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BACK TO THE FEATURE - Disney oh nice

17 mars 2011 | Par : Damien Taymans

Blanche-Neige et les 7 nains

Contrairement à ce qu’affirme la croyance populaire, Blanche-Neige et les sept nains n’est pas le premier long-métrage d’animation. Pionnier dans son pays, il a connu trois prédécesseurs qui ont consommé leur quota de bobines : El Apostol, film argentin en 1917 de Quirino Cristiani qui réitère en 1931 avec Peludópolis, le premier dessin animé sonore en long métrage. Ces deux longs animés en papiers découpés d’origine argentine sont bientôt suivis en 1936 par le transalpin Le Avventure di Pinocchio. Malgré les essais antérieurs, l’entreprise de Walt Disney en cette décennie de produire un long-métrage animé passe pour pure folie. Les journaux baptisent même le projet "Folie Disney". Personne ne songeait à l’époque créer un cartoon d’une heure et demie pour la simple et bonne raison que soutenir l’intérêt des spectateurs semblait infaisable et que la succession des gags dont le genre s’est fait le vecteur ne tient la route que sur une courte durée. Pire, les spécialistes de l’époque s’entendent pour affirmer que les couleurs vives feraient mal aux yeux de l’assistance et que celle-ci risquerait même la cécité. Ces rumeurs n’entachent pas la volonté de Walt Disney qui poursuit cette chimère pour des raisons autant artistiques que financières.

Financièrement, le studio se trouve de plus en plus à la peine : les courts-métrages se font plus onéreux et leurs bénéfices de plus en plus maigres. C’est que les dessins animés ne ramassent que les restes des recettes des exploitants de cinéma. Artistiquement, le format long permet de développer davantage des personnages auxquels le public peine à s’attacher. Disney prend donc la décision qu’ont prise avant lui Charlie Chaplin ou Laurel et Hardy afin de pérenniser le registre comique dans lequel ils s’illustraient. Le pari était des plus risqué pour les studios Disney dont les fonds fondent comme neige au soleil. Optimiste, le producteur table sur un budget de 400 000 dollars pour monter Blanche-Neige. Sur le terrain, la réalité est tout autre : plus les mois passent, plus le film devient coûteux. Roy Disney, responsable de la budgétisation de l’entreprise, éprouve des difficultés à contrôler l’enthousiasme et le perfectionnisme de son frangin. Acculé, il lui suggère de présenter le film à la Bank of America. Une projection improvisée a donc lieu avec un matériel incomplet : certains dessins n’existent encore qu’à l’état d’esquisses et le son est absent de la bande. Disney doit lui-même commenter les scènes, déclamer les dialogues, chanter les chansons. Il parvient finalement à convaincre les investisseurs qui signent le chèque et lui permettent de poursuivre sa folie. The rest is history : le film est finalement terminé deux semaines à peine avant la programmation de sa première, le 21 décembre 1937 au Carthay Circle Theater d’Hollywood. Le succès est immédiat et aujourd’hui encore le film constitue l’un des inébranlables classiques produits par l’écurie aux grandes oreilles.

La date de cette première projection correspond à celle d’une autre version cinématographique du conte des frères Grimm. Une version qui a d’ailleurs son importance dans le cheminement du projet. Sorti à la même date vingt-et-un ans plus tôt, le long métrage de J. Searle Dawley marque de manière indélébile le futur producteur Disney. Tant et si bien que l’idée d’en offrir une version animée le hante dès l’aube des années 20. Blanche-Neige et les sept nains succèdera ainsi au film de Dawley, aux versions muettes de 1910 et 1913 et au court animé et sonore produit par la Paramount avec Betty Boop dans la peau de l’héroïne en titre.

Un siècle après la publication des frères Grimm (1832), le conte connaît une véritable renaissance sous les mains habiles et expérimentées des artisans de Disney productions. A telle enseigne que le film marque un tournant dans l’histoire du cinéma au même titre que le Naissance d’une nation de Griffith. Au sein de la production, tous les films futurs seront mesurés à l’aune de Blanche-Neige et, en marge, de nombreux réalisateurs (dont le géant Orson Welles et son Citizen Kane) s’inspirent du chef-d’oeuvre de Disney. Il faut dire que les talents de conteur de Walt Disney et la minutie des animations des techniciens donnent définitivement au dessin animé ses lettres de noblesse. Savant mélange de tragique et de comique, Blanche-Neige et les sept nains gagne les coeurs d’un très large public grâce à ses personnages attachants et à la lutte manichéenne qui anime l’oeuvre (la reine, méchante charismatique, persécute l’innocente Blanche-Neige) et, par extension, les émotions des spectateurs. Plus éternelle que celles qui tapissent le Kilimandjaro, la neige qui représente la pâleur diaphane de la sublime princesse continue de recouvrir les songes de générations entières de têtes blondes...

Commentaires

Le premier vrai long métrage d’animation est "Les aventures du prince Ahmed" de Lotte Reiniger sorti en 1926, film allemand d’une beauté éclatante inégalé à mon avis encore aujourd’hui.

22 juin 2011 | Par Robert Turel

Blanche-Neige était effectivement une grosse fadasse.

18 mars 2011 | Par Damien

Très beau papier ! Et qu’est-ce qu’elle était excitante, la reine !
Une pure incarnation érotique portée sur grand écran, domina avant l’heure...
Bien plus attirante que la diaphane Blanche-Neige ;-)

18 mars 2011 | Par Vivadavidlynch

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