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BACK TO THE FEATURE

1er avril 2010 | Par : Quentin Meignant

Hoggle (Labyrinthe)

Dans le sillage de Dark Crystal

Marionnettiste de son état, Jim Henson commence sa carrière sur de petites chaînes câblées dans sa région, le Mississipi. Très vite, son talent passe les frontières de son état et l’homme se retrouve à faire quelques piges pour de grandes chaînes et, petit à petit, donne naissance au légendaire Muppet Show, série à succès mettant en scène des marionnettes délirantes à la personnalité bien trempée.

Henson fonde alors la Jim Henson Company en compagnie de sa femme Jane, ce qui lui permet de concevoir diverses productions de films expérimentaux. Rejoint par son vieil ami Frank Oz, il crée le court-métrage Time Piece (9 minutes) qui est nominé aux Oscars en 1966. C’est le début d’une nouvelle et formidable aventure qui mène Jim Henson et son équipe à réaliser divers projets originaux sur NBC ainsi qu’à mettre sur pied un véritable théâtre de vaudeville par le biais des techniques inhérentes au théâtre d’effigie (spectacle de marionnettes).
Si ces activités s’avèrent extrêmement palpitantes et rémunératrices pour Oz et Henson, ces derniers ne tardent pas à lorgner vers le cinéma fantastique tout en gardant à l’idée d’exprimer leur savoir-faire en matière de marionnettes. Après avoir proposé, en 1982, Dark Crystal, premier exemple d’un Art que l’on pourrait appeler le cinéma d’effigie (appellation tirée du théâtre d’effigie, qui met en scène des marionnettes), le duo de néo-cinéastes revient quatre ans plus tard avec un métrage qui marqua son époque, Labyrinthe.

Contrairement à Dark Crystal qui centrait totalement son récit sur des protagonistes en chiffon et plastique, Labyrinthe bénéficie quant à lui de la présence de deux personnages faits de chair humaine, incarnés par la jeunette Jennifer Connelly et la méga-star du rock David Bowie. Rehaussé par ce casting d’exception et livrant un ensemble bien plus palpitant que la première tentative de cinéma d’effigie, Labyrinthe demeure, encore à l’heure actuelle, un must indétrônable dans le domaine, s’imposant à des générations entières comme un grand classique du spectacle familial.

Plus fantastique que jamais…

Dark Crystal misant déjà sur un traitement particulier de la fantasy, Henson décide de réitérer l’expérience en ancrant le récit de Labyrinthe dans une thématique plutôt proche de celle de son œuvre précédente. Ainsi, le métrage narre l’histoire d’une toute jeune fille romantique qui, se sentant mal à l’aise dans sa famille, s’évade en lisant des contes fantastiques. Son livre favori, "Le Labyrinthe", lui ouvre une nuit les portes d’un autre monde. Sarah voit son jeune frère, Toby, enlevé par une troupe de lutins aux ordres du séduisant et cruel Jareth. Elle part au secours de l’enfant et pénètre dans le labyrinthe qui mène au palais du ravisseur.

Doté d’un pitch déjà totalement fantastique, Labyrinthe ne tarde pas à plonger son héroïne dans un véritable dédale fantastique largement inspiré de classiques du genre tels qu’Alice au Pays des Merveilles ou Blanche-Neige et les Sept Nains. Agrémentée d’une quête moins improbable que celle de Jen (voir FLASHBALL) dans Dark Crystal, la protagoniste principale devra tout faire pour sauver son jeune frère et, pour cela, se verra obligée lutter contre nombre de créatures tout droit sorties d’un bestiaire fantasy de premier ordre.

Le concierge du Labyrinthe

Parmi ces créatures monstrueuses et, en général, belliqueuses, Sarah rencontre d’entrée de jeu Hoggle, un lutin au physique ingrat occupé à uriner dans une mare à l’entrée du labyrinthe. Semblant fort peu se soucier de la jeune fille, l’infâme gnome reprend ensuite son activité favorite : la chasse aux mignonnes (mais hargneuses) petites fées, qu’il anesthésie à l’aide d’un spray.

Alors qu’il en compte déjà 60 à son tableau de chasse, il est contraint et forcé de se présenter à l’héroïne : son nom est Hoggle et il est l’un des lutins au service du méchant Jareth. Tout en essayant de dissuader la jeune fille d’entrer dans le labyrinthe, il lui en ouvre les portes avant de lui exprimer ses craintes concernant les intentions du maître des lieux.

Restant extrêmement distant au départ, Hoggle se montre détestable et, même s’il connaît le labyrinthe comme sa poche, il est hors de question qu’il aide Sarah dans sa quête, l’amener à sa perte, telle est sa mission.

Physique ingrat

Là où Jen (voir FLASHBALL), le héros principal de Dark Crystal, était doté d’un physique plutôt attrayant (bien qu’un peu androgyne), Hoggle, l’un des « gentils » personnages de Labyrinthe, est sans doute l’une des plus laides marionnettes jamais créées par la Henson Company. Faisant presque passer Peggy la Cochonne pour une égérie de la mode à côté de lui, Hoggle est tout ce qu’il y a de plus vil, tant au niveau physique que, en apparence du moins, au niveau mental.

