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BACK TO THE FEATURE - La Mecque du remake : Carrie

18 décembre 2013 | Par : Samuel Tubez

Est-ce bien utile ?

Bien qu’il ne soit pas une adaptation des plus fidèles au roman de Stephen King, le Carrie de Brian De Palma sorti en 1976 reste l’un des classiques indémodables du cinéma l’horreur, d’ailleurs toujours adulé par les teenagers d’aujourd’hui qui continuent à se le repasser lors des fêtes d’Halloween. Un succès public doublé d’une belle reconnaissance critique, le film étant généralement considéré comme étant un chef d’œuvre (ce que l’on ne contredira pas). Le seul et unique intérêt d’en sortir un remake se basant quasi exclusivement sur le film culte et non sur le livre original est donc le pognon. L’utilité est donc toute relative pour les spectateurs mais est bien sûr très lucrative pour les producteurs, le film ayant d’ores et déjà plus que doublé sa mise au niveau mondial. Bref, tout ça pour vous dire qu’il n’a pas été facile de trouver sept véritables différences entre les deux films (les deux plus grosses étant le talent et l’inventivité) et, surtout, qu’il ne faut pas aller voir ce film mais plutôt vous (re)diriger vers le De Palma.

Le jeu des 7 différences

> La relation entre Carrie et sa mère est ici grandement revue à la baisse. Margaret White est une bigote possessive et Carrie est une ado mal dans sa peau qui va se révolter en laissant exploser son pouvoir. Point. Exit toute l’ambiguïté existant dans le film de De Palma.

> Les protagonistes n’ont plus vraiment la même allure. Les deux plus importantes différences concernent Chloë Grace Moretz, physiquement bien moins "vilaine" que Sissy Spacek dans le rôle de Carrie et qui s’avère même plutôt mignonne (voire carrément bonnasse me souffle cet obsédé de Quentin Meignant) ainsi que le rôle de Tommy Ross, qui accompagne Carrie lors du bal, qui est tenu par le blond bouclé William Katt dans le film original. Ici, c’est Ansel Elgort, un brun arborant la même coupe que James Dean.

> Les sévices corporels que s’inflige Margaret White sont davantage montrés dans la version 2013, notamment lors d’un plan de très mauvais goût filmé en contre-plongée sur la jambe de Julianne Moore qui se gratte au sang avec un cintre. Beurk !

> Technologies contemporaines oblige, les smartphones et autres écrans intempestifs pullulent à l’image, jusque dans la scène du bal où le lynchage de Carrie est diffusé sur un écran géant. Bien évidemment, cet « apport » contemporain n’est jamais intelligemment mis en évidence ou en perspective. Dommage.

> Technologie toujours avec l’apparition d’effets numériques qui sont non seulement grossiers mais aussi franchement dispensables. L’exemple le plus flagrant (voire scandaleux) : le sang de porc qui se répand sur Carrie lorsqu’elle est sur scène. Pourquoi l’avoir remplacé par un effet numérique et non du faux sang ? Nan mais pourquoi tant de haine ?! Mes yeux en saignent encore.

> Restons dans la séquence de dévastation finale où Carrie semble avoir un peu trop regardé X-Men et ses suites. L’ado se prend en effet désormais pour Magneto en flottant dans les airs et en faisant carrément léviter une voiture ! Affligeant.

> L’épilogue s’avère différent d’une version à l’autre même si on y voit dans les deux films Susan venant se recueillir sur la tombe de Carrie. Dans le film de De Palma, la scène prend les allures vaporeuses d’un rêve qui tourne au cauchemar lorsque la main de Carrie vient saisir la fille qui se réveille alors en hurlant. Dans le film de Peirce, il ne s’agit vraisemblablement plus d’un rêve mais bien de la réalité et l’on y voit la pierre tombale se fendre avec fracas. Mouais.

Innovation ou repompage éhonté ?

Repompage éhonté évidemment ! Hormis une introduction absente du film original, le film de Kimberly Peirce reprend les évènements du film original dans le même ordre et sans le moindre effort. S’il est difficile d’atteindre la maestria d’un Brian De Palma à la mise en scène, la réalisatrice aurait au moins pu essayer d’y apporter sa touche féminine, de coller un peu plus au style épistolaire du roman de Stephen King ou, soyons fou, de faire preuve d’un peu de talent et d’inventivité. Au contraire, tout est ici copié, voire simplifié, et il manque, comme dans la plupart des remakes, de l’audace, du talent et de la créativité. Aucun effort n’est mis en œuvre, tout est fait pour facilement charmer un public d’ado davantage baigné par les télé-réalités que par le 7ème Art. Un dernier exemple pour bien enfoncer le clou ? Prenons la scène du slow dansé par Carrie et Tommy lors du bal. Dans le film de 1976, cette scène est littéralement étourdissante : De Palma a eu l’idée de placer ses acteurs sur une plate-forme tournant de plus en plus vite et il a filmé avec une caméra qui tournait autour d’eux en sens inverse. Résultat : cette scène est vertigineuse d’un point de vue visuel mais exprime aussi le tourbillon amoureux dans lequel se retrouvent Carrie et Tommy lors de ce moment intime et privilégié. Dans le film de 2013, la scène est shootée on ne peut plus ordinairement, les protagonistes citent « Dancing with the Stars » et…c’est tout ! Triste époque…

Ca l’affiche mal

L’affiche originale, très « pub comparative », nous montre Carrie avant et après l’ultime outrage. Pas foncièrement jolie et dévoilant même un aspect majeur du film (aujourd’hui on crierait au spoiler), elle a tout du moins imposé l’image culte de cette adolescente vengeresse recouverte de sang tout en démontrant l’ambiguïté de sa personnalité. Une image simple, bouleversante, efficace. Deux accroches, respectivement en haut et en bas complètent ce poster sur fond noir : « Si vous avez un goût pour la terreur, emmenez Carrie au bal de fin d’année » et « Si seulement ils savaient qu’elle avait le pouvoir ». Le titre du film bénéficie quant à lui d’une curieuse typo ondulée digne d’un film de monstre aquatique. Drôle de choix…
La plupart des affiches de 2013 (car aujourd’hui on ne se contente plus d’un beau poster mais de 15.000 moches) reprennent l’image de Carrie souillée par l’hémoglobine. Dans l’exemple ici choisi, la pose y est nettement moins inquiétante, Carrie y arborant presque un sourire. La pose est iconique et quasi héroïque, à tel point qu’on pourrait la confondre avec la Phoenix des X-Men (eh oui, encore). Fond noir toujours, titraille en ligne droite cette fois et accroche discrète en dessous du titre : « Vous connaîtrez son nom ». Ben ouais ducon, c’est écrit juste au-dessus ! Sans blague, on aurait déjà pu faire la critique du film rien qu’en regardant l’affiche : sans imagination ni ambiguïté, répétitif et tape à l’œil plutôt qu’horrifique. La prochaine fois, regardez bien les posters autour de vous avant de choisir votre ticket !


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