Critiques/Analyses

Black Mirror - Saison 1 (2011)

21 janvier 2017 | Par : Damien Taymans

Quel est donc ce miroir noir annoncé ? Celui que vous tenez dans la paume de votre main, celui qui se trouve sur chaque bureau, sur chaque mur. Un miroir déformant souvent qui reflète une vie fantasmée, aménagée pour le plus fadasse et désinhibe le plus timide. De là à affirmer que les réseaux sociaux en transforment certains en sociopathes invétérés, il n’y a qu’un pas que nombre de spécialistes n’ont pas hésité à franchir. Acerbe envers le monde de la télévision via des chroniques dans The Guardian, Charlie Brooker offrait un premier pied-de-nez, rigolard celui-là, au monde télévisuel avec sa mini-série Dead Set dans laquelle une horde de zomblards déboulait sur le plateau d’une émission de télé-réalité.

Black Mirror est d’un tout autre calibre. Simplement parce qu’il est un produit singulier dans le panorama actuel des séries. Britannique, cette anthologie se pare de trois épisodes indépendants les uns des autres avec pour fil rouge la traduction de la perversité des écrans. Ou plutôt de la perversion que les hommes leur appliquent. Car à n’en pas douter, Black Mirror, sous ses atours de fiction dystopique, est un sacré microscope focalisé sur les dérives humaines. A telle enseigne qu’on pourrait presque avancer que la mini-série ressemble à une étude sociologique à peine romancée. Chacun des épisodes se déroule dans un avenir si proche qu’il pourrait être assimilé à notre présent et envisage la déshumanisation avec brio, se servant souvent des écrans comme de prismes grossissant ces vices.

Il en est ainsi de L’Hymne national, premier segment à la réalisation épurée mais au propos irrévérencieux. Qu’un premier ministre s’accouple avec un porc en direct à la télévision paraît de prime abord si capillotracté. Pourtant, les scénaristes parviennent à rendre cette alternative probante en faisant intervenir dans le faisceau communicationnel la twittosphère, la presse sensationnaliste et l’opinion publique. Constat similaire pour Quinze millions de mérites inspectant la désolation télévisuelle et le cloisonnement individualiste de notre société. Retour sur image, pour sa part, semble ne se concentrer que sur un drame banal comme il en existe des milliers, un vague cas d’adultère. Mais, recourant à une technologie toute proche, interroge sur notre rapport à l’intimité et au droit à l’oubli.

Aussi sobre que percutante, aussi classique qu’innovante, Black Mirror est une brillante anomalie télévisuelle, un uppercut asséné dans les roustons, un électrochoc qui foudroie et éveille les consciences. An unconvenient Truth relationnelle, ni plus ni moins.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016
affiche du film
Wonder Woman
2017
affiche du film
Pirates des Caraïbes : La vengeance de Salazar
2017

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage