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20 février 2010 | Par : Quentin Meignant

Angel Berriatua (Le Jour de la Bête)

Né en 1965 à Bilbao, bastion basque du Royaume d’Espagne, Alex de la Iglesia ne tarde pas à se faire un trou dans l’industrie cinématographique espagnole, à l’époque assez mal en point malgré les efforts de quelques génies, tels que Pedro Almodovar. En 1993, de la Iglesia se signale par le savoureux Action Mutante, aka Acción Mutante, métrage science-fiction bien barré à l’humour décapant. S’offrant un petit tour dans les festivals européens dédiés au genre, le cinéaste ibère se fit rapidement un nom, au point que son premier long-métrage fut nominé au Grand Prix du Festival d’Avoriaz.

Après la réalisation d’une obscure création vidéoludique, intitulée Marbella Antivicio, qui n’a jamais traversé les frontières, de la Iglesia revint à ses premières amours en 1995 et fit réellement son entrée dans la cour des grands avec le délirant Jour de la Bête, alias El Dia de la Bestia. Trustant pas mal de prix au passage (le Méliès d’Or, le Corbeau d’Or au BIFFF, le titre de meilleur film international au Festival Fant-Asia, le grand prix du Festival de Gerardmer et une flopée de Goya Awards), le métrage impose à la face du monde les talents de créateur-fou du réalisateur.

Le Jour de la Bête suit le père Angel Berriatua qui, après vingt-cinq années d´études, arrive à la conclusion que l’Antéchrist va naître le 25 Décembre 1995. Il arrive à Madrid et tente de s’approche du Malin en faisant le mal autour de lui. Ses pérégrinations diaboliques le mettent en contact avec Jose Mari, un colosse satanique drogué jusqu’à la moëlle. Avec son aide, il entre en relation avec le professeur Cavan, le seul qui puisse ouvrir la voie vers Satan.

Théologien de l’ombre

Fort d’une expérience de 25 ans d’études et de recherches en tous genres, Angel Berriatua est un simple curé, un homme de l’ombre, que rien ne prédestinait à devenir, un jour, le défenseur de l’humanité. Véritable féru de la Bible, qu’il connaît comme sa poche, et plus particulièrement de l’Apocalypse selon Saint-Jean, c’est la curiosité à l’endroit des théories de ses pères religieux qui l’a poussé à s’essayer lui aussi à un véritable jeu de logique.

Mais voilà, sans doute plus érudit que nombre de théologiens à la mode et que Nostradamus lui-même (voyant qui avait prédit la fin du monde et don de la Iglesia se sert habilement tout au long de son intrigue), Angel Berriatua remet en cause les différentes théories, avec la sienne, presque certaine à cent pourcent, qui se voit rapidement confirmée par les différents événements se déroulant à Madrid, véritable fourmilière du péché.

Pour arriver au triste constat que la naissance de l’Antéchrist aurait lieu le 25 décembre 1995, jour de Noël, Angel dut décrypter entièrement l’Apocalypse selon Saint-Jean, en remplaçant chaque lettre de la version hébreuse du long ouvrage par une série de chiffre. En additionnant ensuite tous les nombres trouvés et en partant de l’année zéro du calendrier juif, soit 3761 ans Avant-Jésus-Christ, en y ajoutant donc 2.126.410 jours, le « simple curé » fit donc la nique à ses pairs et à ses prédécesseurs.

Si la seule idée de ce travail de sape rebuterait la plupart de ses congénères, il prouve sans aucun doute qu’Angel Berriatua est un curé impliqué dans la cause de l’humanité… mais aussi sévèrement perturbé, ce qui est un fait certain dès les premières scènes mises en place par de la Iglesia.

Madrid, ville du péché

Si notre curé obtient la date de la naissance de l’Antéchrist après de nombreuses années de recherche, le lieu où aura lieu l’avènement du Diable reste, lui, assez flou. Si Angel Berriatua en déduit vite que la ville de Madrid, présentée comme un véritable enfer pavé de mauvaises actions par de la Iglesia, sera l’endroit choisi par le Malin, notamment suite à la disparition de nombreux nouveaux-nés, l’immolation de quelques sans-abris et la profanation d’une centaine de sépultures, il n’a aucune idée du lieu exact qui servira de pouponnière à l’enfant de Satan. Il se rend donc, après la mort violente de son supérieur, l’Evêque Saturnino Garcia, écrasé sous un gigantesque crucifix, dans la capitale espagnole, dans le but de se rapprocher du Malin et de tuer, in extremis, le fruit de ses entrailles.

Curé malfaisant

Pour pactiser avec le Diable, Angel Berriatua n’a, selon lui, pas le choix : il doit accumuler un nombre important de méfaits en tous genre à Madrid, renier la foi qu’il a en Dieu, quitte à ce que le salut de son âme n’ait jamais lieu. Dès lors, il multiplie les mauvaises actions en tous genres à peine descendu du train qui l’a débarqué dans la capitale espagnole. Voici donc une liste non-exhaustive des péchés commis :

Y a-t-il un curé pour sauver l’humanité ?

Bien entendu, ces efforts pour se rapprocher de Satan et renier son attachement à Dieu restent plutôt vain et amènent Angel dans des situations quasi inextricables, le malheureux curé croisant par ailleurs une faune madrilène on ne peut plus particulière. Entre sa visite d’un magasin de musique grungy et son arrivée dans une sorte de pension de famille miteuse à souhait, le héros fait la connaissance d’un monde totalement inconnu, à mille lieue de l’univers qui lui avait apporté tant de bonheur et de foi jusque là.

