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29 mars 2010 | Par : Damien Taymans

Deux yeux maléfiques

Du quatuor au tandem

Après le semi-échec critique d’Opéra et les nombreuses coupes dont son film a été victime, le cinéaste Dario Argento émigre aux Etats-Unis dans le but d’y bénéficier de conditions de distribution plus favorables. Fan du romancier Edgar Allan Poe dont l’influence se ressent dans toute la filmographie du réalisateur, le maestro met sur les rails un projet de co-réalisation dont l’inspiration centrale serait les écrits de Poe. Un quatuor de réalisateurs se forme, composé de George Romero, de Stephen King, de John Carpenter et d’Argento lui-même. Mais les agendas ne concordent pas et Carpenter et King abandonnent le navire, attirés par d’autres opportunités. D’autres noms sont murmurés (ceux de Wes Craven qui se tourne finalement vers Shocker ou de Clive Barker sont ainsi évoqués) sans que rien de concret n’aboutisse. Finalement, Argento et Romero décident de poursuivre l’aventure en tandem et de collaborer ainsi pour la seconde fois, depuis le Dawn of the Dead de Romero que le maître du giallo a produit.

Une oeuvre épaisse...

Les modalités trouvées, il faut encore, pour les deux metteurs en scène, opérer un choix au sein de l’immense oeuvre d’Edgar Allan Poe. George Romero opte directement pour Le masque de la mort rouge, déjà adapté par Roger Corman en 1964 avec Vincent Price, avant de se rabattre finalement sur La vérité sur le cas de M. Valdemar, courte nouvelle publiée dans Les histoires extraordinaires. Celle-ci eut un certain retentissement au moment de sa publication en raison de la roublardise de son auteur qui l’a fait paraître sans mentionner sa nature fictive.

Du côté d’Argento, la tâche s’avère encore plus ardue. Nourrissant une véritable passion pour l’entièreté des écrits de Poe, le cinéaste hésite longtemps entre différentes nouvelles et poèmes. C’est finalement sur Le chat noir, l’un de ses plus célèbres écrits, qu’il jettera son dévolu, ne manquant pas au passage de disséminer çà et là nombre de références et clins d’oeil à plusieurs ouvrages de Poe.

Un film à sketchs particulier

Réduit à deux segments d’une heure chacune, Deux yeux maléfiques semble emprunter le chemin balisé des films à sketchs. Un genre coutumier de George Romero qui s’y est illustré avec Creepshow et sa suite, Creepshow 2 ainsi que l’anthologie Contes de la nuit noire, sorti la même année. La structure traditionnelle est ici complètement modifiée puisqu’aucune séquence ne relie entre eux les deux segments qui fonctionnent de manière totalement indépendante, disposant chacun de leur propre générique. En guise d’introduction, Deux yeux maléfiques se pare d’un court prologue, tourné par Argento à Baltimore, qui s’attarde sur quelques lieux commémoratifs à la vie d’Edgar Allan Poe et se clôt sur l’épitaphe d’une stèle funéraire : "Il a rêvé des rêves qu’aucun mortel n’avait encore osé rêver."

Ecueil propre aux films à sketchs, Deux yeux maléfiques accuse un certain déséquilibre au niveau qualitatif. Le premier segment signé par George Romero se signale par quelques scènes délicieusement gore et une mise en scène d’une sobriété déconcertante. Toutefois, s’il se montre plutôt efficace au bout du compte, ce segment s’avère également le plus impersonnel et le moins réussi des deux. Adrienne Barbeau, Tom Atkins et E.G. Marshall, tous trois présents dans le Creepshow romérien (comme Tom Savini qui en a réalisé les impeccables maquillages) se voient réduits à l’état de caricatures et s’avèrent incapables d’insuffler à cet ensemble pâlot la moindre vigueur. A ce segment dépouillé, si éloigné des tons criards de ses inspirations d’EC Comics, préfèrera-t-on le second volet de Dario Argento.

A travers Le Chat noir, Argento hurle sa dévotion au maître Poe. Réactualisée et transposée dans l’ère actuelle, la nouvelle originelle subit de nombreuses modifications sous la plume d’Argento qui y injecte une série de clins d’oeil aux fleurons de l’oeuvre de Poe. Le héros, baptisé Rod Usher en hommage à La chute de la maison Usher, immortalise l’effroi et le macabre à l’aide de son appareil photo. Il prend quelques clichés d’une scène de crime particulièrement atroce, tout droit sortie du Puis et du pendule, et du cadavre aux dents arrachées, renvoyant à Bérénice. D’autres références tout aussi patentes sont glissées par l’entremise des patronymes des personnages : Annabel, la compagne du photographe, évoque Annabel Lee tandis que le voisin, Mr Pym, doit indéniablement se prénommer Arthur Gordon, à l’image du character imaginé par le romancier.

S’il n’est pas conforme à la structure narrative de la nouvelle, le segment se montre particulièrement fidèle à l’esprit pervers du romancier qui trouve en l’alcoolique Usher un formidable alter ego (Harvey Keitel éclabousse le moyen métrage de sa classe). L’arrivée du félin entraîne un bouleversement dans la vie du photographe qui déclenche ensuite de son propre chef les mécanismes de sa propre destruction. La fascination du morbide conduit l’immoral Rod Usher à accumuler les exactions (le meurtre du chat le mène inexorablement à celui de son épouse) et, par voie de conséquence, à subir de nombreux sévices (l’éviction de son poste, l’empalement dans la cour moyenâgeuse, les faux-fuyants utilisés pour cacher la disparition de sa compagne). Usher glisse ainsi de l’alcoolisme au meurtre à force de défaire la réalité pour reproduire le mensonge sur papier glacé.

Plus subversif qu’il n’y paraît, ce segment débouche sur quelques questionnements sur la nature inconvenante du genre horrifique : lorsque le supérieur du photographe lui conseille d’abandonner les clichés macabres pour "montrer qu’il a du talent", la réflexion opère comme un miroir pour Argento qui se résigne au carcan du "genre" quand le septième art rabroue systématiquement l’univers dérangeant de l’horreur, ouvrant également la voie à un autre questionnement, plus grave encore : "Jusqu’où peut-on aller au nom de l’art ? Quelles limites doit se fixer l’artiste ?"

Commentaires

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24 novembre 2010 | Par Sophie

Très bon article, je viens d’ailleur de le twitter, par contre c’est dommage que vous ne proposiez pas un bouton afin de référencer vos billets sur twitter.

referencement
18 mai 2010 | Par Emilie
le referencement c’est facile

J’adhère totatelement à votre post, bonne continuation

17 mai 2010 | Par

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