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4 mars 2010 | Par : Quentin Meignant

Boubou (Le Jour des Morts-vivants)

Créateur du zombie flick moderne, George A. Romero révéla pour la première fois son talent en la matière le premier octobre 1968 aux Etats-Unis e livrant sa Nuit des Morts-vivants, qui fit rapidement le tour du monde. Couronnée de succès, l’œuvre lança définitivement la carrière de celui que l’on appelle le Pape des Morts-Vivants, qui réitéra l’expérience zombiesque quelques années plus tard, après quelques essais infructueux dans d’autres sous-genres, avec le non moins légendaire Zombie. Vénéré par toute une frange des fans de l’horreur, le cinéaste pris alors le temps de s’atteler à divers autres projets tout en se montrant assez peu prolifique au niveau des sorties.

Suscitant un manque incroyable auprès des amateurs de zombies, Romero prend son temps avant de revenir à ses premières amours, en 1985, avec Le Jour des Morts-vivants. Et, là où nombre de spectateurs s’attendaient à un nouveau film de morts-vivants classique, le réalisateur prend tout le monde de court en livrant une œuvre où le traitement apporter à ces créatures infernales change du tout au tout. En effet, outre les effets gores et la lutte entre vivants et zombies, de bon aloi dans un métrage de ce type, Romero parvient à conférer à certains de ses goules un aspect humain totalement déroutant. Dans Le Jour des Morts-vivants, ceux-ci sont capables d’apprendre, de tenir une certaine réflexion et l’un d’entre eux, le dénommé Boubou, s’attache même à un être humain, le Professeur Logan, surnommé Frankenstein.

Outre ces caractéristiques totalement novatrices, Le Jour des Morts-vivants se distingue aussi par la pléiade de héros (et de anti-héros) qu’il développe à l’envi. Entre Sarah, John, Miguel et le Professeur Frankenstein, George A. Romero livra donc une œuvre riche en matière pour constituer les Flashball’s de CinemaFantastique. Mais voilà, forte de sa grande originalité, une œuvre telle que Le Jour des Morts-vivants interpelle surtout par le traitement apporté à Boubou qui, lors d’un final échevelé, se transforme en héros vengeur à part entière. Un zombie justicier ? Voilà qui doit sans aucun doute faire l’objet d’un Flashball…

Bienvenue dans le futur

Alors que La Nuit des Morts-vivants plaçait son action au moment même où les morts-vivants revenaient à la vie et que Zombie s’installait avec bonheur en pleine apocalypse, quelques jours après l’invasion zombiesque, Le Jour des Morts-vivants place, lui, son action des semaines, voire des mois ou des années, après que les goules aient fait leur apparition. Les héros de l’œuvre sont donc rodés à ce type de guerre, de lutte contre les morts-vivants.

Retranchés dans une base militaire, le groupe de résistants présentés par Romero dans Le Jour des Morts-vivants est essentiellement constitué de soldats et de civils scientifiques, les premiers étant les pires raclures du reste de l’humanité et les seconds tentant désespérément de trouver un remède à l’épidémie qui a frappé le monde. Parmi ceux-ci, un seul se distingue réellement du marasme de la recherche scientifique à deux balles : le Docteur Logan, alias « Professeur Frankenstein ».

Ce dernier a en effet pour but, non pas d’éradiquer le syndrôme zombiesque, mais bien de domestiquer les morts-vivants afin d’en faire les amis de l’homme. Si ses expérimentations purement physiologiques sur les malheureuses créatures capturées sont à vomir (chose que l’héroïne, Sarah, ne manque pas de faire), Logan parvient néanmoins à certains résultat avec quelques goules en procédant par conditionnement opérant (une bonne action induit une récompense pour le zombie).

Les pratiques du professeur suscitent bien entendu débat et sa manière d’agir avec les morts-vivants interpellent les militaires qui ne tardent pas à se méfier (c’est un euphémisme) du vieil homme. C’est malgré tout grâce à ce dernier que Boubou, son meilleur « élève » entre en scène, le professeur l’ayant laissé en vie puisque « pour un zombie, il s’est montré calme et gentil ».

