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BACK TO THE FEATURE - La Mecque du remake : Evil Dead

10 juin 2013 | Par : Samuel Tubez

Evil Dead

Est-ce bien utile ?

Redouté, conspué avant même sa sortie ou à l’inverse attendu et rendu captivant grâce à une ribambelle de trailers sans concessions, le remake d’Evil Dead est désormais sur les écrans et tout un chacun peut enfin « légitimement » cracher son venin ou exprimer son enthousiasme sur la toile. Il faut dire que s’attaquer à un tel monument, véritable phénomène eighties de la série B qui a montré la voie et laissé derrière lui, outre deux suites aussi étonnantes que réjouissantes, un nombre important d’ersatz plus ou moins réussis, ça fait forcément jaser. Pourquoi donc remettre au goût du jour un classique du genre, un chef d’œuvre incontesté, puisque l’on sait par avance que l’on n’atteindra pas son excellence (Massacre à la tronçonneuse, The Thing, pour ne citer que ces deux-là). Il faut un cinéaste visionnaire (La Mouche de Cronenberg, The Thing de Carpenter) pour relever le défi, à moins que ce ne soit l’initiateur même du film original qui soit derrière... Ça tombe bien puisque c’est ici le cas, Sam Raimi, Robert Tapert et Bruce Campbell étant les producteurs/superviseurs de cet Evil Dead 2013 qui tâche aujourd’hui nos écrans. De quoi calmer les ardeurs, mais ce n’est pas gagné pour autant !

Le jeu des 7 différences

Voici 7 différences majeures entre le remake et le film original. Preuve que le nouvel Evil Dead n’est pas qu’un simple copié-collé, il y a d’autres nombreuses divergences que nous vous laisserons le plaisir de découvrir par vous-même :
/ !\ Attention ! Alerte spoiler ! / !\

> Un prologue très « dans l’air du temps » nous plonge cette fois directement dans l’action et l’horreur sans aucune finesse. Celui-ci nous montre, sous les yeux de personnages très freaky, un père obligé de purifier par le feu sa fille, victime de l’entité démoniaque. Une scène « supplémentaire » pas vraiment utile.

> David, que l’on assimilera un peu trop vite à Ash, arrive à la cabane (qui appartenait à ses parents) aux côtés de sa petite amie afin d’y rejoindre sa sœur cocaïnomane et des amis, bien décidés à aider cette dernière pour un sevrage « à la dure ». Dans le film original, Ash et ses comparses y allaient « simplement » pour flagorner durant leurs vacances. Les relations entre les personnages s’en voient donc grandement approfondies.

> Un chien fait désormais partie de l’action...pour très peu de temps car il sera le premier à crever ! On n’a toujours pas compris l’intérêt.

> Le Livre des morts, qui n’est plus accompagné d’un magnétophone, est désormais scellé et comporte des avertissements sur chacune de ses pages. Son côté mystérieux et démoniaque en prend un coup (d’autant que l’on préfèrera nettement les illustrations originales de Tom Sullivan à celles, très quelconques, qui sont présentées ici), le bouquin apparaissant davantage ici comme un mode d’emploi sur les cas de possession. Dans la seconde partie du film, on y suivra effectivement à la lettre les recommandations et ses diverses illustrations se matérialiseront telles quelles à l’écran jusqu’à un final apocalyptique.

> Plusieurs clins d’œil et passages gores/dérangeants rendent hommage au film original. La plus importante est la scène du viol végétal qui est désormais complètement assumée (voire encore plus crue, puisque l’on voit sans équivoque un branchage poisseux entrer littéralement dans la protagoniste par son intimité). Notons également qu’une main est possédée comme dans Evil Dead 2 mais cela n’a ici rien de drôle, l’amputation étant parfaitement douloureuse...et inefficace !

> Le ton de ce remake est d’ailleurs nettement plus grave. On l’a vu plus haut, dès le départ les protagonistes ne sont pas là pour s’amuser ! De plus, les possessions ne sont en rien grotesques et même les deadites ne rient plus (ou peu). On n’est clairement pas là pour déconner !

> Le final, grandiose, est diamétralement différent de l’original, se concentrant sur la relation frère/sœur et le sauvetage de cette dernière plutôt que sur la destruction du Necronomicon. Après une conclusion éreintante, on se rend alors compte que David n’était pas le pendant moderne de Ash et que le véritable héros/survivant est désormais…une héroïne !

