CYCLES

CYCLE JIM HENSON’S CREATURE SHOP - Les Tortues Ninja (1990)

3 janvier 2015 | Par : Seb Lecocq

Pour les trentenaires que nous sommes, que nous avons été ou que nous serons bientôt, les Tortues Ninja font partie de notre culture au même titre que les consoles Nintendo, le Club Dorothée et tout un tas d’autres choses. C’est donc avec un plaisir non dissimulé que l’on revoit ce film qui n’a pas pris une ride, conserve toute sa modernité et sa force. A un point tel qu’on se demande bien pourquoi un remake, divertissant certes mais beaucoup plus idiot que l’œuvre en question, a bien pu voir le jour. Les quatre reptiles à carapaces amateurs de pizzas se retrouvent pour la première fois à l’écran dans ce film de 1990 qui respectait la tonalité sombre de la bande dessinée d’origine tout en édulcorant fortement la violence graphique des histoires de Kevin Eastman et Peter Laird.

L’histoire, on la connait tous : un rat expert en arts martiaux recueille quatre tortues mutantes et les initie à l’art ninja, bien à l’abri dans les égouts de la ville. Mais lorsque Splinter, leur maître, se fait kidnapper, les Tortues n’ont plus le choix, elles doivent sortir de l’ombre et combattre le gang de l’affreux Schredder. Malgré ce pitch et ce sujet casse-gueule - représenter des tortues ninja à l’écran n’est pas chose aisée, Steve Barron s’en sort avec les honneurs car il choisit la meilleure optique possible afin de transposer les pages de la bande dessinée à l’écran : un sérieux à tout épreuve qui tranche avec le côté mercantile et puéril de la dernière adaptation produite par Michael Bay. Baron filme cette histoire, somme toute improbable, avec sérieux et dévotion, comme s’il mettait en scène le métrage le plus important du monde. C’est cette absence de mépris et de cynisme pour son sujet qui fait une des grandes forces de ce bijou même pas has been. Dès le début, on y croit, l’atmosphère est réaliste, réelle même, on est plongés en plein polar urbain. La nuit, la pluie, l’atmosphère violente, l’odeur du danger, tout est là, comme dans le meilleur des vigilantes. Finalement, Chris Nolan n’a rien inventé avec sa trilogie Batman. Steve Barron pose les bases, définit un contexte avant d’y placer ses quatre héros masqués.
Et quels héros ! Présentes, imposantes, massives et magnifiées par les costumes de Jim Henson qui rend honneur à leur stature héroïque, les tortues sont au cœur du récit. A la fois drôles et brutales, la dualité de leur caractère est parfaitement retranscrite par un scénario malin et au double niveau de lecture. Certes, il arrive aux quatre compères de blaguer (on rit parfois de bon cœur, avouons-le), mais lorsqu’il s’agit de se castagner, plus personne ne se marre et les coups de tatane font mal. Un avantage non négligeable : les costumes à la fois souples, réalistes et totalement dans l’esprit du comic book, ce qui fait que l’on ressent physiquement la présence des tortues sur l’écran, occupant parfaitement l’espace, ce qui n’est pas toujours le cas avec certains avatars numériques. Leonardo, Raphaelo, Donatello et Michelangelo se voient offrir une stature héroïque digne de leur rang par Jim Henson, dont ce sera d’ailleurs le dernier travail, car celui-ci décéda au cours du tournage qui sera repris par son fils.

Bien rythmé, le film est interprété par quelques débutants qui feront une belle carrière par la suite comme Sam Rockwell (La Ligne Verte) et Elias Koteas (Shutter Island). Nos tortues Ninja sont plus charismatiques dans ce métrage que dans n’importe quelle autre adaptation cinématographique de la saga. Cool mais dangereuses, elles représentent vraiment l’esprit de la fin des années 80. Vingt ans après sa sortie, le film s’impose toujours comme un excellent divertissement typique des années 80/90 mêlant allégrement comédie, bastons et ninjas. Niveau bonnes surprises, on peut noter l’esthétique soignée et la bonne tenue de la mise en scène de Steve Barron qui, à l’époque, était, à l’instar de Russel Mulcahy, des frères Scott ou de David Fincher, un des jeunes clippeurs en vogue qui allaient dynamiter le cinéma hollywoodien même si Barron n’a pas eu la carrière que méritait son talent. Il offre un bel écrin à cette histoire avec une esthétique typiquement nineties à base de filtres de toutes les couleurs et de nuits pluvieuses. La présence de Tortues Ninja s’inscrit plutôt bien dans un univers réaliste très proche des comic books, ce qui rend l’histoire crédible de bout en bout. Un excellent divertissement old school à voir en famille car Les Tortues Ninja parlera aussi bien au grands qui apprécieront l’atmosphère et le scénario du film qu’aux petits qui se feront un plaisir de suivre les aventures de ces facétieuses tortues.


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