CYCLES

CYCLE JIM HENSON’S CREATURE SHOP - Les Tortues Ninja 2 (1991)

8 janvier 2015 | Par : Seb Lecocq

Dans l’industrie du cinéma, il y a une règle très simple à retenir. Qui dit succès, dit suite. Souvent, avec plus de sous et de spectacle. Cette règle s’applique évidemment aux Tortues Ninja qui reviennent dans la foulée du premier film avec ce deuxième épisode sous-titré Le Secret de la Mutation. Une séquelle qui, plutôt que de rentabiliser la formule du premier, suit sa propre voie et opère quelques changements significatifs. Exit Steve Barron, qui laisse son siège de metteur en scène encore tout chaud à un routinier de la télévision américaine, Michael Pressman. Exit aussi Corey Feldman (voix de Donatello) et Elias Koteas qui ne rempilent pas, à notre grand regret, le personnage emblématique de Casey Jones faisant figure de grand absent de cet épisode, tandis que Judith Hoag se voit ici remplacée par Paige Turco dans le rôle d’une April O’Neil adoucie et plus prompte à jouer les utilités. Enfin l’histoire, afin d’accentuer la touche « kids », balance un sidekick dans les pattes de nos quatre tortues.
Changement d’équipe, devant et derrière la caméra, mais aussi de ton dans un épisode qui se veut résolument plus cartoonesque et axé sur la comédie que son prédécesseur. La patte de Steve Barron qui dépeignait un New-York anxiogène proche de celui des vigilante movies datés seventies disparaît pour une Grosse Pomme beaucoup plus conviviale, joyeuse et fantasmée. Dans ce film, chaque New-yorkais semble vouer un culte au dieu pizza, ce qui donne lieu à quelques scènes de comédie pour un ton beaucoup plus proche de la série animée devenue culte et qui a fait des tortues des acteurs incontournables de la contre-culture américaine des années 80-90.

Les Secrets de la Mutation n’atteindra jamais le niveau du premier métrage, c’est un fait. Toutefois, malgré son caractère mercantile et sa volonté de ratisser large, cette suite, à condition de ne pas être trop regardant, se laisse suive agréablement et fait figure de divertissement correctement emballé, sympathique et jamais ennuyeux. Les moins de douze ans y trouveront évidemment beaucoup plus leur compte que les adolescents ou les adultes. Les combats s’avèrent beaucoup moins réalistes, la plupart des coups sont portés hors-champ et les armes des tortues sont réduites à une simple utilisation décorative. Leonardo ne se sert de son katana que pour trancher dans le vif… d’une part de pizza. Les combats sont, comme le reste du film, tournés vers la comédie, on ne peut décemment pus parler de chorégraphie mais d’enchaînement de coups plus ou moins intentionnels. Une déception pour les amateurs d’action. L’éviction de Casey Jones entre dans cette optique d’édulcoration de la violence et du langage.
Les Tortues Ninja II se base sur une intrigue typique de la série animée où l’on découvre que Shredder est toujours en vie et a dérobé le mutagène grâce auquel il entend créer de nouveaux mutants pour faire régner la terreur sur la ville. Mais tout cela sera sans compter sur les Tortues Ninja qui veillent au grain. Maintenant, il faut voir la dégaine de ces deux mutants… La production qui n’a pu, pour d’obscurs problèmes de droit, intégrer Bebop et Rocksteady se rabat sur Tokka et Rahzar, deux mutants ridicules aux costumes à peine dignes d’une kermesse d’école primaire de quartier et au comportement de bouffons. Impossible de les prendre au sérieux ne serait-ce qu’une seule seconde. Une déception quand on voit le travail de l’équipe de Jim Henson sur les tortues qui sont elles totalement réussies, surtout au niveau du visage qui a été retravaillé afin de rendre leurs expressions plus fluides et variées. L’impression de voir un travail à deux vitesses est fort désagréable même si, une fois de plus, le look de Tokka et Rahzar entre dans cette volonté d’aseptiser l’aspect du récit et de le tourner tout entier vers la comédie ou la parodie (il faut voir les Tortues se battre avec des objets aussi improbables qu’une saucisse en guise de nunchakus…)

Inutile d’énumérer les nombreux défauts de cette suite qui ne s’apprécie qu’en faisant abstraction du film original. Comédie plus que film d’action, le public ciblé s’étant fortement rajeuni, Les Secrets de la Mutation laisse un goût amer dans la bouche des nombreux fans du film de Steve Barron. Toutefois, on pourra saluer le travail fait sur les décors et le production design global, l’argent se voit à l’écran, ainsi que dans le costume des Tortues qui n’auront jamais paru si réelles. Un film qui annonce la couleur des deux décennies de blockusters à venir : aucune prise de risque, volonté de ratisser large, infantilisation de l’intrigue et du spectateur et mercantilisme à tout crin. Dommage pour une franchise qui partait pourtant sur d’excellents rails. Pris indépendamment, Les Secret de la Mutation est une œuvrette sympathique, prise en tant que suite, c’est un vrai ratage.


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