Critique de film

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Blind

"Blind"
affiche du film

Depuis peu, Ingrid est atteinte de cécité. Refusant d'affronter ce nouveau handicap, elle se terre chez elle et refuse de quitter le seul lieu où elle se sent en sécurité. Dès que son mari Morten part au travail, Ingrid s'assied à la fenêtre, une tasse de thé à la main et la radio allumée. Progressivement, elle se laisse absorber par les sons et les univers qui l'entourent et ne parvient bientôt plus à distinguer le réel de ses projections fantasmées.

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Trailer - Blind (2014)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Blind - A l’aveugle
Par : Damien Taymans
Tags : NIFFF 2014

Depuis peu, Ingrid est atteinte de cécité. Refusant d’affronter ce nouveau handicap, elle se terre chez elle et refuse de quitter le seul lieu où elle se sent en sécurité. Dès que son mari Morten part au travail, Ingrid s’assied à la fenêtre, une tasse de thé à la main et la radio allumée. Progressivement, elle se laisse absorber par les sons et les univers qui l’entourent et ne parvient bientôt plus à distinguer le réel de ses projections fantasmées.

Petite sensation du dernier festival de Sundance (lauréat du meilleur scénario tout de même !), Blind émane de l’esprit d’Eskil Vogt, l’un des co-scénaristes du drame Oslo, 31 août, l’un des grands vainqueurs des Oscars norvégiens de 2012. Si le créneau semble similaire (un drame intimiste décrivant le voyage sans bagage d’un personnage tentant de se réconcilier avec une existence profondément bouleversée par une tragédie - le fléau de la drogue pour le premier, la cécité pour le second), Blind s’acoquine du registre fantastique et délaisse une approche froide et glaciale pour une orientation nettement plus onirique, avec quelques soupçons de cauchemar. En tentant de retrouver des sensations perdues, l’héroïne (troublante Ellen Dorrit Petersen) s’enferme dans une bulle et s’enfonce dans une aliénation progressive. A mesure que le récit progresse, le personnage régresse, palliant son handicap par l’utilisation de quelque système tactile ou vocal, rêvant de l’adultère de son conjoint, fantasmant ses propres rapports charnels et ceux des autres. Le questionnement repose pour l’essentiel sur le rapport à la chair, davantage que sur le rapport aux autres, contrairement à ce qu’illustrait Blindness de Fernando Meirelles.

Eskil Vogt compose, sur une formidable partition de Henk Hofstede, un tableau sensoriel éprouvant qui contraint le spectateur à l’empathie et le noie dans un tourbillon d’émotions, si bien qu’il est perdu dans ce rêve éveillé, égaré au cœur de cet immense dédale entre rêve et réalité. Vogt éclate les limites, déstructure la narration et les cadres, virevolte d’une ambiance à une autre, opère des sauts de carpe de la tragédie intimiste à la comédie. Mais en même temps qu’il maintient son héroïne dans ces méandres, il s’abîme lui-même et peine à imposer une certaine rythmique à son œuvre qui épouse trop la léthargie d’Ingrid.

Las de se pâmer de l’esthétique inouïe du film, on se surprend à bâiller devant cette production au discours trop confus et à la narration ankylosée par l’usage d’une voix-off omniprésente. Visuellement, Blind est une impressionnante carte de visite pour son auteur qui illustre malgré tout quelques carences dans le storytelling.


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