Ainsi, l’homme avoue à un certain moment qu’il n’avait encore jamais regardé la télévision, même s’il savait exactement ce que c’était. Sa première rencontre avec l’objet, hormis les téléviseurs qui peuplent les vitrines colorées des rues de Madrid, il la doit au Professeur Cavan, dont il suit l’une des émissions dans le but de le rencontrer.

En fait, depuis ses découvertes concernant l’Apocalypse, la vie d’Angel a diamétralement changé et sa vision des choses est influencée par le véritable chronomètre qui pèse de tout son poids sur une humanité insouciante, répugnante et indéfendable (mais tout de même défendue par notre cher curé). Ecrasé par la pression inhérente à sa situation, il perd la boule plus qu’à son tour, se lamentant à de nombreuses reprises, faisant montre d’un état de surmenage et de nervosité avancé et suppliant presque de simples ères de le mener tout droit vers le Diable. Il s’en prend ainsi à diverses personnes, telles qu’un distributeur de prospectus concernant Nostradamus, un conférencier qui évoque le même thème, une métalleuse au collier satanique (ce qui lui vaut d’atterrir la tête première contre un urinoir) ou encore à quelques vierges, dont il a besoin du sang pour une invocation de Satan.

C’est d’ailleurs à partir de cette séquence d’invocation et de pacte avec le Diable que l’aventure d’Angel Beriatua et de ses compagnons d’infortune (voir chapitre suivant) débute réellement sur de bonnes bases, le lien avec le Malin ayant été effectué. Il ne seront dès lors que trois pour sauver l’humanité et le fer de lance (émoussé) qu’est notre bon curé continuera son œuvre destructrice menant tout droit à l’enfant du Diable.

Compagnons d’infortune

Si Angel Berriatua a mis toute sa bonne volonté à contrer Satan et à le traquer dans une ville où chaque coin de rue recèle une part de ce dernier, il n’aurait sans doute pas pu progresser sans ses deux compères, compagnons d’infortune qui paieront chacun un lourd tribu à leur attachement au bon curé.

Tout d’abord celui-ci croise Jose Mari, un amateur de métal, colosse drogué, carburant aux champignons hallucinogènes, au LSD et à toutes sortes de produits prohibées. Rencontré dans un magasin dédié à la culture rock, il se montre directement très attaché au curé et, ayant le cœur sur la main, le loge dans l’hötel de sa maman, une mégère violente et survitaminée. Les personnages qu’il croisera dans ce lieu de dépravation profonde auront tous leur importance dans sa quête et, hormis quelques couacs (tel que le meurtre de la mère de Jose Mari par Angel lui-même), on peut dire que le curé se fait assez rapidement à ce nouvel environnement. Il montre même, malgré son stress, une grande amitié envers Jose Mari, dont les accès de colère ou de joie (provoqués par l’abus de psychotropes) restent malgré tout imprévisibles.

Les aventures du duo les mèneront tout droit vers le Professeur Cavan, star de la télévision espagnole, qui cartonne avec un show basé sur ses soi-disant pouvoirs de médium. Si l’émission sent la supercherie à cent mètres pour la plupart des spectateurs, Angel plonge les deux pieds dedans et séquestre Cavan chez lui et se montre extrêmement violent envers ce dernier, afin qu’il invoque Satan en sa compagnie. Après l’apparition du Diable lui-même, sous la forme d’un chèvre, Cavan se rend à l’évidence et apporte tout le crédit nécessaire aux théories du curé, dont les accès de colère et la folie ne cessent pourtant d’augmenter. Le Professeur se transforme alors en sauver de l’humanité totalement barré, supprimant les programmes de la nuit de Noël au profit d’une gigantesque chasse au bébé. Il est sans aucun doute l’une des clés les plus importantes de la résolution de l’intrigue.

Acteur fétiche

Pour incarner Angel Berriatua, curé véritablement barré, centre d’une mise en scène à l’humour décapant, Alex de la Iglesia avait besoin d’un interprète hors pair, capable de conférer toute la drôlerie à l’intrigue mise en place par le cinéaste.

Exceptionnel à ce point de vue dans Action Mutante, le premier long de de la Iglesia, où il incarnait avec brio deux frères siamois, Álex Angulo remis le couvert pour le plus grand plaisir des fans déjà nombreux du cinéaste. Livrant une prestation sans faille, le comédien parvint sans problème à instiller à son personnage toute la sympathie, l’honnêteté burlesque et la verve nécessaire à l’établissement d’un véritable mythe. Primé pour ce rôle aux Ondas Award, Angulo, qui aurait sans doute mérité bien d’autres récompenses, a, depuis multiplié les participations à divers projets cinématographique et télévisuels, à tel point qu’il compte déjà 75 œuvres à sa filmographie d’acteur, ajoutant à cela une courte expérience de producteur (un seul court-métrage, intitulé Lourdes de Segunda mano).

Malgré cette omniprésence sur le devant de la scène et des participations remarquées dans le cinéma de genre (Le Labyrinthe de Pan, Imago Mortis), on peut tout de même affirmer que le rôle le plus brillant jamais accepté par l’acteur fut celui d’Angel Berriatua, ce curé qui marqua l’Histoire du cinéma espagnol.

Commentaires

A Nico : Il s’agit bien entendu d’un jeu de mot placé dans le chapeau. Cura veut dire curé en espagnol et comme l’article est dédié à notre cher curé...

25 avril 2012 | Par Quentin Meignant

le titre original du film est "el dia de la Bestia", pas "El dia del cura"

25 avril 2012 | Par SwFilpNico

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