Innovation ou repompage éhonté ?

Le réalisateur Fede Alvarez justifie donc désormais cette « mise au vert » (qui tournera au rouge) par la présence d’une protagoniste cocaïnomane en plein sevrage, épaulée par un frère qui s’est écarté de la famille ainsi que d’amis proches décidés à soutenir la junkie. Une bonne idée en soi, Ash et ses amis dans le film original n’étant pas plus attachants que cela et nullement profonds. Mais là où ça devient gênant, c’est que vu l’état vétuste du lieu et le manque d’équipement emmenés par les protagonistes (on y panse une plaie avec du gros adhésif !), on se demande réellement pourquoi ils y restent (une clinique spécialisée aurait été plus efficace, non ?). Mais le temps qu’ils s’en rendent compte, les choses ont dégénérées et il est déjà trop tard (une montée des eaux remplace l’effondrement du pont et les voilà coincés dans le chalet maudit). En effet, une odeur pestilentielle les as attirés dans la cave, où ils découvrirent le Necronomicon soigneusement scellé et remplis d’avertissements en tous genre (« n’ouvrez pas ce livre », « vous brûlerez en Enfer », etc.). Pas bien malin, l’un des protagonistes a été à l’encontre de ces recommandations allant jusqu’à déchiffrer et lire à haute voix les incantations démoniaques. L’indicible entité en vue subjective reprend donc du service et commence ses méfaits par la junkie qui, après un viol végétal en bonne et due forme dans les bois se fera enfermer à la cave. Passages obligés où la moindre scène culte de l’œuvre originale est restituée avec révérence : check. On se situe alors à une bonne demi-heure de métrage lorsqu’une seconde protagoniste présente les premiers symptômes de possession (juste avant l’entracte, pour ceux qui vont encore voir les films en salles).

Jusque-là moyennement convaincant et relativement futile, le remake s’envole alors de ses propres ailes, monte en puissance et propose un contenu plus ou moins inédit (ou tout du moins, il parvient à détourner intelligemment les passages obligés de l’original). Les possessions, massacres et autres sévices rivalisent d’inventivité et s’avèrent de plus en plus gore (les effets spéciaux, pour la plupart physiques et non numériques, sont saisissants), faisant de cet Evil Dead 2013 un produit sans compromis et jusqu’au-boutiste tout à fait réjouissant par les temps frileux qui courent. De plus, loin de n’être qu’une accumulation de séquences-chocs, le film de Fede Alvarez parvient à maintenir une réelle tension jusqu’à son final où le sort des survivants entre véritablement en jeu. Outre cela, l’œuvre possède une photographie absolument renversante signée Aaron Morton qui surpasse sans mal la lumière approximative du film de 1981 (qui en fait son charme, mais qui aurait eu une putain d’allure s’il avait eu les moyens de s’offrir une telle image !) ainsi qu’une bande-son orchestrée par Roque Banos qui rend parfaitement hommage au travail de Joseph LoDuca. Certes, au final il ne s’agit pas d’un remake qui apporte énormément ou qui nous fera oublier l’original, mais on est tout de même là face à l’une des mises à jour les plus audacieuses et jusqu’au-boutistes qu’il nous ait été donné de voir durant cette dernière décennie composée de remakes à la pelle souvent médiocres.

Ca l’affiche mal

La gent féminine est toujours à l’honneur mais cette fois, plutôt que d’être une simple victime en nuisette peinant à s’extirper de terre (l’imagerie de l’affiche originale sera d’ailleurs reprise dans le final de la version 2013), elle nous tourne le dos dans une posture mystérieuse qui évoque autant la souffrance qu’un hypothétique cas de possession.

Le dessin fait forcément place au photo-montage et à la couleur rouge étonnamment discrète, voire quasi absente à l’époque, inonde désormais l’image, évoquant les débordements gore pleinement assumés du lifting 2013. La typo du titre est sensiblement modifiée, souillée et teintée de jaune tandis que la tagline publicitaire envahit une bonne partie du visuel alors qu’elle se faisait bien plus discrète à l’époque. Notons également qu’elle était authentique (il s’agissait d’une citation de Stephen King en personne qui s’était écrié « The most ferociously original horror film of the year ») et non inventée de toutes pièces comme aujourd’hui (« The most terrifying film you will ever experience »).


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