrant à des expériences à grande échelle. Homme de son temps, le comte est un être déchu et rejeté qui a dû fuir sa mère patrie suite aux remous de la révolution. Si son opposant, en la personne de Rainsford, représente l’effronterie américaine (l’homme pratique un onanisme verbieux inconvenant à propos de ses aventures de chasse), l’antagonisme pré-guerre froide s’avère être un raccourci trop aisé pour caractériser la relation des deux protagonistes (d’autant que le chasseur devait au départ devenir l’associé de Zaroff et non sa proie).

Enfin, l’œuvre se distingue de ses contemporains, à l’image du très proche King kong, par la réussite technique dont il fait preuve. Utilisant au mieux chacun des décors mis à sa disposition, Schoedsack magnifie toutes les séquences en extérieur, rendant chaque situation tantôt jubilatoire (les magnifiques cascades et leur sonorité en arrière-plan) tantôt anxiogène (la traversée des marais dans un épais brouillard, les requins dans la mer). Aussi exotiques qu’inquiétants, les paysages îliens (souvent hostiles) jouent admirablement leur rôle de complément à cette intrigue aventuresque.

En résulte une œuvre quasiment parfaite touchant autant au domaine de l’aventure exotique que de l’horreur viscérale. Grand-père du genre survival, Les chasses du comte Zaroff est surtout un chef-d’œuvre en avance sur son temps qui ne se contente pas seulement de fonder un genre mais bien d’en devenir le mètre-étalon en se basant sur l’éternel nœud ontologique du homo homini lupus de Plaute.


Critique de Les chasses du comte Zaroff - Les proies du chasseur
Par : Fred Pizzoferrato

Réalisé en 1932 (eh oui !), Les chasses du comte Zaroff demeure aujourd’hui encore un véritable classique du survival, un genre en quelque sorte inventé par le métrage de Schoedsack et Pinchel. Produit par la mythique RKO afin de rentabiliser les décors de jungle déjà créés pour le futur King Kong, le film constitue un bel exemple de petites séries B exploitant au mieux un sujet à la fois simple et passionnant. Comme nombre de réalisations très influentes, Les chasses du comte Zaroff fut tellement pillé (on note un remake en 1946 sous le titre Game of death suivi d’une flopée de titres comme Run for the sun ou Bloodlust, sans oublier les trop nombreux décalques et imitations allant du Woman hunt de Eddie Romero au Chasse à l’homme de John Woo) qu’il est important de retourner à l’œuvre originelle. Laquelle supporte merveilleusement bien le poids des ans et s’impose comme un authentique classique.

L’intrigue débute sur un navire où se prélassent une petite troupe d’hommes aisés partant en expédition de chasse. Les journées sont agréables et se partagent en discussions, cigares hors de prix et whisky. Malheureusement, le chef de la bande souhaite emprunter un raccourci en naviguant dans des eaux dangereuses et infestées de requins. Le capitaine n’est guère enthousiaste mais se résout finalement à prendre une route risquée entre deux îles isolées. Ce qui devait arriver arrive donc logiquement : le bateau, déchiré par les récifs, sombre en mer et les pauvres voyageurs finissent pour la plupart dévorés par les squales. Bob Rainsford (joué par Joel McCrea, un futur familier du Western qui sera la vedette de quelques classiques comme Wichita de Jacques Tourneur et Coups de feu dans la sierra de Sam Peckinpah), le seul survivant, échoue finalement sur les rivages d’une petite île perdue. Sur cette île, qu’il pensait inhabitée, Bob découvre un château médiéval où vit le Comte Zaroff (le débutant Leslie Banks), un étrange noble ayant fui le régime communiste en compagnie de son serviteur muet, Ivan. Après des années de voyage, Zaroff s’est donc établi sur cette ancienne colonie portugaise où se trouve l’imposante forteresse qu’il a choisit pour demeure. Bob découvre également que d’autres naufragés (leur navire ayant sombré une semaine plus tôt) ont été accueilli par l’aristocrate russe : Martin Trowbridge (incarné par Robert Armstrong qui connaître une célébrité plus importante avec King Kong et Le fils de Kong l’année suivante) et sa sœur, la belle Eve (Fay Wray, une jeune beauté de 25 ans considérée comme la première Scream Queen pour ses rôles dans King Kong, Mystery of the wax museum et The vampire bats, tous trois en 1933).

