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5 décembre 2009 | Par : Quentin Meignant

Rorschach

Œuvre phare

New York, 1985 sur notre calendrier, minuit moins douze sur l’horloge de l’holocauste nucléaire. Une loi interdit désormais aux superhéros d’exercer leurs pouvoirs. Seuls quelques-uns restent à la solde du gouvernement. Les autres vieillissent et s’interrogent sur leur inutilité. Il semble pourtant que quelqu’un cherche à éliminer un à un les membres d’un ancien groupe, comme si leur présence constituait une menace. Rorschach, vengeur masqué et psychopathe qui a préféré devenir un hors-la-loi plutôt que d’accepter les nouvelles règles, mène l’enquête. Il cherche à convaincre ses anciens partenaires qu’un tueur est après eux. Un tueur derrière lequel se cache une terrible vérité.

Tel est le pitch de Watchmen, roman graphique phare des 80’s, transposé avec brio sur grand écran en 2009. Longtemps jugé inadaptable par les producteurs cinématographiques, l’œuvre d’Alan Moore et Dave Gibbons fut l’objet du travail d’un passionné, Zack Snyder, qui, en un peu plus de deux heures, parvint à tirer la quintessence de la plus splendide uchronie de l’histoire.

Parmi les héros créés par Gibbons et Moore, un personnage particulièrement sombre et antipathique, mais curieusement attendrissant, retient l’attention. Son nom est Rorschach.

Identité secrète

A l’inverse de la plupart des Gardiens qui, petit à petit, ont dévoilé leur identité et sont entrés comme il se devait dans une vie rangée et bien monotone, Rorschach reste le mystérieux héros masqué que tout le monde redoute et pourchasse. Se faufilant aisément dans les endroits les mieux gardés de la planète, l’homme tient plus que jamais à l’anonymat, n’admettant toujours pas la Loi Keene, celle qui obligea les Gardiens à dévoiler leur identité et à stopper leurs activités de justiciers.

Certes, cette loi avait tout d’abord pour but d’arrêter certaines exactions dont se sont rendus coupables le Comédien et, bien entendu, Rorschach, mais l’évolution du Monde vers l’apocalypse et le chaos, la violence et la drogue, pousse Rorschach à se considérer comme l’un des seuls êtres « purs et courageux de la ville.

Marginal

Là où Ozymandias brille par sa richesse et son intelligence largement exposées à la face du monde entier, et où Docteur Manhattan et son tendre Spectre Soyeux coulent des jours plus ou moins heureux dans les locaux secrets de l’état, Rorschach, de son vrai nom Walter Joseph Kovacs, fait partie de ces petites gens que personne ne remarque.

A ce titre, il n’est pas rare de l’apercevoir en fond d’écran (ou d’image) avec des panneaux annonçant l’apocalypse, le héros surveillant au passage, sous le couvert d’un physique commun, voire franchement peu engageant, ses anciens amis.

L’anti-Sex Symbole

Roux, frisée, malingre, décidément Walter Kovacs n’a rien pour lui. Très pauvre, il est vêtu de guenilles sales et sombres. Cet accoutrement et son visu franchement peu engageant lui permettent néanmoins d’être l’anonyme parfait dans une société à la dérive où la misère et la folie règnent en maîtres.

Fils de pute

Elevé dans la misère la plus totale, Walter Kovacs n’a guère la chance de connaître son père, qu’il croit être un immigré hongrois, resté seulement trois mois avec sa mère. Le héros s’est créé une véritable mythologie autour de ce géniteur absent, fan du président Truman, ce qui explique l’attrait de Rorschach pour une politique particulièrement de droite.

Sa mère, quant à elle, se prostitua durant l’enfance de Rorschach, délaissant son enfant, qui assistait, désemparé, au triste spectacle de sa mère accueillant de nombreux hommes. Cet élément malheureux fut capital dans l’évolution du jeune Walter qui, petit à petit, se transforma en sociopathe de la pire espèce. Abhorrant le vice et les moqueries, il devient rapidement violent et impulsif, arrachant notamment un morceau de joue d’un garçon plus vieux que lui qui l’avait traité de « fils de pute ».

Ce caractère, non expliqué d’après les psychiatres, s’affirme de plus en plus, jusqu’à la disparition de sa mère, retrouvée morte dans sa chambre. Le doute plane d’ailleurs à ce propos quant à la culpabilité de Rorschach.

Justicier sociopathe

Après avoir été baladé de centres en homes, Rorschach se retrouve, jeune adulte, à la rue et doit subsister grâce à un travail de couturier qui s’assimile à de l’esclavage. Un jour, alors que les héros tentent désespérément de rétablir l’ordre dans la cité, il trouve un morceau de tissu, créé par Docteur Manhattan, dont les formes fluctuent. C’est le déclic, Walter Kovacs devient enfin Rorschach, trouvant, dans le morceau de tissu, le masque idéal.

Passant ses nuits à combattre le crime, Rorschach devient très vite l’un des Gardiens les plus performants, capturent nombre de criminels. Suite à la disparition d’une fillette, il croise le chemin d’un pédophile particulièrement retors qui a donné sa proie en pâture à ses chiens.

C’est est trop pour Rorschach, qui abhorre de plus en plus cette société qui tue les innocents au profit de criminels qui s’en sortent à trop bon compte. De simple justicier, Rorschach se transforme en juge et exécuteur, abattant le pédophile et faisant subir le même sort à chaque contrevenant (dont un bandit masochiste aimant se faire battre par les Gardiens).

Dernier rempart de « sa justice », Rorschach devient l’ennemi de la police et d’une société corrompue. Avec des méthodes d’interrogatoire particulièrement musclées, il sera néanmoins le véritable sauveur des Gardiens, victimes d’une conspiration machiavélique.

De l’écrit à l’écran

Zack Snyder, en véritable passionné de l’œuvre originelle d’Alan Moore et de Dave Gibbons, ne pouvait que rester le plus fidèle possible au récit mis sur pieds 24 ans plus tôt. Dès lors, personnage important dans le roman graphique, Rorschach s’impose rapidement comme le héros omniprésent de la bande de Snyder.

Reprenant parfois mot pour mot les savoureuses réplique du héros sociopathe, le metteur en scène trouve l’acteur parfait pour incarner Walter Kovacs : Jackie Earle Haley. Cet artiste, au physique assez peu engageant, n’avait, jusque là, jamais vu sa carrière véritablement décoller, se contenant de nombreux one shot dans des séries plus ou moins cotées et de quelques rôles dans d’obscures pellicules de cinéma de genre.

Celui qui fut néanmoins nominé pour l’Oscar du meilleur second rôle en 2006, pour Little Children, trouva en Rorschach le personnage idéal pour enfin totalement s’épanouir sur grand écran. L’air hagard sans masque, le jeu de scène particulièrement puissant lorsqu’il revêt son attirail, Jackie Earle Haley se révèle être une véritable trogne du cinéma et confère à Rorschach tout l’impact nécessaire. Le héros n’en est que plus sympathique, à l’image de la prouesse subconsciente à laquelle étaient parvenus Gibbons et Moore 24 ans plus tôt.

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