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BACK TO THE FEATURE - Disney oh nice

15 novembre 2010 | Par : Damien Taymans

Les trois petits cochons

Boulimique du folklore merveilleux européen, Walt Disney veut se faire passeur et rouvrir aux foules l’accès aux contes traditionnels du vieux continent. Comme arme, il opte pour le medium des dessins animés : cet art naissant semblant être le seul capable de redonner leurs lettres de noblesse aux contes de fées. L’une des premières illustrations est Les trois petits cochons (Three little pigs), intégré au programme des Silly symphonies dont sont friandes les têtes blondes américaines. Au contraire des courts métrages mettant en scène les iconiques Mickey Mouse, Dingo et Donald Duck, cette série capitalise sur la variété et la multiplicité des personnages, la plupart appartenant au règne animal. Les trois petits cochons fait à ce titre office d’exception comme le souligne l’un des représentants d’United Artists : "Le dernier dessin animé envoyé par Walt , Father Noah’s Ark, nous montrait des animaux en pagaille. A présent, il nous en offre seulement quatre."

Vieux du XVIIIème siècle (voire encore avant), ce conte de tradition orale a parcouru l’entièreté de l’Europe occidentale, se pliant à chaque nouvelle occurrence à des transformations et évolutions diverses. La version dont s’est inspiré Walt Disney est celle de James Orchard Halliwell-Philipps parue en 1843 dans Nursery Rhymes and Nursery Tales. Conservant la cruauté originelle des contes pour enfants, l’auteur britannique offrait un funeste destin aux deux premiers cochons, pensionnaires respectifs d’une maison de paille et de bois, monuments de niaiserie en totale opposition avec le troisième porcelet qui dupe le grand méchant loup à de nombreuses reprises. Le génie de la version proposée par les studios Disney tient autant dans l’édulcoration du propos (le Bien l’emporte irrémédiablement sur le Mal non sans qu’une moralisation ait lieu) que dans le renouvellement des personnages. Ceux-ci se voient simplifiés et caricaturaux, agrémentés au passage de connotations sociales. Ainsi, le grand méchant loup avec son poil hirsute, sa langue pendante et sa salopette bleue ressemble à un rôdeur suburbain tandis que la mine enjouée et bouffie des cochons, sortes de produits de charcuterie animés, draine d’emblée la sympathie de l’assistance qui voit en eux de véritables héros. Le bleu de travail du dernier cochon, symbole du col bleu traditionnel, illustre la lutte des classes sociales qui sévit d’autant plus gravement lors de la Grande dépression des années 30. Les trois petits cochons deviendra d’ailleurs un hymne contre cette époque de dépression économique et l’entêtant "Qui a peur du grand méchant loup ?" un cri de ralliement national.

Réalisé en un temps record, le film n’est programmé dans un premier temps qu’au Radio City Music Hall de New York. L’engouement des spectateurs pour cet énième cartoon de Disney est sans précédent et le film se pare bientôt d’une sortie dans les cinémas de quartier newyorkais avant de conquérir l’entièreté du territoire américain. Une salle de New York conserva si longtemps le film à sa programmation que le directeur en modifia l’affiche et rajouta des barbiches aux petits cochons ; plus la diffusion se prolongeait, plus les barbes s’allongeaient. Au vu du succès monumental de cette fable porcine, les dirigeants d’United Artists en commandèrent d’autres aux écuries Disney. D’abord sceptique, Walt se laissa finalement convaincre et trois suites ont été données aux Trois petits cochons : Le grand méchant loup (The big bad wolf, 1934), Les trois petits loups (Three little wolves, 1936) et Le petit cochon pratique (The practical pig, 1939). Aucune de ces suites n’égalait en qualité l’original qui devait être récompensé la même année dans une catégorie toute nouvelle dans le palmarès des Oscars, celle du Meilleur court-métrage d’animation.

Monument d’humour (le tableau "Father" représentant un chapelet de saucissons dans la maison de briques) et d’intelligence (la personnification des plus actuelle), Les trois petits cochons sera évidemment passé au crible de la critique et d’une certaine morale bien-pensante qui mettra en exergue l’ambiguïté du déguisement arboré par le loup en fin de métrage. Masqué et vêtu en vendeur israélite, le loup symbolisait pour certains la menace juive, ce qui valut à Disney d’être taxé d’antisémitisme. Un débat remis au goût du jour suite à la naissance de la première héroïne noire dans La princesse et la grenouille.

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