Le Cinéma Fantastique au bout des doigts. Cinéma Fantastique vous propose une critique jeune des films les plus vieux au plus récents traitant du fantastique dans sa globalité. Horreur, gore, fantômes ...
Retraite anticipée
"Quand je cherchais une idée de scénario, c’était la pleine époque de la grippe aviaire." explique Carl Tibbetts. "Ce qui m’intéressait alors, c’était le brouillard noyant la vérité, l’idée de la parole d’une personne contre une autre. Je ne voulais pas faire du surnaturel mais baser mon histoire sur les personnages." Ce climat de mésinformation brumeux, Tibbetts le pousse à son paroxysme en plaçant dans une bicoque de campagne trois personnages victimes de l’isolement en proie à une menace extérieure sur laquelle ils n’ont aucune prise et... presque aucun renseignement tangible. Jack, ce militaire retrouvé blessé par le couple qui loge dans le cottage, révèle une vérité qui dérange, pour reprendre les mots d’Al
Gore : une pandémie gagne peu à peu le continent et le seul moyen de survivre est de rester cloîtré à l’abri des porteurs du virus dans cet ultime bastion séparé du monde.
Martin et Kate, couple au bord de la dérive parti se changer les esprits à l’écart des hommes, suspicieux face au cataclysme annoncé par cet énergumène intrusif et violent, s’installent dans un équilibre précaire. Martin, architecte bourgeois intellectuel, offre son aide au militaire pour condamner tous les accès de la maison tandis que Kate, femme dominante et méfiante, entre en conflit perpétuel face à celui qu’elle considère comme un persécuteur. Progressivement, les rapports s’inversent, les personnalités s’influencent, les repères "intra muros" deviennent eux-mêmes aussi flous que les causes de la prétendue pandémie qui frappe le monde extérieur. Retreat est en cela un héritier du cinéma de Roman Polanski ou des Chiens de Paille de Sam Peckinpah. Le parallélisme entre les deux œuvres n’est pas anecdotique : Martin, héros effacé, floué, parangon de l’anti-virilité (à l’instar de David Sumner), se révèle au fur et à mesure plus entreprenant et récupère la culotte léguée à sa compagne voici quelques années. Cette évolution dans les rapports qu’entretiennent les protagonistes provoque un regain d’intérêt pour ce scénario dont la touche mystérieuse finit par s’estomper, non au prix d’une révélation trop précoce (les dernières minutes s’avèreront cruciales) mais d’une mécanique par trop répétitive qui recycle à l’excès un schéma classique (les rebondissements trop classiques et prévisibles ne provoquent aucune montée d’adrénaline).
Ce huis clos hermétique oppressant, qui doit beaucoup à l’architecture de la bâtisse et aux angles obliques de Tippetts), prend au final les
atours d’une pièce de théâtre reposant pour l’essentiel sur les prestations de ses comédiens. Jamie Bell (Les aventures de Tintin : le secret de la Licorne) insuffle à son personnage suffisamment d’ambiguïté que pour générer une paranoïa qui finit par gangréner ses proies. Le doute entretenu de bout en bout ne sera évacué que lors du dénouement, aussi nihiliste que déroutant. Entre-temps, le script subit quelques cahots et l’intérêt du spectateur se réduit en peau de chagrin. Les envolées lyriques du premier quart d’heure, captant les magnifiques paysages gallois, et la séquence finale montrent que Tibbetts est davantage dans son élément dans le registre du drame que du suspense. Pour le coup, son intrigue trop classique et balisée, développée entre deux points d’orgue trop précoces et tardifs, soutire quelques bâillements difficiles à réprimer...
En guise de bonus, la galette éditée par Entertainment one propose un making of d’un quart d’heure et des interviews des membres les plus importants du cast, plutôt intéressants.
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