CYCLES

CYCLE JIM HENSON’S CREATURE SHOP - Noël chez les Muppets (1992)

25 décembre 2014 | Par : Samuel Tubez

Le décès de Jim Henson le 16 mai 1990 marque des millions de téléspectateurs et nombre de professionnels du 7e Art. Mais ce n’est certainement pas parce que le « puppet master » n’est plus que ses créatures doivent elles aussi cesser d’exister ! La Jim Henson Company ainsi que son atelier des merveilles, le Jim Henson’s Creature Shop, continuent de tourner sous la direction de son fils Brian Henson et de ses filles Cheryl (déjà à l’œuvre sur Dark Crystal et la série The Storyteller) et Lisa Henson (plus tard à la production de Mirrormask et Le magicien d’Oz des Muppets). Premier long métrage des Muppets réalisé après le décès du grand Jim, Noël chez les Muppets, mis en scène par son fils Brian, se devait d’être dédié à la mémoire du maître marionnettiste.

Plus vivantes que jamais, les Muppets s’approprient le célèbre conte de Charles Dickens, Un chant de Noël (A Christmas Carol), déjà maintes fois adapté à la télévision et au cinéma (A Christmas Carol de Edwin L. Marin en 1938 ou Fantômes en fête de Richard Donner en 1988). Gonzo (Dave Goelz, fidèle au personnage depuis les débuts) y interprète Charles Dickens et nous raconte en déclamant de manière très fidèle les écrits du romancier victorien, cette histoire universelle et fantomatique qui nous invite à célébrer Noël de la plus généreuse façon qui soit tout en posant toutefois certaines questions de société. Même si chez les Muppets, l’humour et la bonne humeur prédomine, notamment par le biais de nombreux gags et chants, le scénariste-vétéran Jerry Juhl y injecte toutefois une atmosphère à la fois sombre et triste (parfois même au point que Disney coupa certains passages jugés trop déprimants, que l’on peut redécouvrir dans l’édition dvd 10e anniversaire). Les apparitions des spectres Marley, anciens associés de Scrooge, ainsi que celle de l’esprit des Noëls à venir se déroulent dans des ambiances lugubres rarement vues jusqu’ici dans un film des Muppets et les vêtements posés sur une chaise évoquant la disparition du petit Tiny Tim Cratchit renvoient avec émotion au grand vide laissé par le départ prématuré de Jim Henson. L’hommage est ici constamment perceptible et le travail de chaque marionnettiste ou artiste à l’œuvre transpire la volonté de célébrer avec un immense respect l’œuvre de l’artiste mais aussi la transition d’un cycle à un autre. La technique d’animation des marionnettes, même si elle reste majoritairement exécutée en direct sur les plateaux, fait ici appel à l’un ou l’autre effet plus moderne (l’esprit « flottant » des Noëls passés fut par exemple filmé sur fond vert et incrusté en post-prod) pour un résultat harmonieux et parfaitement bluffant. Jurrasic Park et sa révolution numérique est tout proche (il sort un an plus tard) et, même si Noël chez les Muppets demeure majoritairement animé « à l’ancienne », les artistes du Jim Henson’s Creature Shop lorgnent déjà vers le futur puisque les prodiges de Babe, le cochon devenu berger n’arriveront que trois ans plus tard. Côté interprétation, Steve Whitmire, lui aussi vétéran de l’équipe du Muppet Show, reprend avec talent et humilité le rôle de Kermit la grenouille (ici dans la défroque de Bob Cratchit) jadis joué par Jim Henson. Les interactions avec des humains en chair et en os se fait plus fréquente puisque le rôle central d’Ebenezer Scrooge est tenu par l’excellent Michael Caine qui doit donner la réplique à nombre de marionnettes l’entourant et même chanter avec celles-ci, et plutôt bien d’ailleurs ! Auteur de quelques morceaux pour le show et déjà derrière les « hits » du premier long métrage de la bande à Kermit, Paul Williams a écrit des chansons une fois de plus pleines d’entrain dont le classique « It feels like Christmas » qui mériterait de remplacer « Petit Papa Noël » dans toutes les chaumières (désolé Tino Rossi). Allez, tous ensemble : « In all the places you find love, it feels like Chriiiiistmaaaaas… ».

Noël chez les Muppets est une adaptation à la fois fidèle au texte de Dickens et délirante dans son appropriation très « muppetesque ». Porté par un Michael Caine très impliqué et le talent de marionnettistes chevronnés aux commandes de multiples créatures, le spectacle s’avère idéal pour les plus jeunes qui découvriront ce récit classique dans les meilleures conditions. Quant aux plus grands, pour peu que la technique les intéresse et que leur âme d’enfant ne soit pas totalement enterrée, la magie émanant du travail des artistes de la fabrique Henson (couplée à celle de Noël) pourrait bien opérer à nouveau.


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