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BACK TO THE FEATURE - La Mecque du remake : Maniac

10 juillet 2013 | Par : Samuel Tubez

Maniac

Est-ce bien utile ?

En 1980, William Lustig nous assénait avec Maniac un de ces uppercuts dont il est bien difficile de se relever. Sommet du film de psycho killer dérangeant, l’œuvre n’a aujourd’hui rien perdu de sa force, demeurant aussi moderne dans sa mise en scène que choquante sur son fond. Un film unique, une expérience sans nulle autre pareille, un choc cinématographique aussi rare que précieux. Une fois de plus, en faire un remake est donc peine perdue. Pourtant, voir Alexandre Aja et Grégory Levasseur s’y pencher (les deux compères étant producteurs et scénaristes de la chose) est bigrement intéressant, les inséparables français étant parvenus à emballer avec humilité deux des plus enthousiasmants remakes de ces dix dernières années : le brutal La Colline a des yeux et le jouissif Piranha (oui, bon, il y eu aussi Mirrors mais passons-le sous silence). Pour compléter l’équipe, ils choisissent de placer leur ami Franck Khalfoun (le passable P2) à la réal’, de choisir une gueule en totale opposition avec le physique imposant de Joe Spinell (en l’occurrence Elijah Wood) et de s’octroyer l’aval de Mister Lustig himself qui produit également la chose. Des noms qui, dans l’ensemble, rassurent, d’autant que l’œuvre ici présente ne manque pas d’idées et de variations.

Le jeu des 7 différences

> Le récit nous est quasi entièrement illustré en vue subjective, un procédé qui détonne face à la mise en scène anxiogène de Lustig.

> Pour représenter le serial killer Frank Zito, le visage grêlé ainsi le physique massif de Joe Spinell fait place à la gueule d’ange et la frêle silhouette d’Elijah Wood. Même si le Frank Zito composé par Joe Spinell pouvait faire preuve de charme (voir les scènes avec Anna, alors interprétée par Caroline Munro), cela apporte au Zito 2013 une dimension sensiblement plus « romantique » et « glamour » au personnage.

> Le récit illustre cette fois l’origine des traumas du tueur qui remontent à son enfance lorsque celui-ci, médusé, devait faire face à une mère cruelle (jouée par l’excitante America Olivo) s’adonnant à des actes sexuels débridés devant lui. Ces scènes créent une empathie plus importante pour le maniaque qui apparaît plus clairement comme une victime luttant sans cesse contre ses pulsions meurtrières (sentiment renforcé par l’omniprésence de ses pensées entendues en voix off).

> Cette version 2013 s’avère d’ailleurs nettement plus cul que celle de 1980, la mère de Frank s’y faisant saillir en pleine rue et notre tueur draguant des chaudasses et autres cougars qu’il exécutera faute de pouvoir les forniquer.

> Années 2000 oblige, Frank Zito peut maintenant profiter du net pour trouver ses victimes.

> Anna, la photographe interprétée initialement par la brune Caroline Munro prend ici les traits d’une blonde jouée par Nora Arnezeder (The Words).

> L’action se déroule désormais à Los Angeles et non à New York comme le film de Lustig…une ville que cette nouvelle version sublime plutôt qu’elle ne rend crasseuse !

Innovation ou repompage éhonté ?

Si rien n’est fondamentalement neuf dans cette relecture, le film s’affranchit toutefois du simple copié collé en reprenant certains passages obligés (les scalps, l’obsession des mannequins, le final cauchemardesque) qu’il détourne la plupart du temps sans bêtement refaire la moindre scène culte au plan près (la cultissime scène de l’explosion de tête - celle de Tom Savini - dans la voiture n’y est pas, par exemple). La plus grosse innovation du film reste bien sûr le choix de la vue subjective qui fait de cette version une œuvre tout à fait singulière doublée d’un regard littéralement neuf sur Frank Zito, d’autant que le procédé, incroyablement casse-gueule, est ici parfaitement exploité, prenant le soin de rendre chaque séquence lisible (pas de nausée « Cloverfieldienne » en vue, donc) et impressionnante (les meurtres demeurent bien craspecs). Jamais gratuit et évitant l’effet de simple gimmick, le "point of view" s’impose donc comme un véritable travail de narration mûrement réfléchi. Le spectateur est ainsi placé dans la peau du tueur et le malaise, différent que dans la version de 1980, est bel et bien toujours présent. Le choix d’un acteur au physique plus doux, voire « angélique », crée un décalage intéressant que ne possédait pas le film original. Certains allergiques à la trogne d’Elijah Wood sont bien forcés de ronger leur frein à la vision du Maniac 2013 d’autant que l’acteur s’en tire à très bon compte, livrant une prestation plus que correcte. Notons le travail et l’implication toute particulière de l’acteur, omniprésent sur le tournage malgré une grande majorité de scènes où il n’apparaît pas directement. Une présence et une aura tout à fait différente de celle de Joe Spinell, plus « romantique » diront certains, mais non moins prégnante et efficace dans le processus de cette effroyable descente aux enfers.

Ca l’affiche mal

Certaines affiches teaser reprenaient à l’identique le visuel de l’affiche originale. Néanmoins, ce fut finalement un montage photographique tout à fait différent qui fut choisi pour la version finale. Celui-ci résume parfaitement le film, recréant l’une de ses premières scènes où l’on observe à travers les yeux du tueur l’une de ses futures victimes déambulant dans une rue. La suivant en voiture, on aperçoit en haut de l’image le reflet du regard de Frank dans un rétroviseur, le chasseur dominant ainsi sa proie. Une affiche tout à fait efficace qui résume parfaitement l’ambiance générale du film (lumières verdâtres et présence de la ville en arrière-plan renforçant l’atmosphère délétère). On est toutefois en droit de préférer l’affiche de la version 80 avec son scalp placé au niveau du sexe du tueur, son couteau, son pantalon rougit par le sang, son fond noir et son titre précédé de l’avertissement « I warned you not to go out tonight ».
Aja et Khalfoun étant de grands amoureux de cette affiche culte, un clin d’œil lui est rendu au sein même du film par le biais d’un reflet dans une portière de voiture où l’on aperçoit le tueur tenant un scalp fraîchement exécuté.


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