Apprentissages express

Dès son (assez tardive) entrée en scène, Boubou se distingue des autres zombies de l’œuvre par son aspect assez bien « conservé », du moins si ce terme sied bien à un goule. En effet, la créature grisâtre n’apparaît guère comme sanguinolente et son visage semble même dénué de la moindre méchanceté. Attaché à un mur du laboratoire de Logan depuis quelques temps, il a appris à se maîtriser et fait même preuve d’un certain zèle dans les apprentissages.

Ainsi, sous les regards ébahis de Sarah et, ensuite, du Capitaine Rhodes, Boubou va se livrer à divers tours de passe-passe assez impressionnants pour un zombie. Alors que Logan lui a tendu un téléphone, il parvient à prendre le cornet de celui-ci en main et, sous l’insistance de son mentor, il articule même péniblement « Allo, Tante Alice », ce qui vaut, dans la version originale, un savoureux et ténébreux « Allooooo auuuuuuunt Aliceeeee ».

Ebahi par cet apprentissage qu’il juge totalement inutile, le Capitaine Rhodes est sous le choc et laisse tomber son arme, ce qui provoque chez Boubou un sursaut qui lui fait perdre le téléphone. L’expression de son visage marquant une certaine surprise, Romero instille un caractère particulièrement humain au personnage, d’autant que celui-ci, après avoir laissé tomber le téléphone, salue le militaire comme un véritable soldat.

Rhodes refusant de réciproquer le geste à la demande de Logan, ce dernier continue ses expérimentations, persuadé que Boubou fut soldat durant sa vie active. Il tend un revolver non chargé au zombie qui s’empare de l’arme et prouve rapidement qu’il en connaît le fonctionnement : après avoir amorcé son tir, il vise directement le malfaisant Capitaine Rhodes (comme quoi, son instinct en connaît long sur la nature humaine) et appuie sur la détente. Se rendant compte qu’aucune détonation ne s’est faite entendre et que Rhodes est toujours débout en face de lui, Boubou prend même le temps de vérifier l’arme, l’air interloqué. Il constate alors que le Capitaine le pointe à son tour avec le fusil et montre alors une émotion jamais vue jusque là chez un mort-vivant : la peur.

Recroquevillé, attendant une mort certaine, il est sauvé par le Professeur Frankenstein qui s’interpose. C’est sans doute là la naissance de la véritable amitié qui lie les deux êtres fondamentalement différents mais aussi celle d’un vrai code d’honneur qui poussera plus tard Boubou à venger la mort de son « créateur ».

Créature d’un savant fou

L’union qui lie le Docteur Logan et son fameux Boubou demeure l’un des grands classiques du genre, s’approchant fortement du mythe de Frankenstein. En effet, Boubou est, à la base, un mort-vivant tout ce qu’il y a de plus classique, avide de chair humaine et fondamentalement vicieux.

Néanmoins, à force d’expérimentations et d’apprentissages liés au conditionnement opérant, Logan parvient à instiller à son zombie favori un aspect presque humain, à l’instar de ce que le Docteur Frankenstein de Mary Shelley parvient à faire avec sa créature, à laquelle on ne peut malgré tout pas se fier en société. Il en va de même pour Boubou, qui n’aurait sans doute jamais pu évoluer non-attaché dans un environnement humain.

Montrant un respect, voir de l’amitié pour son « créateur », Boubou n’en reste pas moins attaché à celui-ci, semblant presque oublier son statut de proie vivante et délaissant un repas presque tout fait vu les libertés prises par le savant à son égard. Il faut dire que ce dernier nourrit sa « bête », ce qui tend à prouver que Logan, appelé Professeur Frankenstein, référence explicite et maintes fois soulignée au mythe originel, a véritablement plongé dans la folie. En effet, quel être vivant normalement constitué songerait à alimenter un zombie en restes humains ? Cet élément et le lien d’amitié réciproque qui unit Logan à Boubou constituent donc une innovation incroyable pour le mythe zombiesque mais demeure avant tout archétypal dans le panorama du cinéma et de la littérature fantastique.

