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3 juin 2010 | Par : Damien Taymans

Des filles pour un vampire

Un quintet de danseuses, leur imprésario et un pianiste se retrouvent bloqués dans un no man’s land sous une averse. Guidés par un paysan, ils prennent la route du château du comte Kernassy, espérant que le propriétaire des lieux veuille bien leur offrir l’hospitalité en son huis pour la nuit. L’un après l’autre, le jardinier d’abord, la gouvernante ensuite, leur demandent de faire demi-tour car il n’est pas dans les habitudes du comte d’accorder aux étrangers des nuitées gratuites dans sa sinistre demeure. Mais le comte, apparemment envoûté par le minois de Vera, l’une des danseuses, consent à les garder pour la nuit, à la seule condition qu’aucun ne quitte sa chambre une fois la nuit tombée...

Très vite, l’industrie cinématographique italienne s’est inspirée des modèles anglo-saxons qu’elle pastiche jusqu’à plus soif. Aussi, lorsque les créatures de la nuit sont revenues mordre en plein jour sous la houlette de la Hammer films (et particulièrement de Terence Fisher et de son Cauchemar de Dracula), les Transalpins se sont lancés dans l’aventure vampirique, reprenant au passage l’atmosphère gothique propre au genre. En 1956 sort, deux ans avant le film de Fisher, Les Vampires de Riccardo Freda et Mario Bava qui marque autant les débuts transalpins des prédateurs nocturnes aux canines aiguisées que la reprise des affaires dans le domaine de l’horreur, genre banni sous le gouvernement de Mussolini. La production s’avère pour le moins chaotique, Freda claquant la porte après quelques jours de tournage et laissant au chef opérateur Mario Bava le soin de terminer son travail (à l’image de ce qui s’était déjà produit sur Caltiki). Aux côtés de Bava évolue un certain Piero Regnoli oeuvrant en tant qu’assistant-réalisateur.

La renaissance gothique vient de prendre ses marques en Italie avec, notamment, Le masque du démon de Mario Bava, oeuvre-charnière pour la production horrifique mondiale d’après certains analystes qui y voient le début de l’ère de la monstration. La même année, Regnoli reprend à son compte la mythologie du vampire avec Des filles pour un vampire (L’ultima preda del vampiro) qui recourt à l’intégralité de l’imagerie du vampirisme telle qu’elle est décrite depuis le début du siècle : le prédateur dort dans des cercueils, hante durant la nuit les couloirs d’un château gothique aux multiples couloirs et passages dérobés, plante ses canines dans le cou de ses proies pour se rassasier et ne craint rien tant que la lumière du soleil et les pieux dans le coeur. Regnoli livre ici un produit annonçant le vampirisme mêlé d’érotisme qui va dominer le genre durant quelques décennies : les corps des jeux femmes sont auscultés par la caméra, au détour de danses lascives se transformant en séances de strip-tease. Le millésime se prête apparemment beaucoup à ces démonstrations sensuelles sur fond de vampirisme puisque, la même année, Renato Polselli livre L’amante del vampiro dans lequel figure également Walter Brandi, le vampire et châtelain du métrage de Regnoli, et, en Angleterre, Dracula se pare de maîtresses.

Conventionnel au niveau du fond, Des filles pour un vampire l’est tout autant en ce qui concerne la forme : seuls quelques utilisations des ombres, héritières de l’expressionnisme et de rares mouvements de caméra (le point de vue du tombeau de Katia, notamment) sont à recenser au sein de cette pellicule très académique. Structurellement, le métrage compile les ingrédients de l’épouvante traditionnelle et y adjoint des éléments propres à la sexploitation : avec une précision métronomique, les scènes de peur (plutôt ténues) cèdent leur place à des séquences plus suggestives qui se focalisent uniquement sur les galbes des danseuses-potiches de la bande.

Le DVD a été édité il y a peu par Artus films en version française (avec quelques passages en anglais sous-titrés français, dus certainement à une bande sonore française laconique). Comme bonus, la galette compte un historique des vampires dans le cinéma italien d’Alain Petit ainsi que le court-métrage Symphonia horroris de Thierry Lopez.

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