Back to the feature

BACK TO THE FEATURE

25 juin 2009 | Par : Gore Sliclez

Baxter

C’est le 18 janvier 1989 que sortit sur les écrans en France Baxter de Jérôme Boivin dans une indifférence quasi totale. Au même moment, en Belgique, le film est projeté au Festival du cinéma de Bruxelles, un cadeau pour celui-ci puisque programmé quelques jours avant le festival du film d’Avoriaz où il recevra d’ailleurs une mention spéciale. La critique y est positive, quoique quelque peu réservée, et déjà certains s’étonnent du peu d’enthousiasme autour de cette œuvre atypique (premièr long) de l’inconnu Boivin, auteur de deux courts métrages auparavant.

Le film raconte l’histoire d’un chien, un bull-terrier blanc, qui a la particularité de penser et de jouer au moraliste. Il comprend l’attitude des humains à son égard et analyse leurs sentiments tout en nous communiquant les siens. Adopté par un jeune couple, il se retrouve délaissé à la naissance de leur bébé. Recueilli alors par le jeune Charles, il découvrira en lui un maître violent et morbide...

Inspiré du ("très beau")roman éponyme et méconnu de Ken Greenhall, Baxter, des tueurs pas comme les autres, Jacques Audiard et Jérôme Boivin se penchent sur le roman pour l’adapter instantanément au cinéma. “Plusieurs choses, indique le scénariste, nous ont inspiré. D’abord bien sûr l’idée de mettre en scène un chien qui raisonne. Mais également le parallèle jeté entre Baxter et l’enfant qui devient l’un de ses maîtres. Nous avons là deux êtres immoraux, le chien parce que c’est un animal, le petit garçon parce qu’un gosse n’a pas encore trouvé ses repères. À partir de là, tout aurait pu être simple, mais rien ne le sera en fait. Le chien pas vraiment sympathique au départ, va évoluer vers une sorte de sainteté. Dans l’enfant, au contraire, on verra se réveiller la crapule qui sommeillait. J’aimais la possibilité que le sujet m’offrait de mettre à mal toute une littérature organisée depuis deux siècles autour d’une vision œcuménique des rapports entre l’enfant et l’animal.”

Jacques Audiard veut bien sûr parler du Grand Bleu de Luc Besson et de l’Ours de Jean-Jacques Annaud tous les deux sortis quelques mois plus tôt à peine. Amoral, Baxter nous plonge dans un cynisme proche d’une Tatie Danielle. Après la revanche de la p’tite vieille, c’est une autre sorte de coup de pied au cul rageur qui met à mal les visions édulcorées et que reproduisait un cinéma plus consensuel à l’époque. Le chien, cet animal domestique si proche de l’homme, devient ici un être inquiétant qui épie nos défauts et nos faiblesses de façon implacable. Une radiographie sans concession des hommes et de leur hypocrisie sociale à travers le regard du meilleur voyeur qui soit. "Je voulais et de l’émotion et du malaise" témoigne Jérôme Boivin. L’enfant, graine de fasciste, n’est pas en reste, que du contraire, car ici aussi l’œuvre de Greenhall déconstruit l’image angélique de l’enfant roi, cet autre être innocent et surprotégé de notre monde et qui devient psychopathe plus qu’inquiétant dans le film, véritable passionné du monde nazi.

Pas de casting bankable pour Baxter, aucun acteur n’ayant réellement percé par la suite, le film fut un véritable pari à présenter aux producteurs. Un projet impensable aujourd’hui malheureusement ! Seule, la voix de Baxter, offerte par Maxime Leroux est une véritable réussite, "un très, très bon comédien, confie Boivin. "Après plusieurs nuits à s’enfermer en studio et à essayer, petit à petit, le ton est venu, le rythme, le débit. C’est un comédien il sait faire monter, distendre les temps, remettre des accélérations..."

Pour l’anecdote, le tournage du film eut lieu en Belgique. "Car ce que j’aime en Belgique, pour nous qui venons de France, c’est qu’on se sent comme chez nous mais nous ne sommes pas chez nous. Il y a quelque chose de l’Europe du Nord, quelque chose de l’Allemagne (!), quelque chose d’un peu anglo-saxon...c’est comme chez nous mais il y a cette petite distance comme dans les rêves en somme. Tout est un petit peu trop, ou pas assez, cette légère distance sur laquelle on arrive pas à mettre le doigt je la trouvais très intéressante."

20 ans après, Baxter est devenu un des rares films "cultes" français qui a plutôt bien vieilli et qui fait l’objet d’un nouvel intérêt de la part de la génération actuelle, signe que le film mérite encore le détour.

Pour en savoir plus nous vous conseillons l’excellente interview video de Jérôme Boivin sur le site Airmole Blog

TRAILER


Présentation du film BAXTER (le monologue)
par lucie7592

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