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BACK TO THE FEATURE

20 mars 2010 | Par : Quentin Meignant

Jen (Dark Crystal)

Une première dans l’histoire du cinéma

Marionnettiste de son état, Jim Henson commence sa carrière sur de petites chaînes câblées dans sa région, le Mississipi. Très vite, son talent passe les frontières de son état et l’homme se retrouve à faire quelques piges pour de grandes chaînes et, petit à petit, donne naissance au légendaire Muppet Show, série à succès mettant en scène des marionnettes délirantes à la personnalité bien trempée.

Henson fonde alors la Jim Henson Company en compagnie de sa femme Jane, ce qui lui permet de concevoir diverses productions de films expérimentaux. Rejoint par son vieil ami Frank Oz, il crée le court-métrage Time Piece (9 minutes) qui est nominé aux Oscars en 1966. C’est le début d’une nouvelle et formidable aventure qui mène Jim Henson et son équipe à réaliser divers projets originaux sur NBC ainsi qu’à mettre sur pied un véritable théâtre de vaudeville par le biais des techniques inhérentes au théâtre d’effigie (spectacle de marionnettes).

Si ces activités s’avèrent extrêmement palpitantes et rémunératrices pour Oz et Henson, ces derniers ne tardent pas à lorgner vers le cinéma fantastique tout en gardant à l’idée d’exprimer leur savoir-faire en matière de marionnettes. Projet de longue haleine, Dark Crystal voit le jour en 1982 et constitue une première dans l’histoire du cinéma, la totalité des personnages étant articulés et le métrage évitant avec brio les diverses techniques d’animation en place à l’époque. Hormis l’un ou l’autre êtres humains en costume (méconnaissables car paraissant gigantesques par rapport aux personnages de plastique et de chiffon), Dark Crystal est donc la première œuvre de ce que l’on pourrait appeler le « cinéma d’effigie » (en référence au théâtre d’effigie dont les marionnettes font, encore à l’heure actuelle, les beaux jours).

Univers fantastique

Alors que les Muppets chers au cœur de Henson et Oz font plutôt dans le burlesque, Dark Crystal demeure la première incursion de la Jim Henson Company dans le monde du fantastique, quelques années avant l’inclassable Labyrinthe qui mettra en exergue l’importance des marionnettes dans les œuvres de la firme par rapport à l’actorat pur et dur.

Dans Dark Crystal par contre, il fut d’emblée hors de question de mettre des êtres faits de chairs en présence de marionnettes, le film s’appuyant uniquement sur le savoir-faire des techniciens et manipulateurs de la firme. Dès lors, dans ce melting pot de figurines animées par l’huile de coude, le héros se distingue rapidement dans un univers on ne peut plus fantastique et, surtout, dans la trame d’une histoire enfantine plongeant à pied joint dans le conte fantastique.

L’histoire se déroule dans un monde étranger où un gigantesque cristal, sorte de talisman incréé gardé dans les profondeurs d’un château hyper-baroque, accumule la lumière des trois soleils qui éclairent cette terre pour la restituer sous forme d’énergie vitale aux êtres qui y vivent. Lorsque commence le film, cela fait déjà mille ans que le Cristal s’est assombri : les UrSkeks, êtres semi-divins qui en avaient la garde, l’ont fait voler en éclat lors de la précédente Grande Conjonction (l’alignement cyclique des trois soleils), perturbant alors gravement l’ordre du monde. Au point qu’eux-mêmes se sont divisés en deux races distinctes : celle des Mystiques (appelés UrRus dans l’histoire originale), êtres chevelus bons et paisibles au doux museau allongé, et celle des Skeksès (Skeksis en anglais), sortes de rapaces reptiliens hargneux et cruels.

Les Skeksès se sont emparé du Château du Cristal pour jouir de son pouvoir amoindri et les Mystiques ont été contraints de se réfugier dans un vallon secret, loin du château. Survient alors une prophétie, émise par la Gardienne des Secrets Aughra, selon laquelle le pouvoir des Skeksès sera renversé et l’éclat du Cristal restauré ; et ceci par un représentant de la race des Gelflings, êtres semi-humains à l’allure elfique. Les Skeksès ne voyant pas d’autre alternative que de les exterminer jusqu’au dernier, ils créent les Garthims, sortes de scarabés géants lourdement caparaçonnés, armés de pinces dotés de lames et conçus pour la razzia.