La soirée se passe au mieux et le comte Zaroff discute avec ses invités, leur joue du piano, parle de sa passion (la chasse) et les enivre avec une excellente vodka. Bien sûr, le spectateur d’aujourd’hui ne peut que sourire devant les subtiles allusions de Zaroff, lequel déclare qu’il s’est lassé de la chasse et que, pour relancer sa passion, il a préféré se tourner vers de nouvelles proies plutôt que vers de nouvelles armes.
Evidemment, Zaroff finit par assassiner Martin et propose à Bob de participer à son hobby favori : la chasse à l’homme. Le comte est en effet le responsable des nombreux naufrages recensés dans la région, lesquelles lui fournissent les proies nécessaires à son « jeu le plus dangereux ». Bob refuse tout net la proposition et Zaroff, forcément fâché, décide alors de le chasser toute une nuit durant. Si Bob et Eve déjouent les pièges du chasseur et restent en vie au lever du soleil ils pourront quitter l’île. Sinon… Malgré les nombreux pillages de son scénario (aujourd’hui fort prévisible par conséquent !), Les chasses du comte Zaroff demeure un modèle de série B bien menée et développe une intrigue carrée et nerveuse sans perdre la moindre minute en explication superflues ou en sous-intrigues inutiles. Une fois les bases du récit établis (au terme d’une petite demi-heure), la chasse commence et occupe tout le reste du temps de projection, le métrage durant seulement 62 minutes (un quart d’heure ayant été coupé pour des raisons de censure) bien serrées.

Bien sûr tout n’est pas parfait. On eût aimé par exemple que la chasse dure un peu plus longtemps et développe l’angoisse de ces personnages piégés sur cette île perdue aux mains d’un redoutable sadique. Mais les cinéastes ont choisi la voie de l’efficacité et maintiennent un rythme trépidant (à l’image de King Kong, le film ne prend jamais le temps de ralentir !) en resserrant au maximum l’intrigue pour ne pas laisser souffler le spectateur. Une manière également de l’empêcher de s’attarder sur certains détails pour lui permettre de s’immerger dans un récit haletant. Au niveau de l’interprétation Fay Wray se défend honnêtement, tout comme Joel Mc Crea même si son personnage n’est guère développé. Le jeu très chargé et excessif de Leslie Banks fonctionne également, dans les limites de son anti-héros sadique, mais on sera davantage réservé sur la prestation très cabotine de Robert Armstrong, censé apporter une dimension humoristique, laquelle se révèle franchement inutile à une intrigue tendue et stressante. L’ironie mordante teintée d’humour noir (le futur chassé se réjouissant de ne pas connaître l’angoisse de la proie peu avant de tomber dans les mailles de Zaroff !) étant, pour sa part, bien plus efficace et moderne, tout comme certaines discussions sur la nature de l’Homme, définitivement considéré non seulement comme un animal mais encore comme la plus redoutable créature arpentant la Terre.

Réalisé dans les décors du futur King Kong, le métrage utilise efficacement les contraintes de son budget restreint et offre un beau dépaysement en suivant les proies de Zaroff dans cette jungle de belle facture. Traversée de terrains hostiles, brouillard menaçant, chute d’eau grondante, meute de chiens féroces,…le spectacle est assuré et la caméra cadre très professionnellement l’aventure ! N’hésitant pas, non plus, à proposer des scènes choquantes (pour l’époque évidemment !), Les chasses du comte Zaroff ne ménage pas son public en lui offrant des têtes tranchées en guise de trophée, des naufragés dévorés par des requins, des attaques de chiens et des affrontements virils où tous les coups sont permis, y compris planter une flèche dans le dos de son adversaire.

Plus de 75 ans après sa réalisation, Les chasses du comte Zaroff reste donc une des productions les plus réussies, intelligentes et divertissantes du cinéma d’épouvante. Une œuvre essentielle à la descendance (fut elle bâtarde !) innombrable qui s’impose comme le prototype même du survival. Un classique, un vrai !

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