CYCLES

CYCLE JIM HENSON’S CREATURE SHOP - Babe, le cochon devenu berger (1995)

18 janvier 2015 | Par : Seb Lecocq

Quoi ? Un film pour enfants dans les pages de Cinemafantastique ? Ben oui. Après tout, nous sommes encore de grands enfants. Avec des barbes, des cheveux blancs et quelques rides sur le visage, mais j’aime à penser que notre âme est toujours aussi pure que celle de l’agnelet qui peine à tenir sur ses cannes. Donc Babe, le cochon devenu berger est une œuvre qui nous intéresse en plusieurs points : pour le travail du Jim Henson Creature’s Shop qui sera récompensé par un Oscar, pour la présence de James Cromwell au casting, parce que George « Mad Max » Miller chapeaute le projet en tant que producteur et scénariste et enfin pour le caractère fantastique du film, à savoir des animaux qui parlent et se font des crasses entre eux, ce qui n’arrive pas tous les jours !

Babe est un petit cochon sauvé de l’abattoir par un gentil fermier qui le remporte par le truchement d’un concours lors d’une foire locale. Le petit porc va bien vite épater tout le mode par ses capacités de berger. En effet, Babe n’a pas son pareil pour conduire un troupeau de moutons. Epaté par ces facultés, le fermier décide de le faire participer à un concours canin, ce qui ne va pas ravir les chiens de berger de l’exploitation. Nous voilà encore plongés dans une énième histoire de réalisation personnelle au-delà des apparences et des obstacles de la vie. Et bien oui et non. Oui car effectivement, Babe est un gentil cochon tout mignon et tout rose qui combat les difficultés de la vie pour faire ce qu’il aime. Non car, n’oublions pas que derrière ce projet réalisé par Chris Noonan, se cache George Miller qui n’a jamais fait grand cas de l’humanité ou montré de la compassion pour ses congénères bipèdes. Miller passera d’ailleurs derrière la caméra pour la suite du film, Babe 2 : Un cochon dans la ville qui, pour ce fou génial de Sono Sion, est le plus grand film de l’histoire du cinéma.

Le Diable se cache dans les détails, la patte de Miller aussi. Malgré son univers résolument enfantin présentant des décors champêtres magnifiques à la fois complètement réalistes et totalement irréels, des animaux tout mignons issus du travail une nouvelle fois à tomber du Jim Henson’s Creature Shop, le sous-texte est quant à lui beaucoup plus dur et froid, sans atteindre les tréfonds de noirceur de sa suite, voire de Happy Feet. Car Babe égratigne la société par le biais de l’anthropomorphisme, une vieille technique bien connue et popularisée par « La Ferme des Animaux » auquel Noonan rend clairement hommage via son petit porc candide plongé dans les turpitudes d’une société organisée et vile. Les animaux de la ferme sont pires que les humains, ils sont complotistes, bas, méchants, agressifs, violents. Cette touche froide et dure empêche le film de sombrer dans la naïveté primaire et de céder à l’abêtissement généralisé des productions destinées aux plus jeunes.

Le fait de situer son histoire dans un monde enfantin rend le contexte encore plus sombre pour les adultes qui apprécieront le contraste, mais adoucit fortement le propos pour les enfants. Le but de Noonan et Miller n’est pas de choquer ces derniers, mais de faire passer quelques messages en sous-texte. Ils ne s’en rendront peut-être pas compte, mais quelque part, tout ça va leur parler. Et c’est là qu’entrent en scène les équipes de Jim Henson qui recréent un monde familier dans la forme mais perverti sur le fond. Leur travail est impeccable et tire évidemment la production vers le haut. Que ce soit au niveau du design ou des marionnettes, l’excellence de leur ouvrage est une nouvelle fois une des grandes qualités d’une œuvre qui n’en manque pas.


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