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BACK TO THE FEATURE

25 janvier 2010 | Par : Quentin Meignant

Le Comédien (Watchmen)

New York, 1985 sur notre calendrier, minuit moins douze sur l’horloge de l’holocauste nucléaire. Une loi interdit désormais aux superhéros d’exercer leurs pouvoirs. Seuls quelques-uns restent à la solde du gouvernement. Les autres vieillissent et s’interrogent sur leur inutilité. Il semble pourtant que quelqu’un cherche à éliminer un à un les membres d’un ancien groupe, comme si leur présence constituait une menace. Rorschach, vengeur masqué et psychopathe qui a préféré devenir un hors-la-loi plutôt que d’accepter les nouvelles règles, mène l’enquête. Il cherche à convaincre ses anciens partenaires qu’un tueur est après eux. Un tueur derrière lequel se cache une terrible vérité.

Tel est le pitch de Watchmen, roman graphique phare des 80’s, transposé avec brio sur grand écran en 2009. Longtemps jugé inadaptable par les producteurs cinématographiques, l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons fut l’objet du travail d’un passionné, Zack Snyder, qui, en un peu plus de deux heures, parvint à tirer la quintessence de la plus splendide uchronie de l’histoire.

Parmi les héros créés par Moore et Gibbons, Le Comédien, dont le destin tragique s’étale dès les premières pages, fait office de véritable pierre angulaire du récit. Son meurtre est en effet à la base de l’intrigue.

Tragique entrée en scène

Dans le roman graphique de Moore et Gibbons, tout commence par la mort déjà avérée du Comédien, homme mystérieux dont les enquêteurs ignorent presque tout, hormis qu’il s’agit d’un homme bien placé auprès du gouvernement (photo avec Nixon à l’appui). Déjà défenestré depuis un petit temps, Edward Blake apparaît donc pour la première fois par le biais d’un flashback, chose qui se répétera ensuite à de nombreuses reprises dans le récit. Le Comédien est donc un héros « mort-né » dans les écrits des deux hommes.

Il n’en va pas exactement de même dans l’adaptation cinématographique signée par Zack Snyder puisque ce dernier, après avoir laissé entrevoir les méfaits du comédien durant le somptueux générique de l’œuvre, démontre toute la violence de sa mort dans une séquence puisant son inspiration tant dans les dessins de Moore et Gibbons que dans le style 300, abondant en ralentis spectaculaires. Dans le métrage Watchmen, Le Comédien est sans aucun doute le personnage dont l’histoire a été le plus remodelée, les flashbacks et éléments disposés par les auteurs de l’œuvre originale étant disposé de manière assez différente dans l’uchronie mise en place par Snyder.

Une longue et « belle » carrière

Si Le Comédien reste un personnage à part, tant dans son comportement que dans sa vision d’un monde idéal, il n’en demeure pas moins le justicier à la longévité la plus importante. En effet, Edward Blake intègre la troupe des Minutemen dès ses balbutiements, tissant des liens parfois assez minces avec les autres membres du groupe.

D’ailleurs, ses multiples incartades (voir par ailleurs) sont à l’origine des dissensions qui frappèrent les Minutemen à plusieurs reprises. Toujours attaché à son sens particulier de la justice, Le Comédien ne se repose pas sur ses lauriers et, à l’heure où ses ex-camarades prennent leur retraite, il continue à travailler et intègre le tout nouveau groupe de justiciers, appelé les Watchmen. Si, là aussi, les relations avec ses compagnons d’aventures ne sont pas au beau-fixe, le héros se multiplie dans des entreprises plutôt obscures. Véritable bourreau d’un pouvoir qui cadre bien avec sa vision assez extrémiste et décalée du monde, Le Comédien multiplie les hauts faits d’arme pour Nixon, ce qui lui permet de se dérober à la Loi Keene, qui signifie la fin de carrière des héros masqués. Au même titre que le Dr. Manhattan, Le Comédien demeure donc au service du Président.

Soldat d’élite

Alors que Le Hibou et Rorschach (voir FLASHBALL à son sujet), notamment, prennent simplement place dans une société cauchemardesque et s’occupent de gérer les troubles communs à la société, Le Comédien, lui, trouve sa spécialité dans le combat commando. On le retrouve ainsi au Vietnam, en plein champ de bataille, en train de s’amuser avec un lance-flammes, terrorisant la population locale. S’il est certain que le visage de la guerre a changé avec l’entrée en jeu du Dr. Manhattan, Edward Blake a, à lui seul, terrorisé de nombreux belligérants, permettant de véritables avancées.