Ridé et pustuleux, le personnage possède l’un des plus infâmes nez de la création, ce long tarin dominant de quelques centimètres le reste de son visage. Son âge étant indéfinissable, la seule présence de rares cheveux gris et gras sous un bonnet peu ragoûtant semble indiquer que Hoggle a déjà fait son temps dans le labyrinthe de Jareth. Vêtu de vieilles hardes, il n’inspire ni la confiance ni la moindre parcelle de respect…

Ce look totalement nauséabond tranche complètement avec le traitement manichéen apporté à l’aspect des personnages dans la précédente œuvre de Jim Henson. En effet, dans Dark Crystal, les bons étaient très beaux, tandis que les méchants Skèksès et autres Garthims se révélaient être de véritables ordures tant sur le fond que sur la forme.

Il n’en va guère de même dans Labyrinthe puisque, dans la seconde partie du film, le très laid Hoggle (ainsi que Ludo, la bête à poils) se révèle être foncièrement bon et constituera même un allié de choix pour Sarah dans sa quête.

Assis entre deux chaises

Le physique ingrat d’Hoggle va de pair avec son caractère renfrogné, voire carrément méchant, lors de sa rencontre avec Sarah. Pas souriant du tout, la créature fait tout pour dissuader cette dernière de retrouver son petit frère et ce, sous les ordres du malfaisant Jareth. Surveillé par ce dernier, Hoggle n’hésite d’ailleurs pas à tendre des pièges à Sarah ou à tenter de la perdre dans le véritable dédale que constitue le parcours vers le château.

Néanmoins, dès les premiers instants de cette rencontre, Henson semble vouloir instiller, dans les intonations et les gestes de sa marionnette, un caractère sympathique qui prendra tout son sens lors de la suite des événements.

En effet, Hoggle se révèle bien vite comme un bon bougre simplement enfermé dans un système de terreur qu’il a toujours connu dans le Labyrinthe de Jareth. Affolé dès que ce dernier apparaît, le lutin est au service de son maître depuis tellement longtemps et connaît tellement bien les agissements de ce dernier que, jamais, il n’oserait contredire ses ordres.

C’est du moins ce qu’il croit car l’arrivée de cette jolie jeune fille appelée Sarah va chambouler sa vie et sa vision des choses. Si, au départ, l’héroïne le tient avant tout par une forme assez abjecte de chantage (elle lui a dérobé ses précieux bijoux), des liens vont petit à petit se tisser avec cette dernière jusqu’à l’attaque du château de Jareth à laquelle Hoggle participe de manière active. C’est en effet lui qui neutralise une véritable machine à tuer en assommant la personne qui la contrôle.

Néanmoins, ce parcours, qui semble si idyllique, a tout de même été entaché par ce que l’on appellera les aléas de la couardise du lutin qui, à quelques reprises, succombe aux menaces de Jareth et tente par tous les moyens de faire de faire échouer sa jeune amie dans sa quête. C’est ainsi que, sous les ordres de son maître, il donne une pèche empoisonnée à Srah, qui ne tarde guère à la manger et à perdre le sens des réalités.

S’en voulant au plus haut point, Hoggle fera ensuite tout pour se rattraper en pistant la jeune fille afin de l’aider et, mieux encore, il fera des excuses à celle-ci, chose qu’il n’avait jusque là l’habitude de faire qu’à Jareth.

Un bon fond, signe d’une grande amitié…

Vous l’aurez donc compris, s’il est un personnage de Labyrinthe qui a un bon fond, il s’agit bien de Hoggle. Simplement tombé à la base dans le mauvais camp, le héros doit tout simplement ce manque de clairvoyance à la couardise dont il fait preuve en permanence.

Terrorisé par son maître Jareth, il s’aplatit dès que celui-ci entre en scène et serait même prêt à vendre père et mère pour éviter tout châtiment. Deux phrases traduisent d’ailleurs au mieux cet état d’esprit :

On ne peut néanmoins que sourire lorsque l’on voit la trogne de cet abominable trouillard se dérider quand Sarah tout d’abord, puis le poilu Ludo, lui affirment qu’il est un ami. Cette amitié est par ailleurs la pierre angulaire de toute l’aventure et trouve d’ailleurs son heureuse conclusion lors d’un final joyeux où Hoggle a cette phrase poignante et révélatrice de son nouvel état d’esprit : « Si tu as besoin de nous pour quelque raison que ce soit, n’hésite pas ! »

Annonciatrice d’un second volet qui n’a, hélas, jamais vu le jour, cette réplique révèle néanmoins au spectateur à quel point le héros le plus attachant de l’aventure a changé : grâce à Sarah, il est enfin devenu un homme… enfin… une marionnette digne de ce nom.

Hoggle… comme un fils pour Jim Henson

Shari Weiser ayant fait une carrière éclair dans le petit monde du cinéma (3 dessins animés en tant que voix à son actif), on ne retiendra guère le nom de cette marionnettiste lorsque l’on évoque la prestation d’Hoggle. Malgré son excellent travail pour faire évoluer le personnage dans Labyrinthe, c’est bien le nom de la voix de la marionnette que tout le monde a en tête : Brian Henson, le fils du metteur en scène Jim Henson.

Débutant assez tôt comme simple voix secondaire dans les diverses productions et réalisations de son marionnettiste de papa, Brian Henson a, petit à petit, développé une véritable passion pour l’univers du spectacle d’effigie. Se multipliant tant à l’interprétation qu’à la réalisation de divers épisodes des Muppets, il s’est, à la mort de son père, découvert des talents de producteurs qu’il exploite encore à ce jour par l’entremise du véritable empire qui lui a été laissé en héritage.

Sa prestation magnifique en tant que voix d’Hoggle reste néanmoins à ce jour son plus haut fait d’arme dans le domaine.

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