BIFFF 2017

BIFFF 2017 - Djinn tonique

Under the Shadow tient ses promesses...

Moyen-Orient. Dans une région où l’on met constamment la charia avant l’hébreu, la guerre fait rage. Les missiles irakiens déchirent le ciel iranien sous lequel tentent encore de survivre des courageux ou inconscients qui refusent de quitter leur modeste logement. Dans son appartement, Shideh voit son mari déplacé dans une autre région et assume seule sa petite fille Dorsa. C’est que la monoparentalité n’est déjà pas très gaie à assurer mais quand, en guise de cerise sur le sundae, il faut ponctuellement se réfugier à la cave en périodes de bombardements, le climat devient de plus en plus difficile à supporter. Surtout quand votre gamine s’entête à retrouver la poupée qui a mystérieusement disparu et qu’elle dit parler de temps en temps à une femme qui serait en réalité un djinn...

Précédé d’une belle réputation suite à ses passages remarqués aux festivals de Sundance et du NIFFF (où il a remporté le Narcisse du Meilleur film), Under the Shadow, présenté hier en guise de séance de rattrapage au BIFFF sur le coup de 14h, est l’un de ces films qui renouent brillamment avec le classicisme et délaissent le domaine de l’horreur pure pour lui préférer le registre de l’épouvante. Une épouvante qui s’installe lentement, insidieusement. A mille lieues des roller-coasters pseudo-horrifiques qui pullulent, la bande de Babak Anvari privilégie l’installation du décor, l’exploration de la psyché de ses personnages et l’insémination par étapes de l’étrangeté. Le Britannique d’origine iranienne situe son récit dans un Iran déchiré par la guerre qu’il veut d’ailleurs aussi lointaine que proche. Car ce qui intéresse le cinéaste, c’est le bouleversement que celle-ci provoque dans le microcosme qu’il analyse. Les rumeurs d’utilisations de missiles conditionnent davantage les habitants de l’immeuble que le missile qui s’abat en effet sur le toit de l’édifice : déjà, la peur naît de l’invisible tandis que ce qui se donne à voir est inoffensif.

Pragmatique, Shideh s’attache à ce qu’elle possède et néglige le monde extérieur qui le lui rend bien. Empêchée de reprendre des études de médecine à cause de son engagement politique, elle est désormais condamnée à enfermer ses rêves dans un tiroir et à mener sa mission de mère dans l’ombre de son mari. Elle vivote et s’entête à faire des pieds de nez au régime en place, passant le plus clair de son temps les cheveux nus à se trémousser devant des VHS de Jane Fonda. Progressivement, ses repères s’effondrent : les voisins déménagent les uns après les autres et les relations avec sa petite fille se désagrègent à mesure que les preuves d’une présence étrangère s’accumulent. Peu à peu, l’héroïne plonge dans la folie et les ténèbres et nous sombrons avec elle grâce à la maestria de Babak Anvari qui accompagne le moindre de ses faits et gestes en caméra à l’épaule et resserre les cadres lorsque le personnage se crispe. Confinée dans cet espace restreint, de plus en plus étouffant, Shideh est en proie à la paranoïa, cède doucement aux sirènes de l’horreur mais reste férocement debout pour protéger sa progéniture et, du même coup, se prouver qu’elle est une mère bienveillante.

En n’usant finalement que de ficelles traditionnelles, mais avec parcimonie, Anvari recrée une oeuvre classique mais résolument anxiogène. Il dépoussière le vieux théâtre de l’épouvante et fait souffler une brise rafraîchissante sur un genre englué dans la tendance aux jump scares. A l’image d’un Mister Babadook, Under the Shadow est un vrai film d’épouvante doublé d’un portrait de mère poignant.

(Article rédigé par Damien Taymans)

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