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BACK TO THE FEATURE

19 juin 2010 | Par : Damien Taymans

Darkman

Fan de la première heure des comic books auxquels l’a initié son frère Ivan, Sam Raimi voit dans Darkman l’occasion de réaliser un fantasme autant que d’éviter la ghettoïsation dont sont victimes les réalisateurs Tobe Hooper, George Romero ou Wes Craven. D’autant que Evil Dead et, davantage encore Evil Dead 2, avec leur énorme dose de gore outrancier et d’humour potache, ont suffi à provoquer l’enfermement du cinéaste dans le registre du splatter déjanté aussi graphiquement corrosif que formellement psychédélique. "Avec Darkman, je souhaitais raconter une histoire plus classique et toucher un public plus large", explique le réalisateur. "Je voulais faire un film dans lequel le personnage principal est complètement exploré, autant dans ses bons que dans ses mauvais côtés. En quelque sorte, c’est une version high-tech, bourrée d’action du Fantôme de l’opéra."

Rêvant un temps d’obtenir les droits de Batman et The Shadow, Sam Raimi se rabat finalement sur une histoire de son cru, essentiellement centrée sur l’évolution psychologique de son héros. Partant du concept du personnage capable de changer de visage, il élabore lentement une esquisse de son histoire. Il envisage dans un premier temps de faire de son héros un acteur avant de se rabattre sur la figure du scientifique capable de mettre au point de la peau synthétique. Avec son associé et ami de longue date, Robert Tapert, producteur du diptyque Evil Dead et de Mort sur le gril, Raimi présente son projet, celui d’un scientifique gravement défiguré qui arbore plusieurs visages afin de se venger de ses bourreaux, à plusieurs studios. C’est le géant Universal qui manifeste en premier de l’intérêt pour ce projet qui ressuscite l’esprit des monstres qu’elle a jadis rappelé à la vie. La machine est lancée : Raimi s’associe, sous l’égide de sa production, à des scénaristes chevronnés pour ériger le script. Un premier jet est rédigé par Chuck Pfarrer (Chasse à l’homme). D’autres suivent écrits à plusieurs mains par Sam et Ivan Raimi d’abord, auxquels s’ajoutent Joshua et Daniel Goldin. Ivan, docteur en osthéopathie, s’attache particulièrement à la perspective médicale du script et s’applique à rendre cette facette scientifiquement crédible. Au final, ces associations aboutissent à une douzaine de versions du script que Sam Raimi veut essentiellement braqué sur l’évolution de son anti-héros, Peyton West, être affable et honnête obsédé par la vengeance.

Pour incarner l’enrubanné Darkman, Raimi évoque naturellement le nom de son complice Bruce Campbell mais Universal réfute que le gaudriole-man n’est pas assez armé pour camper un perso de cette envergure. "Etant donné qu’il est maquillé tout au long du film, nous avions besoin de quelqu’un qui était assez expressif, autant au niveau vocal que gestuel, explique Raimi, quelqu’un qui pouvait se montrer physiquement imposant en tant que Darkman et romantique et touchant en tant que Peyton. Et enfin, nous voulions un acteur qui soit capable de rendre crédible ce personnage issu de la fantaisie." Quelques acteurs sont envisagés mais Raimi jette son dévolu sur Liam Neeson, aperçu dans Excalibur et L’inspecteur Harry et la dernière cible, tandis que le rôle féminin échoit à Frances McDormand, actrice fétiche des frères Joel et Ethan Coen avec qui Raimi entretient une solide amitié.

Cette dernière devient pourtant source d’ennuis, étant donné les divergences qui l’opposent au réalisateur. En outre, le tournage s’avère plutôt chaotique, les ambitions du script réclamant une pléiade de prouesses techniques et de nombreuses prises de vue en extérieur. Cependant, convaincus par les rushes obtenus, Tapert et Raimi voient leur rêve s’étoiler sitôt la phase de post-production amorcée. La projection-test réalisée s’avère peu concluante, en raison de quelques passages décalés par rapport au ton de l’ensemble : le studio se réapproprie le montage et retire toutes les séquences posant problème. De ces coupes naît la frustration pour Sam Raimi qui digère mal les entailles assénées à son bébé filmique. Pourtant, le film connaît un véritable succès en salles et récolte pas moins de 50 millions de dollars, pour un budget initial de 16 millions.

Et, pour cause, la pellicule de Sam Raimi retranscrit à la perfection les obsessions du personnage principal, ce qui permet à l’oeuvre de s’imposer comme un produit singulier qui ingère et régurgite brillamment l’atmosphère des créations de DC Comics et Marvel. Héros torturé, nourrissant une haine sans bornes à l’égard de ceux qui ont ruiné son identité et son travail, Peyton West constitue le pendant obscur d’un Peter Parker auquel Raimi, fan absolu, donnera vie au cinéma une quinzaine d’années plus tard. Plus encore, Darkman s’attache à illustrer avec précision les interlignes qui résident dans les comic books de la contrée de l’Oncle Sam et à fournir par là même un portrait extrêmement réaliste du scientifique West dont le ténébreux Darkman constitue l’alter ego de l’ombre (une thématique que Raimi exploitera de nouveau dans son troisième opus des aventures de Spider-man). Sorte de mise en bouche de la filmo de Raimi, Darkman se pose comme une variante super-héroïque (sans super-héros) rafraichissante, bourrée de références aux classiques du septième art (des films de monstres d’Universal à Elephant Man) et à l’univers Marvel, au stylisme méticuleusement échafaudé.

Commentaires

Un des plus grands films de super-héros jamais réalisés !
Extrêmement brillant (comme tu le soulignes, Damien) dans le traitement des obsessions et émois du personnage principal.
Un bijou pop, profondément habité et décalé (l’allure des bad guys en mode "jazzy" et outrancier, comme tout droit sortis des pages de "Dick Tracy").

25 juin 2010 | Par Vivadavidlynch

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