Un seul Gelfling réchappe à ce massacre : Jen, un jeune garçon, qui est sauvé par les Mystiques et élevé dans leur vallée par le Maître lui-même. Celui-ci, mourant, lui révèle sa mission cruciale : retrouver l’éclat de cristal conservé par Aughra et guérir le Cristal avant la prochaine Grande Conjonction. Commence alors sa quête, et la découverte de ce monde qu’il n’a encore jamais parcouru.

Le Maître des Mystiques et l’Empereur des Skeksès meurent au même moment (rappelons qu’ils sont les deux parties d’un même être) mais alors que le corps du Maître des Mystiques disparaît dans la lumière, celui de l’Empereur des Skeksés se ratatine et éclate, se transformant en un tas de poussière. La succession oppose le Maître de Cérémonie, le Chambellan et le Général. Le chambellan tente de s’emparer du sceptre mais le Général s’y oppose et le défie au Jugement de la Pierre, sorte de duel pour montrer lequel des deux protagonistes est le plus fort ; le Général sort vainqueur du Jugement de la Pierre et le Chambellan est banni du château, après avoir été malmené par les autres Skeksès et dépouillé de son costume. Mais le Chambellan a le temps d’apprendre, alors que le Cristal fait retentir son alarme, qu’un Gelfling a été aperçu sur la montagne d’Aughra…

Look androgyne

Premier héros de l’histoire du cinéma à être une marionnette (et donc, à ne pas être incarné par un acteur), Jen est doté par ses concepteurs d’un look particulier. Si, au niveau de son costumes, le personnage n’a rien à envier à certains chevaliers déjà dépeint dans de nombreux films, son visage tranche carrément avec l’idée que l’on se fait du sauveur idéal d’un peuple.

En effet, l’aspect juvénile de Jen le rend d’apparence totalement inoffensif, tandis que sa morphologie un brin androgyne crée une certaine confusion quant à sa puissance. Ses traits fins au niveau du visage et sa petite taille en font une proie visiblement facile pour l’ennemi d’autant que son caractère naïf, voire niais, ne l’aide pas à se dépêtrer des pièges tendus par les méchants Skèksès.

Son look androgyne peut d’ailleurs être comparé avec celui de David Bowie, 4 ans plus tard, dans Labyrinthe, où le chanteur incarne quant à lui un rôle de méchant. Le traitement du héros tranche donc volontairement avec nombre d’œuvres précédentes et renforce le caractère manichéen d’une fable d’un autre temps.

Traitement manichéen

Laids, dotés d’une tête de vautour et d’un corps désarticulé, grognant et gloussant à l’envie des insanités, les Skèksès acquièrent dès les premiers plans une aura maléfique assez bien développée. De plus, tout au long de l’aventure, ceux-ci font montre d’un caractère détestable et se profilent comme étant la personnification même du Mal.

A l’inverse, le jeune Jen, peut-être le dernier survivant d’une race ayant beaucoup souffert, s’avère être la simplicité faite « homme ». En effet, le jeune héros orphelin (ses parents ont été massacrés par les Skèksès) est « beau », doux et possède tous les traits de caractère du Bien. S’opposant de manière assez molle (malgré le décès de ses parents, la quête de Jen n’est nullement motivée par une quelconque envie de vengeance) aux malfaisants ennemis, le héros met en évidence le côté malléable d’un jeune homme qui ne sait encore rien de la vie.

Mal informé sur les composantes et le fonctionnement de sa quête, Jen tombe dans chaque embûche et se relève avant tout grâce à l’aide de différents intervenants fondant carrément face à la bonté du héros. Jusqu’à un final le propulsant enfin à son véritable rang (puisque c’est lui qui parvient à briser l’hégémonie des Skèksès), Jen fait donc avant tout preuve d’une juvénilité exacerbée tant par son physique que par son mental. S’opposant diamétralement au traitement apporté à ses ennemis, le personnage permet donc à l’œuvre d’acquérir un haut degré de manichéisme, digne des plus grands contes fantastiques.

