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8 juillet 2009 | Par : Gore Sliclez

Abyss

The Abyss

Date de sortie : 4/10/1989 (Belgique), 27/09/1989 (France)

Le même jour : début de Putsch au Panama contre le régime de Manuel Noriega, 11000 réfugiés de l’Allemagne de l’Est partent pour l’Allemagne de l’Ouest, Chevardnadze répond positivement contre l’arme chimique à Georges Bush Sr.

Au cinéma cette semaine là : Cinéma Paradisio (Tornatore), Old Gringo (Puenzo), Etat de choc (Becker).


On le souligne peut-être un peu moins mais James Cameron, en plus d’être un réalisateur de génie, est également un scénariste de grande qualité capapble d’inventer des histoires bien ancrées dans leur époque, anticipatives, originales et solides, flairant le bon moment pour les adapter au cinéma. Ce fut sans conteste le cas avec Abyss, trois ans après le cultissime Aliens, qui reprit un sujet très bankeable à l’époque, celui des extraterrestres confrontés à la technologie militaire des humains.

Mais pour justement ne pas se noyer dans la redite, Cameron préfère situer son histoire dans les profondeurs insondables et obscures de l’Océan. “Un jour, nous raconte le réal passionné de plongée sous-marine, au fond de l’eau, j’ai vu un trou et je me suis dit : Que peut-il se passer là-bas ? J’avais écrit un petit texte quand j’étais jeune, à l’université. À l’époque, je rêvais d’être écrivain. J’en ai repris deux ou trois idées lorsque, voici deux ans, j’ai commencé à travailler sur Abyss.”

L’intrigue : un sous-marin nucléair, équipé d’ogives, est échoué sur le rebord d’une faille de 8000 mètres de profondeur. L’armée réquisitionne alors une plate-forme expérimentale de forage, capable de localiser le sous-marin et de récupérer ses armers de destruction massive avant qu’elles ne tombent aux mains des Soviétiques. Mais au bord de l’abysse, ces chercheurs des grands fonds rencontrent l’inimaginable : une présence extra-terrestre, gigantesque comme une cité perdue.

Et sur cet intérêt quasi obsessionnel des aliens durant cette riche décénie des années 80 Cameron confiera : “L’extra-terrestre constitue un archétype, au même titre que les anges, les visions de Marie ou les Ovni. Je ne sais pas si tout cela existe. Je sais par contre que nous voudrions que cela existe et que nous aimerions pouvoir les contacter. C’est toujours intéressant de situer ces archétypes dans un nouveau contexte.”

Ce sera donc chose faite en 1989, quand il décide de se lancer dans ce projet gigantesque de 70 millions de dollars et tourné en grande partie dans une ancienne centrale nucléaire désafectée à Gaffney (Caroline du Sud) où se trouvait une cuve gigantesque remplie avec 26 millions de litres d’eau à 35° permetant les prises de vue soumarines des maquettes à l’échelle 1/3 et le tout recouvert de tonnes de billes en polystyrène pour garantir une obscurité totale. Une cuve dans laquelle James Cameron passera 550 heures dans l’eau. “Il m’est arrivé de passer onze heures sous l’eau, en une journée et certains acteurs y ont passé 200 heures.” Parmi ceux-ci, les deux stars du film : Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio, deux choix étonnants que le réalisateur justifie néanmoins : “Ce sont des comédiens très respéctés dans le milieu du cinéma. Moi je cherchais davantage un comédien qui convienne au rôle plutôt que de devoir retravailler le rôle pour rester dans l’image d’une superstar. Quand le responsable du casting m’a propposé Mary Elizabeth, je trouvais qu’elle était trop belle, trop féminine pour ce rôle." Il m’a dit : “Essaie-la d’abord.” J’ai été conquis.” Et de retrouver ainsi un rôle féminin fort que Cameron affectionne particulièrement à l’instar d’une Ripley ou d’une Sarah Connor. Enfin, mention spéciale à cet acteur fétiche du réal, Michael Biehn (Saturn award en 89 pour son rôle), interprétant le Lieutenant Hiram Coffey, ce soldat atteint de la phobie des profondeurs et devenant une machine de guerre incontrôlable et terriblement dangereuse.

On connaît l’univers high-tech et musclé, voire viril, de Cameron qui en véritable physicien et fils d’un ingénieur privilégie toujours ce qui se fait de mieux dans les récentes découvertes techniques et forcément cinématographiques également. Un des points forts de l’oeuvre sera sans nul doute ce liquide ingurgité par Virgil Brigman (Ed Harris) permettant à celui-ci d’évoluer dans l’eau sans aide respiratoire extérieure. “Ce fluide existe, prétend Cameron. Du temps de mes études, j’avais entendu une conférence donnée à ce sujet par un chercheur. Je me suis souvenu de son nom et je l’ai recontacté en préparant le film. C’est assez étonnant. Actuellement, on travaille surtout sur des rats et, dans mon film, la scène du rat plongé dans le fluide est tout à fait réel. On l’a faite avec cinq rats et le vrai fluide. Tous les rats ont survécu. Pour l’homme, c’est évidement un trucage. Mais ces expériences sont passionnantes. Elles pourraient se révéler très utiles pour les enfants prématurés nés très longtemps avant le terme. Après tout, dans le ventre de la mère, ces bébés vivent aussi dans un milieu liquide.”

Autre technologie utilisée pour son film cette fois, c’est celle du morphing exploitée pour la scène de ce boudin d’eau qui, comme par mimétisme, reproduit les visages. Une technique CGI jamais utilisée auparavant et que Cameron reprendra pour son Terminator 2 bien avant les autres commes Stargate (1994), Le Cinquième Elément (1997) ou encore The Matrix (1998). Une création prodigieuse qui allait révolutionner le monde des effets spéciaux et qui fut récompensée à sa juste valeur par l’Academy Awards avec l’Oscar des meilleurs effets spéciaux décérné aux superviseurs géniaux que sont Dennis Muren, John Bruno, Dennis Skotak et Hoyt Yeatman. À noter également pour l’anecdote et pour les spécialistes, Abyss fut le premier film à utiliser la technologie naissante d’Adobe Photoshop ainsi que le son direct par vingt mètres de fond ce qui donne un réalisme aux dialogues à couper l’arrivée d’air.

Si beaucoup de spectateurs furent déçus du final en apothéose, force est de constater que le film a plutôt bien vieilli vingt ans après, preuve que la mise en scène nerveuse et remarquablement orchestrée parvient à préserver l’impact auprès du public à l’instar d’un Terminator ou encore d’un Aliens. Peur des profondeurs, claustrophobie, engins mécaniques ou encore monstres tapis dans l’ombre, Cameron nous offre un nouveau condensé de son cinéma musclé, percutant et véritable hommage hybride entre Fantastique et Science-Fiction. Premier film édité en THX Laserdisc (ou Vidéodisque), Abyss reste une des oeuvres majeures dans la filmographie du réal et un incontournable du genre.

Commentaires

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