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BACK TO THE FEATURE - La Mecque du remake

27 mai 2012 | Par : Fred Bau

Wolfman

"Même celui dont le cœur est pur, qui le soir dit sa prière, peut devenir une bête lorsque fleurit l’aconit, et resplendit la lune d’automne".
(Curt Siodmak)

Une fort longue éclipse lunaire

Bien que les loups-garous et les vampires soient des créatures nocturnes étroitement liées dans le folklore européen, et bien que Bram Stoker ait réuni les deux légendes dans son chef-d’œuvre Dracula, le loup-garou, contrairement au Saigneur de la nuit, et contrairement même à la créature de Frankenstein, n’est jamais devenu l’objet d’un grand classique littéraire. C’est donc plus dépouillé que ses deux homologues, même si couvert de poils, et déjà présent dans la littérature grecque antique, que notre canin préféré a fait son entrée chez Universal Pictures avec le Werewolf of London de 1935. Cette mouture, qui appartient aujourd’hui à l’histoire, fut considérée par la critique de l’époque comme trop similaire au Dr Jekyll et Mr Hyde de 1931. Elle s’inspirait néanmoins de la première véritable ébauche de script consacrée à la bête, écrite pour Boris Karloff, par le scénariste et réalisateur français Robert Florey, qui avait été auparavant censurée par les studios, en raison d’une transformation dans un confessionnal. Et elle remettait déjà entre les mains du "bricoleur de génie", Jack Pierce, la tâche de donner une figure au bestial toutou. La plastique du maquillage de ce dernier, jugée trop horrifiante, et soulevant des difficultés d’expressions faciales, fut cependant modifiée.

Premières morsures

Il faudra donc attendre 1941 et The Wolf Man, pour que ce cher lupus, boudé par la Littérature, et muselé par le cinéma, passe enfin du stade des légendes folkloriques lycanthropiques, ou de toutou accessoire, à celui de créature du septième art de genre à part entière, disposant enfin de ses propres codes fictifs. Ne reprenant que le titre de l’ébauche de Florey, et ne s’inspirant que fort peu des légendes immémoriales, le romancier et scénariste Curt Siodmak, qui avait dû fuir l’Allemagne Nazie, élabora son propre mythe, en redressant l’incontrôlable monstre, jusqu’ici des plus mal brossé, sous une double tension narrative. D’une part, il développa son histoire sous l’angle d’une malédiction fatale qui frappe une famille et son entourage, en lui insufflant une dimension tragique (pour Siodmak, le loup-garou tue en place et lieu où les dieux tuent dans la tragédie grecque) et romantique (la bête veut tuer la belle que l’homme aime). De l’autre, il sut saisir les possibilités métaphoriques qu’offrait le Canis lupus, et s’engagea sur le terrain politique, en appréhendant et dénonçant la monstruosité avec laquelle le nazisme était en train de condamner à mort des millions d’individus marqués d’une étoile (métaphore que John Landis saluera dans Le Loup-garou de Londres). Le personnage central de Larry Talbot/The Wolfman, d’abord destiné à Boris Karloff, sera finalement remis au massif Lon Chaney Jr. Ce dernier, cantonné par les studios aux seuls rôles de monstres, s’appropria le personnage pour les cinq péloches qui marquèrent, de la griffe de la bête,
l’âge d’or des films d’horreur de Universal. Il supporta donc, le temps d’une franchise d’abord commerciale, et désormais classique, les interminables séances de maquillage de Jack Pierce, qui put enfin laisser libre court à la valeur horrifique du faciès anthropomorphique de sa créature.

La face cachée de la Lune

Le remake de Joe Johnston est beaucoup plus qu’un remake, et s’inscrit comme un événement exceptionnel dans un paysage contemporain où des remakes souvent dispensables tombent du ciel comme des grenouilles et des escargots. S’il suit le canevas original du film de George Waggner, et respecte ses canons, il prend aussi de nombreuses libertés narratives, et enrichit considérablement la dimension tragico-romantique du scénario originel de Siodmak, en oblitérant sa portée politique. De plus, il accapare 60 années de cinéma qui ont contribué, souvent chaotiquement, à construire et définir (ou redéfinir) les codes d’une créature qui sans le cinéma, n’aurait jamais atteint le stade d’un mythe fantastique.

Scrupuleusement fidèle à la plupart des critères fondamentaux élaborés par la franchise dorée de Universal, mais puisant aussi à ce qui s’est fait par la suite, le remake n’a manifestement pas eu d’autres ambitions que d’en creuser le sillon. The Wolfman deuxième du nom nous convie donc, plutôt qu’à une refonte horrifique d’un alliage visuel et thématique qui fit le succès 80’s de Hurlements et du Loup-garou de Londres, à un méticuleux et très sérieux travail de restauration cinématographique. A ce titre, les maquillages de Rick Baker reprennent le faciès de Jack Pierce. Joe Johnston, arrivé quant à lui sur le tard pour réaliser un projet qui avait souffert de nombreuses difficultés, et ne disposant que de peu de temps, fera preuve d’une étonnante maîtrise esthétique de son art. Conscient de s’attaquer à une créature dont la légende est des plus imposantes, et, pour le meilleur et pour le pire, maintes fois explorée par le cinéma depuis 1941, il ne prétend à aucun moment à l’exercice de style innovant dans le registre du fantastique. Au contraire, n’espérant pas créer la surprise de ce côté-là, il ne cherche pas à éviter les clichés et le déjà-vu, et les exploite comme des fondements indispensables, en bénéficiant de techniques dont n’aurait pas même osé rêver Waggner.

