Le Festival Européen du Film fantastique de Strasbourg

CHRONIQUE - Triangle

Jess, mère d’un enfant autiste, confie son fils à une baby-sitter et décide de passer la journée à faire de la voile avec des amis. Mais dès le départ, elle se sent mal à l’aise et anxieuse pour des raisons qu’elle ne peut expliquer. Quand le bateau se retourne après une violente tempête, le groupe réussit à monter sur un navire qui passait par là. Une fois à bord, ils se rendent compte que le navire est pratiquement désert, et le groupe se trouve coincé dans un vortex de violents évènements qui défient notre notion du temps et de l’espace. Seul Jess comprend ce qui passe réellement… enfin presque.

Après s’être attelé à la réalisation d’un survival bien rodé et d’une comédie horrifique gavée à l’humour noir, Christopher Smith nous offre son troisième film, Triangle, bobine bien différentes de ses deux autres créations, car ne s’apparentant à aucune logique narrative classique. Les vingt premières minutes ne présentent pas d’ambiguïté particulière. Jess (Melissa George vue dans 30 Jours de Nuit) est une jeune mère vivant seule avec son fils autiste. Alors qu’elle arrive au port, ses amis trouvent son comportement étrange : elle-même ignore pourquoi ses pas l’ont amené à cet endroit, ne semblant initialement pas projeter de rejoindre ses amis pour faire de la voile durant le week-end. L’arrivée du paquebot, perdu en pleine mer, semble être l’occasion rêvée de quitter leur navire qui s’est retourné après une violente tempête. Il deviendra l’élément central du film, doté d’une aura particulièrement étrange. A l’image de l’hôtel de Shining, il est totalement vide, ses couloirs et sa salle principale rappelant étrangement celles chères au livre de Stephen King, adapté sur le grand écran par Stanley Kubrick. Cet intriguant bateau semble lui aussi abriter un esprit maléfique, qui se révèle n’être qu’une représentation des troubles qui perturbent Jesse.

En effet, la personne qui les poursuit, elle et ses amis, ne se révèle être qu’elle même, entraînant le spectateur dans une incessante et troublante tautologie. Le film se répète à l’infini dès l’instant où Jess regarde la mer et s’aperçoit, en compagnie de ses amis, sur la coque de leur bateau. La mise en abyme, un véritable cercle infernal a débuté. Cependant, pourquoi Christopher Smith a-t-il décidé d’appeler son film Triangle ? Est-ce en raison du nom du bateau ? Une référence au triangle des Bermudes ? Ou parce qu’il s’agit d’un troisième film ? A ce sujet, le réalisateur déclare : « A la base, le point de départ du film m’est venu avec l’image de la jeune femme regardant la mer depuis le pont du bateau, et se voyant en contrebas, sur la coque du voilier. Je voulais faire un twist final avec un triangle permuté avec les trois personnages, mais le film est parti dans une optique totalement différente. J’ai cependant gardé le titre initial. C’est un peu stupide, mais j’étais bloqué sur ce nom, je ne pouvais pas m’en séparer. J’aurais pu l’appeler Cercle mais ça n’aurait pas été terrible…Il n’y a pas vraiment d’explication narrative concernant ce film, mais je me disais que Triangle résumait plutôt bien l’histoire. » Une sorte de version horrifique de la comédie Un Jour Sans Fin, où Melissa George remplace Bill Murray, et où la marmotte est transformée… en mouette.

Inutile, donc, de désirer à tout prix de vouloir rationaliser ce film, dont l’histoire tient plutôt de la métaphore de la maladie mentale, du trouble incessant qui prend part dans l’esprit de Jess. Si elle semble, au premier abord, présenter une puissance psychologique, le mythe se fissure bien vite et laisse transparaître la fragilité d’une mère de famille qui élève seul son enfant, ce dernier étant, de surcroît, autiste. Difficile, dans une telle situation, de faire face avec force à un quotidien éreintant. Visiblement au bout du rouleau, Jess maltraite son fils, plus par épuisement que volontairement. « On peut dire que le bateau est une sorte de cauchemar que seule Jess peut comprendre » dit Christopher Smith. « C’est une sorte de punition envers son comportement. » La jeune femme semble partager les particularités mentales de son enfant, s’emmurant elle aussi dans le silence et l’incompréhension.

Triangle joue sur les faiblesses de son personnage principal, faisant du film de Christopher Smith une tautologie troublante, mais bien rodée et particulièrement efficace.

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