Avec des centaines de morts sur la conscience, Le Comédien n’éprouve cependant aucun remords sur l’instant, se contentant de combattre l’ennemi et de fêter la victoire de son pays. Toujours obsédé par l’ordre, c’est lui qui tua le Président Kennedy, d’après les ordres de Nixon laisse-t-il entendre, ainsi que Carl Bernstein et Bob Woodward, les deux journalistes ayant enquêté sur le scandale du Watergate.

De tels trophées à son palmarès devraient, à eux seuls, le marquer à vie, chose dont Le Comédien se défend, presque jusqu’au bout. A quelques jours de sa mort, il se confie néanmoins auprès de son pire ennemi, le brigand Moloch, qui longtemps, lutta contre les Minutemen et les Watchmen. Malgré tout, ces confidences sont simplement à mettre sur le compte des événements apocalyptiques qui suivront, dont Le Comédien avait déjà cerné la portée. Seul à savoir ce qu’Ozymandias avait programmé, le héros n’y survivra guère.

Méfaits en tous genre

S’il est certain que Le Comédien a rendu de fiers services à sa patrie, il n’en demeure pas moins le héros masqué le plus malfaisant de la création. En effet, il ne compte plus les morts absurdes qu’il a semées sur son passage. L’instant le plus noir de son triste palmarès se situe sans aucun doute au Vietnam, où, après avoir été blessé par une autochtone enceinte de lui-même, il tue la malheureuse de sang froid.

Dès lors, outre ses meurtres politiques (dont on ne peut lui imputer totalement la faute), Le Comédien se distingue par de véritables massacres de civils sur le sol américain (juste avant la Loi Keene) mais aussi à une tentative de viol sur le premier Spectre Soyeux, événement qui mit plus ou moins fin à la bonne entente des Minutemen. Il entretint néanmoins par la suite une romance avec cette dernière, ce qui engendra la naissance de Laurie Jupiter, future deuxième Spectre Soyeux.

« Tout n’est que plaisanterie »

Alors que Le Comédien, avec tous les méfaits énoncés ci-dessus, pourrait être perçu comme un monstre, il n’en est rien. Malgré les apparences, le héros s’avère être un homme à l’histoire poignante, certes victime de son tempérament et de ses idées proches de l’extrême droite, dont le caractère dépressif s’affirme d’image en image.

Dissimulant ce manque d’envie de vivre derrière un cynisme à toute épreuve, Le Comédien paraît avant tout se moquer de tous les éléments de la vie. Ce constat est mis à mal lorsque le héros va se confier auprès de Moloch au sujet du destin funeste du Monde. Son alcoolisme et sa vicissitude sont par ailleurs les métaphores les plus prégnantes de son mal-être profond.

Look référentiel

Même si Watchmen brille surtout par l’aspect énigmatique et le traitement particulier apporté au look de Rorschach (voir FLASHBALL à son sujet), Le Comédien n’est pas en reste, avec une propension à s’inspirer de super-héros ou de super-méchants très connus.

Ainsi, le look du héros est un clin d’œil permanent à Peacemaker, un personnage qui appartenait à Charlton Comics avant d’être vendu à DC Comics. De plus, après avoir été blessé par la femme qui attendait son enfant au Vietnam, il se pare d’un masque évoquant sans aucun doute le Joker, super-vilain présent dans les cases de Batman.

Il est, à ce titre, le seul héros de Watchmen à changer de costume en cours de carrière, en remplaçant notamment son costume de tissu jaune par une armure de cuir marquée du drapeau américain, après avoir été blessé au couteau dans une rixe.

Révélation d’un Comédien

A l’image du personnage de Rorschach (voir FLASHBALL à son sujet), campé avec brio par Jackie Earle Haley, Zack Snyder a su cerner au mieux la personnalité du Comédien et lui trouver l’interprète le plus ressemblant, tant physiquement qu’émotionnellement.

Jeffrey Dean Morgan, habituellement confiné à des apparitions dans de nombreuses séries télévisées (Supernatural, Weeds, Monk,…), incarne à merveille le héros, représentant au mieux ce qui devait être une des grosses « tronches » du métrage. Ressemblant presque à s’y méprendre à Robert Downey Jr. (dont le cachet eût été bien plus imposant et dont le nom aurait suffi à passer sous silence les autres comédiens embauchés par Snyder), Jeffrey Dean Morgan brille par une interprétation magistrale qui en fait l’une des grandes révélations de l’année 2009.

A l’image de Jackie Earle Haley, qui, lui, a pu reprendre le rôle de Freddy Krueger, Jeffrey Dean Morgan multiplie dès lors les apparitions de premier ordre depuis le succès de Watchmen. L’acteur participe ainsi à The Resident, le renouveau de la Hammer, et, surtout, au remake du grand classique uchronique Red Dawn. Zack Snyder peut donc se vanter d’avoir ouvert une voie royale à deux comédiens de choix qui n’ont guerre fini de faire parler d’eux.

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