Ainsi, le petit monstre des montagnes d’Inde, qui représente la source mystérieuse du "virus", et vient hanter Lawrence Talbot, fait écho à la bête tibétaine qui, dans Le Monstre de Londres, inflige la première morsure néfaste (1935). La transformation dans l’hôpital, et le combat final entre deux monstres, rappellent Frankenstein rencontre le loup-garou (1942). Le fait que la bête soit tuée par la belle, évoque La maison de Frankenstein (1944). La dimension psychiatrique d’un scénario qui exploite le thème de la maladie mentale a déjà été développée dans La maison de Dracula (1945). Les aspérités pathétiques de la malédiction ne sont pas sans rappeler celles de La Nuit du Loup-garou (1961). La course-poursuite dans les rues de Londres emprunte quant à elle beaucoup à celle du Loup-Garou de Londres (1981).

Noctambulisme

Joe Johnston semble aussi avoir été tenté de jouer sur le double registre de l’horreur et de l’humour noir. Pour preuve (s’il en faut une), la scène décalée où le wolfman arrive dans un bal masqué, et qui a été finalement écartée (cf. les scènes coupées du dvd). A la lumière de celle-ci, et des quelques traits d’humour qui parsèment parcimonieusement le film sans entamer sa tension dramatique, on peut se risquer à lire en filigrane, dans la transformation de l’hôpital psychiatrique, un éloge du genre fantastique qui reprend son bien, et se paye le luxe de faire un pied de nez gore à la psychiatrie (dont les balbutiements considéraient, il n’y pas si longtemps que ça, la lycanthropie comme une maladie mentale avérée). Le film tolère même une double lecture, comme si, sous le vernis romantique et tragique, s’était tissé un pamphlet cruel du complexe d’Oedipe, qui atteint son apogée lycanthropique dans le combat final - en somme, un petit théâtre de la cruauté - délicieusement sauvage et gore. Quoi qu’il en soit, et quelles que puissent être les intentions qu’on leur prête, The Wolfman regorge de références et de clins d’œil cinématographiques et extra-cinématographiques, qui doivent être avant tout appréciés pour ce qu’ils servent : un formidable travail de synthèse, tant scénaristique que graphique, élaboré à partir d’un matériel original, et de fragments désordonnés épars dans le temps.

La Pleine Lune

La surprise du film ne réside donc pas dans son élément purement fantastique, même s’il se voit doté d’une touche gore intelligemment dosée, qui était totalement absente dans le modèle original. Elle réside beaucoup plus dans la narration dramatique qui le sous-tend, et l’installe dans une réalité historique. Faisant appel à deux acteurs de fortes statures (le monstre appelle des monstres), Anthony Hopkins et Benicio Del Toro, le remake serre le nœud de la notion de malédiction filiale autour du coup d’une famille anglaise aristocrate du XIXème siècle (siècle où, rappelons-le, furent écrits Dracula et Frankenstein). A l’image de sa classe sociale, cette famille, déchirée par de terribles secrets intestins, est sur le déclin, alors que peu à peu, en Europe, se met en place l’État de droit. La superstition est encore très prégnante dans les campagnes, tandis que le pouvoir spirituel de l’Église s’amenuise, et que dans les villes, les sciences humaines prennent leur envol.

Le mythe fantastique, totalement dégagé de la diversité folklorique (cf la remarquable scène où le Loup Garou chevauche une statue de gargouille), s’enracine dans cet approfondissement d’un drame familial qui, bien qu’il en subisse les effets, se déroule à l’écart d’une société en pleine mutation, où le Wolfman n’apparaît que pour abattre son courroux sanguinaire. En ceci, le remake parachève la dimension fataliste et tragique d’inspiration gréco-romantique imaginée originellement par Curt Siodmak, et accorde beaucoup plus de force et d’importance au personnage secondaire du père Talbot, qui, résolument maudit, incarnera l’instinct intemporel du prédateur. Ce second The Wolfman accomplit donc l’unité d’un récit complet, dont les emprunts sont multiples, et le thème foncièrement dual, sans pour autant céder aux facilités d’un moralisme dualiste. Il permet en outre de développer un romantisme plus sombre, plus crédible, d’une étonnante sobriété, et procure un statut primordial au premier rôle féminin. L’occasion pour Emily Blunt de camper une superbe Gwen Conliffe, qui loin de subir éplorée cette réanimation du mythe de la belle et la bête, s’y confronte, et l’assume jusqu’au bout.

Malédiction, malédiction...

Une légende dit qu’il y aurait une malédiction selon laquelle la plupart des remakes sont voués à être moins bons et moins marquants que les originaux. Si tant est que cette malédiction existe, The Wolfman de Joe Johnston ne fait pas seulement partie des métrages qui y échappent. Il fait partie de ceux qui la transcendent. En dépit de quelques petites fautes de raccord qui trahissent probablement plus la précipitation de la production que le talent de ce réalisateur, ce film est au mythe du loup garou ce que le Dracula de Coppola est à celui du vampire : un monument cinématographique traitant d’une des plus grandes figures du genre fantastique. A cette différence près que Dracula est l’adaptation d’un chef-d’œuvre littéraire, alors que The Wolfman est un enfant tumultueux, lentement et douloureusement accouché par le Cinéma. Ce que la majorité de la critique, qui a fustigé ce film lors de sa sortie, alors qu’elle avait reçu favorablement Dracula, ne semble pas avoir encore assimilé.

Commentaires

C’est vraiment du bon travail, je vais parcourir le reste du site. Je n’ai pas l’habitude de commenter, mais là je me suis senti obligé !

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5 août 2012 | Par Vanessa

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