CYCLES

CYCLE LARRY COHEN - Black Caesar (1973)

4 juin 2013 | Par : Damien Taymans

A l’occasion de la rétrospective que lui offre le festival de Neuchâtel, Cinemafantastique se replonge avec délectation dans la carrière de Larry Cohen...

Après une carrière de scénariste pour la télévision (Branded, Les Envahisseurs), Larry Cohen, lassé par le petit écran, se lance dans l’aventure du cinéma et ambitionne, par frustration, de devenir metteur en scène de ses propres scénarii. L’année suivant sa première réalisation dans le domaine de la comédie "black" (Bone), Cohen répond à une commande de sa compagnie, désireuse de suivre l’évolution de ce marché frugal : son prochain film surfera sur la vague des films d’action afro-américains, à la manière des récents Shaft et Super Fly qui viennent tous deux de décrocher la timbale.

Black Caesar, déclinaison afro du classique de Melvyn Leroy Little Caesar, conte à son tour l’ascension et la déchéance d’un jeune nègre destiné à devenir le parrain de Harlem. Le jeune Tommy Gibbs, tabassé par un flicaillon après lui avoir rapporté une enveloppe insuffisamment remplie, devenu adulte, enfonce son borsalino et exécute sa première commande chez un barbier en assassinant un truand sur lequel pèse un contrat. Son audace et sa maîtrise de l’arme de poing permettent à ce caïd en puissance de gravir lentement les échelons de la mafia. De trahisons en coups bas, il renverse la plupart de ses anciens collaborateurs et fait régner la peur pour un système plus égalitaire envers les nègres dans Harlem et la plupart des autres grandes villes américaines. Le fantasme de la revanche, de la loi du talion animait déjà les précédentes œuvres de la blaxpolitation mais celle-ci se résumait souvent à une opposition pure et dure entre les deux camps (Shaft) ou à une simple réhabilitation symbolique de la figure du Noir, devenu protagoniste essentiel d’un cinéma qui lui est tout entier destiné.

Chez Cohen, le renversement est radical. Il ne peut s’opérer sans sacrifice. Comme l’assène James Brown qui signe la bande sonore du film : "Paid the cost to be the boss”. A l’instar de Super Fly, la violence dans Black Caesar est représentée comme un piège où va s’abîmer la communauté noire. Le patibulaire Tommy Gibbs, incarné par le légendaire Fred Williamson, manipule et humilie truands et innocents pour conquérir un pouvoir qu’il n’a que trop longtemps convoité à distance. Ainsi, son premier associé est-il dépossédé de son appartement et humilié devant son épouse qui ne tarde pas à s’aliter pour s’attirer les bonnes grâces du nouveau parrain. Les cagoules du Ku-Klux-Klan appartiennent désormais au passé, l’Homme noir est dans la place et devient le sujet de convoitise bien que certains persévèrent à le traiter de "chimpanzé" ou de "sale négro".

Mais, à l’instar de ce que montrait Gordon Parks Jr. avec Super Fly, le règne de la violence est un leurre, un piège dans lequel la communauté noire risque de s’égarer voire de se perdre. Cette avidité causera la perte du César noir : trahi par sa compagne et par son meilleur ami, abandonné une seconde fois par son propre père, négligé par ceux qui l’estimaient, le parrain de Harlem meurt seul, criblé de balles "amies" et roué de coups par une bande de frères de couleur dans un obscur terrain vague. Du moins, pour les Européens car le final américain ne prévoit pas une conclusion aussi sombre, synonyme de la fin d’une possible franchise. Aussi, in extremis, Larry Cohen fait le tour des cinémas nationaux où sort le film pour s’assurer que la fin américaine, montrant Black Caesar survivre à une tentative d’assassinat par la police, clôt bien ce premier opus.

Bien lui en prit puisqu’il tournera, l’année suivante, Casse sur la ville, la suite officielle de Black Caesar avant de revenir au genre deux décennies plus tard avec Original Gangstas, une commémoration de la blax faisant appel aux légendes du genre : Fred Williamson, Pam Grier, Jim Brown, Richard Roundtree et Ron O’Neal. Les Nègres n’ont pas dit leur dernier mot...

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