Boubou, le héros vengeur

Logan est un fieffé malade mental et tout le centre, surtout les militaires, en sont bien conscient. Et c’est pourtant la surprise lorsque ces derniers se rendent compte que l’ancien commandant de la base, devenu zombie, a servi aux expérimentation du professeur, qui lui a ouvert le crâne pour mieux en voir le cerveau et, ensuite, servi ses restes à ses autres cobayes.

Déjà opposé aux méthodes du vieux savant fou, le Capitaine Rhodes décide alors de prendre le taureau par les cornes et de se débarrasser de cet encombrant et dangereux énergumène. La sanction est immédiate : le Professeur Frankenstein est abattu par Rhodes sous les yeux de Boubou, sa créature.

Néanmoins, la disparition de Logan n’arrange par les affaires de la base puisque, pendant ce temps, les choses dégénèrent et les zombies font leur entrée dans les souterrains du campement, piégeant ainsi militaires et scientifiques, héros et anti-héros, dans une tombe géante surpeuplée en goules. Course désespérée contre une mort certaine, l’aventure se transforme en véritable cauchemar pour tous les membres de la base qui se voient décimés un à un.

Plus habiles que les autres, le Capitaine Rhodes tente de s’échapper par tous les moyens… mais doit faire face à Boubou, enfin libéré de ses chaînes. Bien décidé à venger la mort de son « créateur », le mort-vivant n’agit plus tel un zombie mais s’empare bel et bien d’un revolver, preuve d’une certaine civilité dans la mise à mort d’un meurtrier. Là où il aurait pu tout simplement lui arracher la jugulaire, la créature prend donc un aspect particulièrement humain pour mener à bien une vengeance où il se montre particulièrement habile. Marchant presque tel un être humain (un problème d’articulations lui fait tout de même garder une démarche bizarre), faisant preuve d’une grande habilité au tir, Boubou fait rapidement mouche et achève le méchant Capitaine Rhodes comme ce dernier avait abattu le Professeur Frankenstein.

Fort de ses apprentissages et d’un sens de l’honneur et de l’amitié particulièrement forts qui l’auront mené à une revanche tout ce qu’il y a de plus humaine, la créature de Logan aura mené sa dernière mission à bien. Une fois sa vengeance conclue, Boubou reprend, visiblement ému, le cours de sa triste existence d’être errant.

Interprète anonyme

Alors que Boubou fait partie des personnages les plus attendrissants, les plus aimés et les plus connus du bestiaire fantastique, son interprète, Sherman Howard, est toujours resté quant à lui cantonné à des rôles mineurs. Ne profitant pas réellement de la notoriété que lui a conféré le personnage, il n’en demeure pas moins un artiste complet qui a participé, depuis, à nombre de productions. Il est, à ce titre, un grand habitué des séries télévisées, pour lesquelles il participe en moyenne à un seul épisode.

On peut aussi retrouver sa voix mythique (ah, l’inénarrable « alloooo, auuuunt Aliceeeee ») dans diverses créations vidéoludiques telles que Command and Conquer : Renegade, Devil May Cry 2, Daxter,… Son plus grand rôle restera néanmoins à jamais celui de Boubou, créature qu’il a su rendre attachante grâce à des mimiques certes discrètes mais bougrement efficaces. Ce rôle était pourtant l’un des premiers de sa longue carrière. A quand un retour dans la peau d’un mort-vivant ?

Des fans à la pelle

Comme dit plus haut, Boubou, alias Bub dans la version originale, fait partie de ces créatures attachantes du cinéma de genre qui compte le plus de fans. Ainsi, certains groupe ont vu le jour sur facebook (lien ci-dessous) près de 25 ans après la sortie du film, tandis que le personnage représente aujourd’hui à lui seul la bande de Romero.

Mieux, il est sans doute la créature la plus marquante jamais créée par le Pape des Morts-vivants, ce qui n’est pas peu dire… D’ailleurs, des T-shirts à son effigie son toujours en vente sur la toile et dans certains magasins spécialisés (lien ci-dessous).

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