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15 février 2010 | Par : Damien Taymans

Les sorcières

Remises au goût du jour par Les sorcières d’Eastwick de George Miller (1987), les Carabosses aux doigts crochus et aux nez furonculeux bénéficient d’une nouvelle mythologie cinématographique trois ans plus tard par l’entremise de l’adaptation d’un roman de jeunesse de Roald Dahl. Ecrivain gallois reconnu pour ses œuvres à destination des plus jeunes, Dahl entretient au fil de sa bibliographie une lutte intergénérationnelle entre l’enfance, à laquelle appartiennent les héros de ses romans et l’âge adulte, composé aussi bien d’adjuvants que d’opposants. L’auteur se distingue des abrutissants romanciers-éducateurs en cultivant un manichéisme des plus limpides (soutenu par des caricatures qui empêchent toute équivocité), quelque peu embué par un humour noir omniprésent.

Le britannique Nicholas Roeg, éminent chef opérateur qui a œuvré sur Docteur Jivago et Fahrenheit 451 notamment, a entamé dans les années 70 une carrière dans la réalisation où il met en pratique son goût du montage embrouillant qui soutient une narration déconstruite. L’un des pionniers dans le domaine, Roeg cultive système le twist et se plaît à révéler quelques éléments cruciaux de son intrigue lors des dernières séquences. Féru des narrations alambiquées, Roeg l’est tout autant en ce qui concerne l’image qu’il façonne au millimètre près afin de lui donner la forme qui lui convient. Ce souci du détail éclate dans Les sorcières où Roeg livre une séquence proprement surréaliste à grands renforts de mouvements alambiqués et d’images noyées dans un flou artistique prompt à provoquer la nausée. La réunion des sorcières s’apparente à un véritable cauchemar éveillé apte à provoquer des terreurs nocturnes à des générations de marmots, auxquels on réserve habituellement un cinéma ankylosé, allégé de toute indécence verbale ou physique.

En la matière, Roeg reste fidèle à l’esprit de Roald Dahl qui se repait du mélange des tons, qu’il manie en habile jongleur, parvenant à offrir à un public très jeune quelques doses de frissons et d’idées macabres. L’aspect résolument répugnant des sorcières (les charmantes mégères un peu bigotes se transforment en de repoussantes créatures au crâne chauve et aux pieds amputés d’orteils), tout comme leur absence totale de morale éclatent lors de deux séquences éblouissantes de froideur. La réunion des sorcières susmentionnée en fait partie, tout comme sa continuité où l’on peut voir une ensorceleuse pousser un landau du haut d’une côte. Roeg insiste, comme Dahl avant lui, sur la cruauté des sorcières qui font appel à la magie noire pour faire disparaitre les enfants de la surface de la Terre (une fille est ainsi intégrée à une peinture où elle dépérit année après année, jusqu’à disparaitre complètement de la toile) et n’hésitent pas à se servir des penchants naturellement enfantins (les bonbons, les animaux exotiques) pour les retourner contre eux.

A la tête de cette organisation digne de la plus efficace des mafias, la Grandissime sorcière contrôle tout et explique étape par étape à ses ouailles écervelées la marche à suivre pour éradiquer l’Angleterre de ces marmots nauséabonds qui veulent leur perte. Anjelica Huston, un an avant de revêtir les vêtements mi-aguichants mi-funèbres de Morticia Addams, éclabousse l’écran de son charme dévorant pour ensuite découvrir en public son hideuse enveloppe et achever la phase de terreur dans laquelle les spectateurs hauts comme trois pommes se voient acculés. Fidèle à l’esprit du roman, Roeg restitue la terreur mais la contrebalance en appuyant le côté grotesque, dépeint l’effroi et le noie dans un surréalisme édulcorant : le contraste, parfait, permet à la bande de se balader dans le registre du merveilleux, du fantastique et de l’horreur et de proposer à une assistance des plus étendues une histoire qui fonctionne a contrario des traditionnelles oeuvres familiales inoffensives.

Les adaptations de Roald Dahl au cinéma se sont multiplié ces dernières années. A Way out (1961), You only live twice (1968), Chitty Chitty Bang Bang (1971) et Charlie et la chocolaterie (1971) ont, depuis les années 90, succédé James et la pêche géante (1996), Matilda (1996), la version de Tim Burton de Charlie et la chocolaterie (2005) et, enfin, Fantastic Mr Fox (2009).

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