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15 décembre 2011 | Par : Seb Lecocq

Hiruko the Goblin

Hiruko The Goblin est un drôle de film. Il occupe une place particulière dans la filmographie de son auteur, le génial Shyn’ia Tsukamoto. Réalisé un an après la sortie de son Tetsuo, réalisé en totale autarcie, il voit l’entrée de son auteur, chantre de l’underground nippon et du cyber punk, dans le cinéma grand public en signant l’adaptation d’un manga « Yôkai Hantâ - Kairyûmatsuri no Yoru » de Daijiro Moroboshi. Dans ce film, Tsukamoto raconte l’histoire de Reijirô Hieda, un archéologue banni de l’académie des sciences à cause de certaines théories jugées farfelues par sa hiérarchie. Un ami lui affirme avoir découvert un tombeau renfermant des démons. Hieda, qui voit là le meilleur moyen de réintégrer son poste, décide de se rendre sur place afin d’y mener sa petite enquête. Il y découvre que son ami et l’une de ses élèves, la jeune Reiko, ont disparu sans laisser la moindre trace. Les rumeurs font écho d’une ancienne légende mettant en scène monstres et esprits démoniaques divers. Une histoire classique, bien éloignée des préoccupations habituelles de Tsukamoto.

A l’époque, la fanbase naissante du réalisateur a perçu son implication auprès d’un grand studio comme une trahison et un reniement de ses idées et de ses méthodes de travail. Mais loin de se démonter, Tsukamoto réalise ce film et se fait connaitre d’un public plus large sans toutefois accéder à un statut de star de la mise en scène, Hiruko The Goblin restant un film d’horreur donc réservé à un public de connaisseurs. La vision du film peut, au premier abord, laisser le fan de Testuo perplexe par son classicisme et son respect des standards de l’horreur grand public. Point de montage épileptique, de stop motion ni de noir et blanc, une histoire linéaire, classique même. Avec Hiruko The Goblin, Tsukamoto trouve la possibilité de rendre hommage au cinéma et aux mangas de son enfance en réalisant un Yokai eiga. Si l’ouverture mainstream du film est visible dans la mise en scène plus apaisée, et le classicisme du scénario, le casting confirme cette orientation voulue par le studio puisqu’on retrouve des comédiens reconnus et/ou populaires tels que Kenji Sawada, Hideo Murota ou Kimiko Yo. Un nouvel « affront » fait aux fans de la première heure.

Hiruko fait figure de film maudit et mal aimé de la filmographie sans failles du réalisateur. Malgré l’amour que porte Tsukamoto à son œuvre, qu’il n’a jamais renié comme on a pu le lire, les fans ne le digèrent pas et ne le considèrent même pas comme un film de Tsukamoto à part entière. Comme un produit de la Shochiku, tout au plus. La déception, ainsi qu’un certain snobisme, peut expliquer la réaction épidermique des admirateurs de Tsukamoto qui se sont sentis trahis par le réalisateur, l’imaginant faire carrière dans le monde du cinéma grand public en devenant un yesman de plus. L’avenir leur donnera tort, le réalisateur enchainera ensuite avec des projets personnels et en phase avec ses thématiques et son style incendiaire avec Testuo II, Bullet Ballet et Tokyo Fist.

Vingt ans plus tard, les fans les plus irréductibles et l’histoire ont réhabilité Hiruko The Goblin. Même s’il ne s’impose pas comme un jalon essentiel dans la carrière de son géniteur, le métrage est, malgré tout, désormais considéré comme un excellent conte horrifique magnifié par quelques fulgurances made in Tsukamoto. Et en effet, si on compare le fil à la filmographie plus touffue aujourd’hui qu’à l’époque de sa sortie, on remarque une cohésion et homogénéité insoupçonnée lors de la sortie. En effet, on y retrouve une obsession pour la transformation du corps et de la chair, des déformations physiques croquignolettes et une certaine forme d’aliénation mentale induites non pas par la technologie mais par l’isolement cette fois. En outre, Tsukamoto a toujours clamé sa passion pour le fantastique old school et la tradition horrifique japonaise. On y trouve même des animations images par images comme dans le temps. Le film est aujourd’hui considéré comme un petit classique de la série B japonaise et une belle transposition du style tsukamotien dans un univers classique et grand public. Chose qu’il réitérera dans le futur avec Gemini, adaptation de l’auteur phare du fantastique old school nippon Edogawa Rampo et le premier épisode de Nightmare Detective. Finalement tout le monde a baissé les armes et en 2010, Hiruko The Goblin trouve sa place dans l’œuvre de Tsukamoto et se trouve parfaitement en adéquation avec les thématiques développées par l’auteur durant plus de 20ans. Du pur Tsukamoto donc.

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