CYCLES

CYCLE CHASSEURS DE FANTOMES - Histoire de fantômes chinois 2 (1990)

24 août 2013 | Par : Seb Lecocq

Après le raz-de-marée du premier film, devenu un véritable phénomène culturel en Chine, il aura fallu trois ans avant que la team emmenée par Tsui Hark ne remette le couvert. Cette suite enchaîne directement après les péripéties du premier épisode. Tout le monde revient pour un tour gratuit de grand huit. Ching Tsiu tung à la mise en scène, Tsui Hark à la production et le couple vedette Leslie Cheung/Joy Wong devant la caméra. Wu-ma re-signe aussi et sera accompagné de Jacky Cheung et Waise Lee dans sa lutte contre une horde de spectres et de monstres en tout genre. Cette suite suit en tous points la trace de son grand frère mais la magie n’opère plus, ou alors beaucoup moins. La faute peut-être à des effets spéciaux, pourtant supervisés par Nick Alder, peu convaincants, une tonalité plus sombre et un mélange des genres beaucoup plus indigeste.

Le pari était osé, voire impossible et de fait, le spectateur sort frustré et déçu de la vision de ce second épisode de la trilogie Histoire de Fantômes Chinois. La féerie présente dans le premier film et l’alchimie du couple Wong/Cheung ont disparu, laissant place à un film beaucoup plus « dark and gritty » pour reprendre une expression à la mode. Consciemment ou pas, cette suite est beaucoup plus sombre. En effet, le film est tourné quelques semaines après le Massacre de Tien An Men qui a horrifié tout le pays et influencé le déroulement du film qui comporte une intrigue politique (Joey Wong devant libérer un leader d’opinion pris au piège d’usurpateur) s’accordant très moyennement avec l’esprit de l’œuvre d’origine. Moins de lyrisme, de poésie, de fantaisie. La mise en scène moins aérienne peine à insuffler un souffle épique et magique à une histoire pourtant propice à un laisser-aller esthétique.

Le scénario joue la carte du bigger, louder, stronger mais là encore sans cet ingrédient secret qui faisait le génie du premier film. Les scènes d’action sont pourtant globalement très réussies. La réalisation et le montage des scènes de combats est incroyable de précision et de rythme mais toujours tirée vers le bas à cause de ces vilains effets spéciaux. Ensuite le film souffre toujours de la comparaison avec le premier épisode. Toutefois, si on parvient à faire abstraction de celui-ci, Histoire de Fantômes Chinois II est un film plaisant, bien rythmé et qui se laisse suivre sans aucun ennui. Le bestiaire de spectres est riche, mais fort vilain il est vrai, à l’image de cette scolopendre gigantesque censée être le clou du film. Sur papier, l’idée est folle mais à l’écran, la laideur de la chose ne pardonne pas.

Malgré ça, le film réserve quelques bons moments et scènes d’anthologie. Notamment grâce au potentiel comique de Jacky Cheung et à la gouaille de Leslie Cheung qui s’exprime lors d’une scène mêlant suspense, frissons et comédie non-sensique : Leslie doit faire face à un démon alors qu’il a accidentellement paralysé Jackie. Une séquence digne du premier film, dans la tradition de la kung-fu ghost comedy. Le film est riche en scènes d’action, souvent réussies d’ailleurs, exception faite du design des spectres à peine dignes d’un sentaï bon marché, mais peine dans les séquences de romance et de drame. Sur ce point, Ching Tsiu Tung perd le fil d’une intrigue aux rebondissements téléphonés. L’ajout du personnage de Michelle Reis constitue une bonne idée et crée un triangle amoureux intéressant mais dont l’alchimie ne fonctionne que par intermittence. Il est à l’image du film finalement, sur papier c’est une superbe idée mais beaucoup moins dans l’exécution.

Les personnages de Waise Lee et de Jackie Cheung jouent un rôle prépondérant, reléguant le couple Cheung/Wong au second plan. Les deux chasseurs de fantômes s’imposent comme les deux moteurs de l’intrigue qui repose bien plus sur le côté traque de fantômes et autres démons que le premier film. Si les esprits sont plus risibles que réellement effrayants, les deux chasseurs de démons bénéficient d’un arsenal magique du plus bel effet. C’est grâce à cet aspect qu’Histoire de Fantômes Chinois II rebondit et reste au-dessus de la moyenne. Le film sera un succès public, ce qui poussera l’équipe à mettre en chantier un troisième et ultime volet à cette saga avant que Tsui Hark n’en réalise une version animée quelques années plus tard. En somme, Histoires de Fantômes Chinois fonctionne sur courant alternatif. L’excellent y côtoie le pathétique, parfois dans le même plan. Tel est le paradoxe de cette suite.

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