Jen and Kira forever

Durant sa quête, Jen fait la connaissance de nombre de personnages hauts en couleurs, bons comme mauvais, mais, surtout, découvre enfin les joies de l’amour en rencontrant Kira, une jeune Gelflings perdue dans les bois. Cette dernière s’avère être le pendant féminin du héros (elle paraît toutefois tout aussi virile que celui-ci) tant au niveau physique que psychologique. En effet, pas une once de méchanceté ou de vice ne vient perturber la personnalité de cette jeunette tombée d’on ne sait où.

Elle aussi orpheline, Kira a été éduquée dans l’amour par une mère adoptive et parvient avec brio à communiquer avec une nature aussi luxuriante que piégeuse pour les impies. C’est ainsi que, lors de sa rencontre avec Jen, elle sauve ce dernier, pris dans les marécages en appelant un ami poisson géant. Lors de la scène suivante, les metteurs en scène font clairement comprendre que les deux personnages sont en phase, ces derniers procédant à un échange de souvenir par leurs âmes, « comme s’ils s’étaient toujours connus ».

Véritables destins croisés dans un monde dont l’espoir de survie s’amenuise de minute en minute, Jen et Kira sont désormais deux à vouloir sauver leur bel univers. Enfin conscient de ses responsabilités suite à cette rencontre, Jen semble voir ses épaules s’éalrgir à vue d’œil, bien aidé il est vrai par sa nouvelle amie et son don de communication avec la nature. Lors du final, le héros se montrera chevaleresque (et maladroit) pour sauver sa belle, aux prises avec les méchants Skèksès.

Pièges à tout-va

Si l’apport de Kira est d’une importance capitale dans la quête de Jen, c’est avant tout grâce à la création d’un univers fantastique incroyablement développé de la part de Jim Henson et Frank Oz. En effet, ces derniers sont parvenus à mettre en scène un monde certes enfantin aux décors merveilles mais faisant office de véritable piège à ciel ouvert. Que cela soit les morceaux de cristal noir qui signalent la présence d’intrus aux Skèksès, les oiseaux de cristal qui ont la même fonction, tout est mis en place pour que le héros trébuche à un moment ou à un autre.

De plus, la forêt en elle-même est une terrible embûche pour le héros qui, avant cette aventure, semble ne jamais être réellement sorti de sa communauté. Entre des talus mangeurs d’homme et une espèce de boule de poils faisant office de chien hargneux (le compagnon de Kira), tout est inconnu et dangereux pour Jen.

Mortels ennemis

Outre les morceaux de cristal noir et les oiseaux de cristal, les Skèksès peuvent compter sur les Garthims, créatures ressemblant à des scarabées et conçues par les ennemis de Jen pour le détruire. Incapables de réfléchir, ces monstres destructeurs s’avèrent extrêmement dangereux et détruisent notamment la demeure de Aughra, une dame vieille de mille ans qui apporte à Jen l’éclat de cristal nécessaire à sa quête.

Ne réfléchissant guère, les Garthims agissent comme de véritables bulldozers en rasant les murs et en capturant tout être vivant. Ennemis mortels pour les Gelflings, ils multiplient les razzias dans le but de capturer Jen et de l’empêcher de nuire. Heureusement pour l’avenir de l’humanité, c’est tout le contraire qui se passera…

Manipulé par Henson

Si Jen est un héros attrayant, il le doit avant tout à Jim Henson qui, en plus de l’avoir créé, le manipule de ses mains expertes. Bénéficiant de mouvement particulièrement fluides, les héros semble être le plus agile des personnages de Dark Crystal, Henson (qui manipule par ailleurs avec beaucoup moins de volubilité le Grand Prêtre Skèksès) s’échinant à donner à chacun de ses gestes un caractère presque réaliste.

Véritable expert en matière de théâtre d’effigie, Henson confère donc à son héros un grand impact sur l’intrigue, d’autant que ce dernier est magnifiquement doublé dans la version originale par l’expérimenté Stephen Garlick. Dans la version française de l’œuvre, on ne peut que regretter le manque d’intonation de Jen, dont la voix a été confiée à Vincent Ropion, qui s’était pourtant signalé à quelques reprises par d’excellents travaux de doublage.

Commentaires

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26 mai 2010 | Par Enriqueta

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