Back to the feature

BACK TO THE FEATURE

29 juillet 2009 | Par : Damien Taymans

Batman

Pour tenter d’égaler le succès de Superman, l’éditeur de Detective Comics demande au dessinateur new yorkais Bob Kane, alors âgé de 23 ans à peine, et au scénariste Bill Finger de créer un nouveau super-héros dont les aventures seraient capables d’enflammer l’imagination des lecteurs. En 1939, apparaît dans le vingt-septième numéro des DC Comics un justicier ténébreux qui doit faire face à une pléiade d’ennemis hauts en couleur parmi lesquels dominent les figures patibulaires du Joker, clown grimé de blanc au sourire figé, la chatoyante et brûlante Catwoman, le lunatique Double Face, l’impitoyable et manipulateur Pingouin et l’énigmatique Sphinx (alias l’Homme-Mystère).

Quatre ans plus tard, le personnage est porté à l’écran dans un serial sous la caméra de Lambert Hillyer, le costume du héros incombant à Lewis Wilson, bientôt suivi en 1949 par un nouveau serial de Spencer Gordon Bennett. Les salles obscures devront attendre cinquante ans avant de voir virevolter sur leurs toiles immaculées le justicier masqué. L’argument depuis n’a pas évolué d’un iota. A Gotham city, sorte de vision fantasmatoire du New York des années 40, règnent la corruption, l’anarchie, la pollution et le cynisme. La bande de Carl Grissom et de Jack Napier agresse les passants pour les dépouiller, semant ainsi désordre et chaos au sein de la cité. Soudain surgit un justicier providentiel, tout de noir vêtu, coiffé d’une cagoule aux oreilles pointues et drapé d’une cape bouffante, apanage de la figure super-héroïque. Personnage un peu moins positif que celui campé au cinéma par Christopher Reeve, Batman est un redresseur de torts qui veut purifier une cité manipulée par des lâches et des pourris et dominée par le Joker qu’un plongeon dans un bain d’acide a défiguré. Loin de l’anonymat habituel des schizophrènes en collants, Batman possède une vie exposée à la ville puisqu’il n’est autre que Bruce Wayne, ce nanti cloîtré dans une bâtisse victorienne, au sous-sol high-tech, qui influe à distance sur les intérêts de la ville.

Pour donner naissance à ce fantasme pelliculé, la Warner débauche le très courtisé Tim Burton, alors réalisateur de deux comédies délirantes – quoique inégales - Pee Wee’s big adventure et Beetlejuice qui saisit parfaitement l’esprit de la bande dessinée originelle et lui fournit une matérialité pelliculée. Bande dessinée en trois dimensions, Batman possède toutes les caractéristiques du matériau de base : des personnages sommairement dépeints (les gentils d’un côté, les méchants de l’autre), une intrigue assez simpliste, le tout emballé dans des décors surréalistes extrêmement réalistes (ils auront à eux seuls nécessité un tiers du budget de départ). Sombre et crasseuse, Gotham la ténébreuse voit batifoler dans ses rues mal éclairées la bande du Joker, ce génie du mal, excellemment interprété par un Jack Nicholson qui cabotine à outrance et confère ainsi au personnage sa vraie dimension bédéique. Lui faisant face, Michael Keaton campe un bien fade justicier et se trouve aux antipodes de la livraison délirante fournie dans Beetlejuice. A ses côtés, la très séduisante Kim Basinger qui prouve une nouvelle fois son habileté à jouer de ses charmes tout en faisant montre de ses incroyables talents d’actrice (qualités déjà perceptibles dans Ma belle-mère est une extraterrestre).

A l’aube de la tétralogie des années 90 (dont le meilleur épisode est sans conteste Batman, le défi du même Burton), Batman s’impose surtout dès sa sortie comme un très plaisant et spectaculaire entertainment, largement soutenu par une machinerie marketing bien rôdée et par l’une ou l’autre controverse qui le sert plutôt qu’il ne le dessert. En Grande-Bretagne, la polémique autour d’une émission télévisuelle appartenant à deux chaînes concurrentes entraîne la rediffusion de la série des années 60 tandis qu’en Belgique, la sortie du film est restreinte aux moins de 16 ans, considérée alors comme l’égal du Orange mécanique de Kubrick. Des embûches qui alimentent considérablement le buzz autour du film et qui lui permettent de réaliser l’un des plus beaux scores au box-office de la décennie. A noter qu’à l’époque, un deuxième volet est directement planifié et qu’il était question de Michael J. Fox pour camper Robin (finalement absent du deuxième tome et ressorti dès le troisième opus sous les traits de Chris O’Donnell) et de Dustin Hoffman pour le Pingouin (qui reviendra en réalité à Danny DeVito).

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