Le Festival Européen du Film fantastique de Strasbourg

CHRONIQUE - Esther

Présenté hors compétition à l’ouverture du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, et ce en première française, le film de Jaume Collet-Serra plonge directement dans une ambiance teintée de psychose enfantine mais bien plus tordue qu’on ne l’imagine. Si la jeune Esther apparaît, au premier abord, comme étant une petite fille particulièrement attachante et mûre, il se trouve que sa personnalité est plus proche du miroir éclaté en morceaux que de celle des habituelles mômes en crise d’identité, se prenant pour une princesse ou une star de la chanson. Bien des mystères se cachent sous ces robes à froufrous, ces rubans très old-school et ces discours particulièrement précoces, qui ne manquèrent pas de toucher la mère, interprétée par Vera Farmiga. Personnage central, elle demeure touchante tout au long du film, de par sa fragilité sous-jacente et la hargne avec laquelle elle s’acharne à prouver à son entourage que quelque chose cloche avec la nouvelle venue…

Si les films d’enfants démoniaques vous troublent ou vous perturbent, passez votre chemin, car Esther offre au public deux heures d’une tension délectable, qui monte crescendo, et ce grâce à la prestation d’Isabelle Fuhrman, littéralement hallucinante dans le rôle de l’orpheline, manipulatrice à souhait, emmenant dans son jeu enfants comme adultes. Son arrivée brise progressivement le tableau idyllique de la famille unie, qui va au-delà des épreuves (la toute jeune cadette est sourde-muette, Kate est une ancienne alcoolique qui peine à faire le deuil de son enfant mort-né) et cherche à étendre son bonheur en ouvrant ses bras à un troisième enfant. Une étape qui fut délicate à passer pour Kate, poursuivie par sa crainte d’être une mauvaise mère, et par son douloureux passé qui ne manque jamais de remonter à la surface au mauvais moment, évidemment…

Malgré des jeux de caméra pour détourner les plans habituels suscitant sursauts ou angoisse (la porte qui se referme ou le personnage qui se baisse et laisse entr’apercevoir le boogeyman, les jeux de cache-cache), Esther reste un film au spitch relativement classique et peu innovant, l’histoire de l’enfant psychosée pour on ne sait quelle raison (je ne spoilerai pas, mais le twist du film est particulièrement tordu !) étant reprise plus d’une fois. Cependant, il mérite largement d’être vu, ne serait-ce que pour le jeu d’Isabelle Fuhrman, dont les traits semblent s’assombrir et se creuser au fur et à mesure que sa véritable identité se délivre au public. Bien que Jaume Collet-Serra joue davantage dans la suggestion que dans le gore tape-à-l’œil, angoisse par de simples ralentis, des tendances à jouer au chat et à la souris… Sans compter une scène finale relativement glauque où la gamine tente de se faire son père… Tout comme une référence plus que probable au Shining de Stephen King, où Esther se brise le bras dans un étau pour faire croire que sa mère (ancienne alcoolique comme Jack Torrance !) l’a grièvement blessé lors d’une dispute qui tourna mal. Désirer faire des gosses après un tel film tient certainement du masochisme.

Un film jouant sur les mythes de l’enfant détruisant mentalement et physiquement ses parents, au pitch improbable et tordu, mais un bon moment en perspective.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage